‹ Le peuple de Rome vers 1840Chapitre 7 sur 80 · SCHUCHARDT · texte numérisé non relu

SCHUCHARDT

En décembre 1831, Belli définissait lui-même son œuvre en ces termes : « Io ho deliberato di lasciare un monumento (( di quello che oggi è la plèbe di Roma. In lei sta certo un (( tipo di originalità : e la sua lingua, i suoi concetti, l'indole, ce il costume, gli usi, le pratiche, i lumi, la credenza, i pre- « giudizi, le superstizioni, tuttociô insomma che la riguarda, (( ritiene una impronta che assai per avventura si distingue « da qualunque altro carattere di popolo » 4,

Ce peuple romain, il ne le» décrit pas, il le fait parler et agir devant nous ; on peut dire que tous les sonnets, sans exception, sont des dialogues ; souvent deux, trois, quatre individus y prennent la parole ; ce sont de vrais drames, ou parfois des comédies, d'une vie intense ; le plus souvent, il est vrai, il n'y a qu'un seul personnage en scène, mais toujours on devine aisément qu'il s'adresse à un ou plusieurs autres. M. Schuchardt fait à ce propos une ingénieuse observation : (( Welcher Deutsche hâtte fur einen ahn lichen « Zweck durch so viel hundert Gedichte hindurch den « Dialog gewâhlt? Wir sind reflexiv, die Romanen impula siv ; wir lieben es einsam, jene in Gesellschafl zu denken : <( wir wollen unsere Kreiôe nicht stôren lassen, jene wollen ci bestândig gestossen sein, als ob schon die blosse Beriih- « rung den elektrischen Funken erzeuge; daher Schweig- « samkeil bei uns fast, bei jenen durchaus nichJ eine é Empfehlung ist. Kurz, <li<i Bedeutcrtig des Grespràchs oder, « wciiii wir den romanischen A.usdruck vorziehen, der Kon-

1 Morandi : Édition i. page CCLXXXIX.

i versation isl eine verschiedene ; wàhrend bei uns un (Jeu spràch die Frùchte des Nachdenkens an denTag zu treten <( pflègen, pflegt den Romanen vielmehr als Fruchl des Ge- « sprâchs das Nachdenken zu erwachsen o '.

Enfin Belli fait parler ses personnages non pas dans [a langue des livres, mais dans la leur propre, le dialecte romain. Avant lui déjà et surtout après lui2, le romanesco a été employé pour des œuvres littéraires, mais jamais avec une telle maîtrise, une telle simplicité. «Esporre le frasi del i Komano, dit le poète, quali dalla boccadel Romano escono <c Uittodi, senza ornamento, senza alterazione veruna, senza « pure inversioni di sintassi o troncamenti di licenza, eccetto c quelli che il parlator romanesco usi egli stesso : insomma, i l'avare una regola dal caso e una grammatica dalF uso, « ecco il mio scopo » 3. Il continue avec la même précision : c II numéro poetico e la rimadebbono uscire corne per acci- <( dente dall' accozzamento, in apparenza casuale, di libère « frasi e correnti parole non iscomposte giammai, non cor- « rette, ne modellate, ne acconciate con modo différente da « «[uello che ci manda il testimonio délie orecchie ; attalchè i i versi gettati con simigliante artificio non paiano quasi « suscitare impressioni, ma risvegliare reminiscenze » 4.

On le voit, Belli fut un grand réaliste, et surtout un grand artiste, car il a tenu ses promesses ; à part quelques hésitations dans les premiers sonnets, je n'ai trouvé nulle part une seule phrase qui ne fût absolument naturelle. Qu'on aille

1 Romanisches imd Keltisches, 155.

2 Tous ceux qui ont parlé de Belli jusqu'ici ont aussi consacré quelques pages a ses précurseurs et à ses imitateurs. Ces derniers sont si nombreux aujourd'hui que je renvoie cette étude à un appendice, à moins d'en faire un travail a part, plus complet encore, car mes matériaux augmentent chaque semaine. Quant à la période plus ancienne, j'ai eu la chance de découvrir, en bouquinant par les rues de Home, deux ou trois œuvres que je n'ai vues citées nulle part.

3 Morandi : Édition I, page CCXC.

4 Paroles d'or, que devraient copier cent fois par jour les trois quarts des poètes populaires (!) qui estropient le romanesco d'aujourd'hui.

écouter le popolino du Transtévère et qu'on relise un sonnet quelconque de Belli, c'est le même vocabulaire 4, la même syntaxe, je dirai les mêmes gestes.

Cette forme si difficile du sonnet étonne d'abord, pour une œuvre d'aussi longue haleine ; mais c'est une forme chère aux Italiens, ils la manient avec une grande habileté. M. Heyse l'a fort bien dit : « Sich in den 14 Zeilen des Sonettes « zu âussern, scheint dem gemeinen Mann an den Ufern der « Tiber so natùrlich, dass kaum eine Gelegenheit vergeht, (( wo nicht die namen- und anspruchlosesten Dilettanten ce zwei Quatrains und zwei Terzinen zusammenfùgen, nicht ce etwa bloss um eine Sângerin oder ein neues ôfïentlich ce aufgestelltes Kunstwerk zu feiern oder ihrer Satire gegen ce ein missliebiges Regierungsdekret Luft zu machen, sonce dern einfach um die Bude eines Friggitore am hl. Josephs- « tag mit Versen zu behàngen, in denen die Gûte seines « Gebâcks herausgestrichen wird, oder in einer Zeitung il ire « Waaren anzupreisen » 2. — Et Belli lui-même : « Dati i « popolani nostri per indole al sarcasmo, ail' epigramma, al a dir proverbiale e conciso, ai risoluti modi di un genio ma- <( nesco, non parlano a lungo in discorso regolare ed esposi- (( tivo. Un dialogo inciso, pronto ed energico ; un metodo di « esporre vibrato ed efficace... Distinti quadretti, e non ira ce loro congiunti fuorchè dal fiio occulto délia macchina, ag- (( giungeranno assai meglio al fine principale... Ogni pagina « è il principio del libro : ogni pagina è il fine » :{.

Nous possédons, d'après l'édition complète de M. Morandi, un total de '21iwJ sonnets: 10 sont sans date, I d'avant 1820, I de 1820, -2 de 1827, 3 de 1828 et ! de 1829. De L830 M837 nous avons la période féconde, pins de 200 sonnets en

1 il v;i Bans dire que certaines expressions ont \ ieilli déjà : cependant j'ai constaté que les jeunes gens comprennent Belli sans trop <i<4 difficulté; quant aui vieilles Pemn de plaisir, elles se croient revenues .»u>c

beaui temps de Leur jeun

uttchê RundschaUt octobre 1 8" B, Morandi Èdil Ion i. CCXCIII.

moyenne par an (1806 en 8 ans); de 1838 à 1842 la création

est presque nulle l (32 en 5 ans): de L843 à I S 17 il y ;i un renouveau (282 en 5 ans) ; puis les événements politiques t'ont taire le poète ; nous n'avons pins qu'un seul sonnel en 1841). et encore est-il de caractère privé2.

Dans cette oeuvre complexe et touffue comme la vie, chaque sonnet forme à la vérité un tout indépendant, niais pour bien comprendre chacun d'eux, il faut les avoir lus tous et s'être rendu nettement compte de Yunité générale, dans le procédé et dans l'intention ; unité qui n'empêche pas du reste qu'une partie de ces sonnets (ceux qui sont dirigés contre le pape, les prêtres, la religion) sont pour ainsi dire à double fond ; ils reflètent non seulement le sentiment du petit peuple, mais aussi l'opinion personnelle de Belli et constituent de véritables pasquinades ; ils sont « subjectifs » avec un art merveilleux, car ils demeurent absolument c< populaires » dans la forme et dans la pensée, à une ou deux

1 C'est l'époque, après la mort de « Mariuccia », des préoccupations d'argent, de la rentrée dans la Tiberina, du placet à Grégoire XVI. Voyez page 57.

2 En 1839 déjà, Belli avait confié les manuscrits dé* ses sonnets à un ami. monseigneur Tizzani ; il les retira en 1842, mais avant sa mort la précieuse cassette retourna dans les mains de Tizzani, avec prière démettre le feu ! Tizzani se garda bien de le faire, et a la mort de Belli, il restitua la cassette au fils Ciro, qui publia environ 800 sonnets, fortement mutilés, dans l'édition Salviucci. Ciro mort en 1866, le manuscrit passa dans les mains de Luigi Ferretti ; aujourd'hui il est à la bibliothèque Vi îtor-Emmanuel ; on peut y voir les nombreuses corrections que monseigneur Tizzani avait faites aux sonnets trop hétérodoxes. Le texte primitif a été rétabli avec beaucoup de soin par M. Morandi.

Vincenzo Tizzani, né à Rome, le 21 juin 1809, fut nommé évAque de Terni en 18 A3 ; sous Pie IX il revint à Rome ; il habitait à San Pietro in Vincoli, et se fit chérir du petit peuple par sa bienfaisance. Il fut grand ami de Belli et ne demeura certainement pas étranger à la conversion du poète. Il faut savoir gré à ce digne ecclésiastique d'avoir respecté les sonnets en dialecte. Voyez sur Tizzani, Morandi, édition I, page (CL : et vol. V, pages 100 et 173.

Il paraît qu'une personne a encore en mains plusieurs sonnets inédits de Belli, qui se seraient égarés dans les papiers de Tizzani : mon ami le prof, pio Spezi, q\jï s'occupe de Belli avec tant d'amour, les publiera sans doute quelque jour. Je ne crois pas d'ailleurs qu'ils puissent être nombreux, ni qu'ils nous apportent des choses bien nouvelles.

exceptions près. La très grande majorité des sonnets sont purement objectifs ; la satire ne s'en dégage que d'une façon indirecte.

J'ai réussi à classer ces 2000 sonnets en une cinquantaine de catégories qui se groupent naturellement en douze chapitres principaux. Je les résume brièvement pour donner une idée générale de la richesse et de la puissance de l'œuvre : Chapitre I, la famille, c'est-à-dire les amours des jeunes gens, le mariage et la vie conjugale; l'éducation des enfants, tout le milieu intime, la maison avec la vie entre voisins. Un IIe chapitre nous donnera les traits généraux du caractère et des mœurs, qui se préciseront peu à peu dans les chapitres suivants. Nous passerons ainsi (III) au sentiment religieux: la foi et le doute, les imprécations des hommes, les prières des mères ; les pratiques extérieures ; d'autre part la philosophie du bon sens. Le chapitre IV sera dédié au pape et aux prêtres en tant que hommes ; ce sera l'histoire scandaleuse du Vatican et des couvents, tandis qu'un Ve chapitre traitera de la papauté en tant que gouvernement, c'est-à-dire : les tribunaux où la justice se vend ; la police inquisitionnelle des prêtres qui exploitent le secrel de la confession, qui s'ingèrent dans la vie privée; Fad min istration frauduleuse et les impôts écrasants. La superstition formera le sujet du VIe chapitre, un des plus intéressants, des plus typiques pour les lumières de l'Église romaine : nous y trouverons les sorcières, les loups-garous, le mauvais œil et toutes les recettes de la cuisine infernale. L'ignorance proprement dite mérite d'être traitée à part (chap. VII): l'idée que se faisaient les Romains de 1830 des gouvernements et pays étrangers, leurs ressouvenirs de l'histoire ancienne et leur façon cocasse de comprendre l<i>> récits bibliques : leur interprétation des découvertes de la science moderiie. Chapitre VIII : les métiers; on verra défiler le chaudronnier, le chapelier, le cordonnier, l»' cocher et vingt autres encore, chacun avec son geste èl son accent particuliers. Le chapitre

l\, la vie hors de la maison nous mènera soit dans les ostéries où l'on raconte les gaies histoires, tout en buvant les vins épais, soit dans les théâtres populaires, surtout ceux où les marionnettes continuent la tradition des glorieuses épopées du moyen âge. L'ostérie nous fournira l'occasion de parler des différents jeux de cartes, jeux de boules, jeux pour boire, avec une digression sur les jeux d'enfants ; on y parlera aussi d'un autre jeu, plus sérieux, celui du « cortellaccio ». Le chapitre X nous conduira à travers les rues, au hasard des rencontres : ici le revendeur et là le charlatan ; et les commères, les poings sur les hanches, se lancent à la face des torrents d'injures; les gamins attroupés, précoces, le sarcasme aux lèvres : chemin faisant, nous retrouverons les ruelles et les monuments les plus intéressants du moyen âge. Dans un XIe chapitre, celui de la prostitution, il nous faudra pénétrer dans certains quartiers où se glissent le soir non seulement des jeunes gens et des soldats en goguettes, niais aussi des prêtres et des cardinaux. Les sonnets de cette catégorie ont été relégués par M. Morandi dans le VIe volume de son édition4. Dans un XIIe chapitre, nous entendrons les serviteurs, laquais, cochers et cuisiniers, nous raconter ce qui se passe dans les palais des grands de ce monde. Ce sera le commentaire le plus éloquent à certaines pages des « Ricordi » de Massimo d'Azeglio. La corruption des classes dirigeantes, leur hypocrisie et leur mépris insolent pour la misère du peuple nous feront aimer davantage les humbles habitants de ce Transtévère dont il me reste à dire deux mots. Enfin dans un dernier chapitre, je pense donner un résumé clair et net de l'étude tout entière. J'y ajouterai un appendice, comprenant un bref exposé du dia-

1 Ce VIe volume, qui contient 282 sonnets... très raides, se vend, quand on l'achète isolément, au prix de 12 fr. (au lieu de 4). L'intention est excellente sans doute, mais la « relégation » est souvent arbitraire. Les gens qui aiment à se scandaliser y trouveront ample occasion même dans les cinq volumes épurés. — Partout les sonnets sont classés par ordre «hronologique.

lecte romain, une lettre d'un ami transtévérin et quelques sonnets inédits de poètes contemporains4.

Ce serait une ingratitude que de ne pas nommer à cette place celui auquel nous devons l'édition complète et définitive des sonnets de Belli, M. Luigi Morandi. Que le travailleur scrupuleux, modeste, toujours complaisant et bienveillant me permette de dire ici l'admiration que j'ai pour son œuvre ; je puis la juger, ayant eu à l'étudier minutieusement pendant] ces cinq dernières années.

On peut le dire hardiment : c'est à M. Morandi que nous devons Belli ; car ni les poésies italiennes publiées par Belli lui-même, ni les sonnets en dialecte de l'édition Salviucci n'auraient réussi à attirer l'attention sur notre poète. Les Duecento sonetti de 1870 (précédés de publications partielles) furent une révélation ; mais l'édition complète en six volumes de 1889 est enfin le ce monument » définitif, tel que pouvait le rêver Belli. Il faut avoir lu et relu vingt fois les six volumes pour savoir la peine qu'ont coûté ces notes innombrables, minutieuses et sagaces ; sans elles, Belli perdrait la moitié de sa valeur. L'introduction, fort intéressante, est à modifier en plusieurs points ; les notes pourront être complétées, mais rarement corrigées. En somme, cette première édition est définitive. Au point de vue financier, l'entreprise n'a pas dû être brillante; mais elle est hautement patriotique ; plus encore : elle est importante pour l'histoire des mœurs et de la littérature.

Par contre on ne saurait être assez sévère pour les deux étudiants de l'Université de Rome, Raffaelio Ricci et Pietro

1 Je remarque expressément 'iu,> cette disposition est loin d'être définitive : Le premier volume comprend cinq chapitres e( L'appendice : Les huit derniers chapitres qui formeront un ou <i<mi\ volumes, seront peut-être radicalement remaniés h refondus, selon Las conseils que me vaudra La publication de ce premier volume.

Voyez en outre, plus Loin, la remarque faite sur le chapitre n ; <%i de même, La remarque sur la méthode suivie pour Les citations, traductions imés.

Tommasini-Mattiucci, auxquels M. Morandi a malheureusement confié la compilation de l'index et du glossaire. C'est un travail bâclé avec une négligence et une superficialité incroyables. Pas un article important de l'index qui ne soil mauvais, qui ne fasse perdre du temps par des indications fausses ou inutiles, ou incomplètes. Ce travail-là est à refaire de fond en comble*.

Le Transtévère. 2

On appelle Transtévère ce quartier de la ville de Rome qui s'étend sur la rive droite du Tibre, étroitement resserré entre le fleuve et le Janicule. Cependant les limites de ce quartier ont varié avec les époques. A partir d'Auguste, le Transtévère formait la XIVe région de la ville, et les murs d'Aurélien partaient de la Porta Portuensis3 pour monter du côté du Janicule jusqu'à la Porta Aurélia (San Pancrazio)

1 .l'ai revu un à un tous les articles importants de l'index, et les ai contrôlés numéro par numéro avec mes propres notes et avec le texte. Ces messieurs se sont évidemment contentés de feuilleter rapidement les six volumes, en s'attachant aux mots et non au sens. Pour figurer sous la rubrique « Dieu », il suffit qu'un sonnet contienne l'expression courante : « Dio l'abbi in pasce ! » ou : « Sia laudato Iddio ! » — Sous la rubrique « Jésus-Christ » : non seulement la simple exclamation « Cristo î » mais encore un sonnet qui ne contient que cette phrase anodine : «Uscenno dar Gesù ! » Il s'agit de la fameuse église du Gesù, mais les compilateurs n'ont pas eu le temps de s'en apercevoir. Ab uno disce omnes.

2 Sur le Transtévère, voyez entre autres le chap. IV de la Rome contemporaine. d'Ed. About. Je cite ici une fois pour toutes ce livre si intéressant (et si oublié !) et plein d'observations vraies et suggestives.

3 La Porta Portese d'aujourd'hui est plus rapprochée de la ville : elle date d'Urbain VIII.

et redescendre au Tibre par la Porta Septimiana (Settimiana), de sorte qu'alors se trouvait en dehors des murs tout ce qui est aujourd'hui le quartier du Vatican et de la Lungara1. Urbain VIII construisit une enceinte plus vaste qui comprenait le Vatican, mais laissait en dehors tous ces terrains où l'on élève aujourd'hui les immenses et laides bâtisses de Prati di Gastello. Toutefois la région du Vatican ne fut jamais comprise dans la dénomination « Transtévère », pas plus au moyen âge que de nos jours ; le Transtévère va de la Porta Portese à la Porta San Spirito ; il forme, comme au moyen âge, la XIIIe région ; au delà de San Spirito, tout le Vatican, c'est le « Borgo » qui forma longtemps un seul quartier avec « Ponte » -, puis en fut détaché comme XIVe et dernière région.

Le Janicule, une position stratégique importante, fut fortifié de bonne heure par les Romains qui confièrent la garde du Transtévère à deux vaillantes tribus 3. Des ponts nombreux relièrent cette région à la ville, et nous savons que vers la fin de l'empire, les pentes du Janicule étaient couvertes de magnifiques villas et jardins de patriciens4; mais le gros de la population se massait sur la rive même du fleuve et se composait surtout de pêcheurs, tanneurs, cardeurs, charretiers et portefaix. Cet élément- là est resté toujours le plus stable et le plus caractéristique ; c'est parmi ces pauvres gens que les apôtres du christianisme trouvèrenl leurs plus fervents adeptes et c'esl là <|uïl faul chercher les premiers oratoires chrétiens5.

1 aux temps de l'empire, La région <iu Vatican était occupée par les jardina «le Domitia, d'Agrippine, par Le ( ircua Cajanua Neronianus, par Le mausolée d'Adrien. La Lungara «le dos jours était i<i commencement «!<• la via Triumphalia.

'-' Ponte (V1 région) est le quartier ^itn<; sur La rive gauche du fleuve, visdu pont Saint- Ange,

• Volgo (ii Roma, L31.

apré Le Curiosum Urbis et la Notifia : of, Qrégorovius • Rtorit délia cittl <ii Roma ». i. 61 .

■Gr< op, '■''.. [, 90

Il esi difficile de donner des dates précises sur [a fondation des plus anciennes églises <ln Transtévère. D'après certains auteurs, la basilique de Santa Maria in Trastevere aurai! été fondée par Galixte [ (217-222) et serait la première

église de Rome dédiée à la sainte Vierge1. En tout cas, vers l'an 500, nous avons trois églises paroissiales : Santa Maria, Santa Cecilia et San Crisogono 2. Bien souvent, au moyen âge, des malheureux traqués par leurs ennemis, se réfugièrent dans ces basiliques, y embrassant les autels, et en furent arrachés par la violence ou par la ruse. C'est au Transtévère que vécut longtemps (à partir environ de 495) saint Benoit, avant qu'il se réfugiât à Subiaco pour y fonder l'ordre des Bénédictins ; l'église de San Benedetto in Piscinula s'élève, dit-on, sur le lieu où était la maison de son père 4.

Dès l'époque de Pompée, il y eut aussi beaucoup de Juifs, qui bâtirent là leur plus ancienne synagogue ; ils vivaient surtout de commerce ambulant5. Nous n'avons d'ailleurs sur l'histoire du Transtévère au moyen âge que des renseignements épars et peu précis ; ils permettent cependant d'en conclure que, par sa pauvreté même, le quartier eut moins à souffrir que d'autres des déprédations des divers conquérants ; une fois pourtant, sous Totila, l'incendie y fit de grands ravages.

On sait que dans ces temps de troubles continuels la population de Rome subit de très grandes variations ; par suite de la guerre, des massacres, de la peste et surtout de l'épouvante, la ville ressembla souvent à un désert6. Mais l'orage

1 Gregorovius : op. cit., I, 93, 121 : et Volgo di Roma, 134.

2 Gregorovius : op. cit., I, 285, 297.

3 Id., II, 8.

A kl., I, 90, 335.

5 Id., I, 467.

fi Rome aurait compté, à son apogée, une population d'environ r>7(),000 Ames (les indications de un million et au-delà sont certainement erronées) : vers l'an 400, tout au plus 300,000; aux environs de 555, pas même

maltraite le chêne plus que le roseau et nous sommes en droit d'admettre que les innombrables fugitifs de la ville de Rome se recrutèrent surtout dans les classes aisées. Les villas du Transtévère furent délaissées, pillées sans doute, mais les humbles artisans qui habitaient le long du fleuve, tout en souffrant eux aussi de grosses pertes en hommes et en argent, n'en continuèrent pas moins à vivre au jour le jour, pratiquant un peu tous les métiers, ceux dont la vie ne saurait jamais se passer !.

Resserrés entre le fleuve et la colline, se transmettant de père en fils un modeste gagne-pain, les Transtévérins étaient aussi moins que d'autres exposés au mélange des races. Toutefois on se fait beaucoup d'illusions sur la pureté de leur sang romain ; on oublie que le quartier pouvait s'étendre, si ce n'est en largeur, du moins en longueur, et que d'ailleurs les malheurs de la ville y créèrent des vides que durent combler des étrangers. J'en citerai tout à l'heure une preuve certaine. Ce n'est que comparés aux autres habitants de Rome que les Transtévérins représentent le type romani antique. Certainement, qui veut voir les plus beaux visages, les yeux les plus noirs et les bouches les plus voluptueuses, doit les chercher sur la rive droite du Tibre.

La position excentrique du Transtévère et la pauvreté de ses habitants ont même fait que pendant Le moyen âge oii

50,000. i T. Gregorovius : op. cit., i, ir>i. 514. — Toutefois ces chiffres et beaucoup d'autres encore sont Loin de mériter une confiance absolue : les auteurs varient entre eux et aucun ne s'appuie sur mie vraie statistique. Le fameux chiffre de 17,000, pour l'an 1377, cité par Cancellieri et Castiglioni, a été combattu par Papencordt, par Reumonl et par Qrégorovius ; pourtant, d'après \i. Qnoli, il serait assez près de la vérité. Nous ne pouvons établir le « graphique t de La population <1«' Rome que d'une façon très générale. Les premiers chiffres précis sont ceui d'un recensement de i 52" dont Je parlerai pins Loin.

1 ainsi, en face du pont»' Sisto, d<-> moulins étaient mus par L'eau de L'aqueduc de rrajan, et Lorsque Vitige assiégea la ville de Rome ( coupa tous Les aqueducs, la <ni<; souffrit de la faim plus que d«> La mais l'ingénieux Béllssire trouva moyen de faire marcher les moulins par Le courant du ribre, ce qui ie pratique aujourd'hui encore cf. Gregoro-

s'en esl peu occupé. Plusieurs descriptions de la ville ne tiennent compte que de douze régions; la treizième esl pour

ainsi dire passée sous silence. Nous savons pourtant qu'au \ siècle, elle était très peuplée; cela n'a guère changé depuis. 11 y a dans ces ruelles tortueuses et sombres, des maisons dont on ne saurait préciser l'âge, mais qui représentent certainement, comme dit Grégorovius1, le type le plus authentique de l'architecture du moyen âge. Ceux qui aiment les petites découvertes, la poésie des siècles disparus, trouveront leur rêve au Transtévère bien mieux qu'ailleurs dans Rome. Notre manie des musées, des collections, des inscriptions commémoratives, nuit aux vieilles choses, en les isolant pour ainsi dire de la tradition vivante ; les étiquettes détruisent la continuité naturelle, elles déflorent la joie et la poésie en essayant de ravaler à la compréhension du moindre touriste des choses que peu seulement savent comprendre. — Au Transtévère du moins, on n'a pas encore numéroté toutes les pierres et peintures anciennes. On y trouve des inscriptions, des bas-reliefs, des masures dont Baedeker ne dit rien ! Il y a dans certaines ostéries des tables et des sièges qui sont des poèmes, et le soir, en rentrant, on voit devant les niches des madones brûler des lampes dont la flamme vacille depuis des siècles, toujours entretenue par des mains pieuses2.

1 Op. cit., III, 646, VI, 833, SS.

2 J'ai habité, pendant deux mois, à la Lungara (qui est pourtant de fondation relativement récente) une maison qui menaçait ruine et qu'on dut étayer, sous ma fenêtre même. Une des portes de ma chambre, qui donnait sur l'escalier, se fermait par deux serrures et deux verrous, d'un travail très curieux. Les marches usées, glissantes de l'escalier, m'ont toujours fait songer à tous les pieds nus et à tous les « zoecoli » qui ont dû passer par là, ainsi qu'à toutes les soutanes de prêtres et robes de capu-

3 qui ont frôlé ces parois graisseuses. Puisque j'en suis à ces souvenirs, je nommerai ici la famille OnoratU oti j'ai trouvé une si cordiale hospitalité, en mars 1894. Au Transtévère on est en général défiant vis-à-vis de l'étranger ; pourtant, au bout de peu le .jours, ces braves gens persuadés des bonnes intentions du « sor BOvàtte >> m'ont admis dans leur famille et m'ont initié aux mœurs du petit

Un fait éloquent pour les conditions du Transtévère au moyen âge, c'est que d'après les statuts de la Ville, aucun Transtévérin ne pouvait être nommé sénateur * ; cette règle subit, il est vrai, des exceptions. — En 1393 ou 1394. les Transtévérins s'étant révoltés contre le pape Boniface IX (qui était à Avignon), ils furent pour un certain temps privés de leurs droits civils2.

A la fin du VIP volume de la Storia di Roma. Grégorovius a donné une brève description du quartier, tel qu'il était vers l'an 1500, basée sur des documents assez incomplets. Depuis, M. Gnoli a publié dans le volume XVIIe de YArchivio délia R. Società Romana di Storia patria (1894) un document bien plus exact. C'est un recensement de la ville de Rome, fait en 1526 ou 1527 (avant le sac de la ville), probablement en vue d'un nouvel impôt à prélever 3. La statistique procède méthodiquement, par quartiers, indiquant pour chaque logis 4 le nom du chef de famille avec le nombre des membres de la famille ; elle indique assez souvent aussi le lieu d'origine, ou la profession, ou les deux ensemble, mais ces derniers renseignements sont malheureusement si irréguliers qu'ils laissent un vaste champ ouvert aux hypothèses,

Je résume ce que le document de M. Gnoli nous apprend de plus sûr et de plus important sur le Transtévère. En 1527,

peuple: en de gaies soirées, ils m'ont enseigné les «jeux pourboire . tels que la passatella et le somaro, qu'il ne serait pas prudent pour un étranger d'apprendre à l'ostérie. Dans mes promenades à L'aventure el soirées d'observation h l'ostérie, deux ou trois des fils Onorati m'ont toujours accompagné, comme cicérones et gardes du corps (Hector, Hercule et \chille sont des noms rassurants!)

je dois une mention toute particulière ;> L'ami Giovanni Costa, qui a débuté avec succès dans la poésie dialectale. Très intelligent. Instruit, nature très fine, il m'adonne souvent des renseignements précieux, Voyei l'appendice.

1 3regorovius : <>/>. cit., VI, 1 1 .

' [d., vi. r,:-.

1 cf. Les quelques pages d'introduction de m. Gtnoli,

* .ie dis i i"L'i- - Le texte donne ses indications pai I i bocche %

Le mot -ie i s prendre Ici dans i<- sens de maison .

à la veille du sac, la ville de Rome comptait un pou plus de 55,000 habitants, el le Transtévère en particulier en avait 4927, répartis en 824 familles ou petites communautés; comparé aux hi autres quartiers, il venait ainsi en quatrième rang, après Poule, Parione et Regola. Les Non-Romains s<mt étonnamment nombreux : sur 824 chefs de famille, 330 sont clairement désignés comme « forastieri » et 48 seulement sont expressément appelés romains; de ceux dont il n'est rien dit, on n'a pas le droit d'admettre qu'ils aient tous été romains, car on sait de plusieurs d'entre eux qu'ils étaient étrangers. Parmi les forastieri, les Corses sont de beaucoup les plus nombreux; j'en compte 130 familles (il y en avait beaucoup aussi dans le quartier de Ripa) et il est intéressant de constater une certaine ressemblance entre le caractère vindicatif des Romains et celui des Corses ; les folkloristes retrouveront peut-être un jour des traces sensibles de cette forte colonie. — Il n'y avait par contre presque plus de Juifs ; ils s'étaient établis dans les quartiers de Sant-Angelo, Ripa et surtout Regola (où se trouvait le Ghetto, pour ainsi dire disparu de nos jours). J'ai trouvé 12 Français (dont 4 Françaises.... seules !), 2 Espagnols et 1 Allemand.

Les grands trains de maison sont rares ; je n'en compte comme ayant 10 bouches et plus, que 42 ; 15 bouches et au delà : 13 ; 20 bouches et au delà : 8. — Dans ces chiffres, ne sont naturellement pas compris les couvents, au nombre de 9 avec 128 religieux et religieuses.

Ce qui nous intéresse le plus, ce sont les différents métiers ; par malheur nous ne sommes renseignés que sur environ 200 familles (j'indique à part les 8 chapelains et les 4 chanoines) ; à ne tenir compte que de celles-là, on est frappé d'abord de la rareté des professions libérales : 1 procureur, 2 mandataires, 1 médecin, 1 notaire et 4 peintres (dont L'un Sébastian del Piombo, tandis que les autres n'étaient peutêtre que de vulgaires peintres en bâtiment). Dans l'industrie et le commerce, tout ce qui se rapporte au luxe et à la ri-

RUME — G.

chesse manque également : nous n'avons qu'un seul joaillier, par contre 5 courtiers, 21 boulangers, 14 charcutiers (pizzicagnoli), 9 bouchers, une dizaine d'épiciers, 14 pintiers, 9 tailleurs, 10 tisserands, 13 tonneliers, 4 selliers, 3 forgerons, 4 cordonniers et savetiers, 7 barbiers, 4 jardiniers, 4 pêcheurs, 10 muletiers et charretiers, 4 porteurs, 3 porteurs d'eau, 6 vignerons, 6 maçons et tailleurs de pierre, 3 potiers, 2 passementiers, 2 meuniers, etc., etc. Ces renseignements sont éloquents. Sans doute ils ne portent que sur 200 individus de 800, et je serais tenté de croire que précisément les avocats, médecins, professeurs, hommes de lettres, en un mot les gens connus, jugèrent superflu d'indiquer leur profession i ; mais cette réserve ne change pas grand'chose à la situation : dans les autres quartiers de la ville, la notation n'a guère été faite avec plus de soin qu'au Transtévère2, et pourtant nous y trouvons beaucoup de professions qui manquent totalement (ou à peu près) dans la treizième région : nous y rencontrons par exemple fréquemment des médecins, des juges, des notaires, procureurs, commissaires, maîtres d'école, secrétaires, copistes, musiciens, sans compter les nombreux dignitaires du clergé qui habitaient surtout le Borgo. Très nombreux sont les grands trains de maison qui révèlent des patriciens ou de riches négociants. Je relève encore des libraires, des imprimeurs, et dans un autre domaine, des banquiers, des joailliers, des oculistes, des marchands de soie, de fourrures, de parfums, des brodeurs, des maîtres d'escrime, etc., etc. :{.

1 C'est par exemple Le cas pour Mariano Castellani, homme <ie Lettres, Hini de Bembo,

■ il est probable (pie chaque « caporione » a été chargé du recensement de sou quartier : de Là quelques divergences dans La méthode et dans l'exactitude. Dans trois rioni, La notation des noms, métiers, etc., est faite en Latin (Colonna, Campitelli, Sant-Angelo) ; ailleurs elle est faite en un italien plus ou moins mêlé de dialecte îles synonymes Bont fréquents pour un jeul et même métier). En dépit de ces variations, on distingue sans peine Le caractère particulier de chaque rione, caractère qui s'est souvent conservé Ju iqu'à aujourd'hui.

1 Le document publié par \i. Ouoll permettra bien d'autres constatations

En 1527, le Transtévère qui était un des premiers parmi les 13 rioni (14 si Ton sépare Borgo de Ponte) pour le nombre de la population, n'étail donc plus qu'un des derniers

pour la richesse et la culture. Les choses n'ont guère changé depuis. L'aristocratie a franchi le Tibre ; ses palais, ses jardins sont ou bien propriété du gouvernement comme le palais Corsini, le palais Salviati, ou bien délaissés, comme la délicieuse Villa Farnesina. Point de savants, ni d'écrivains, ni d'artistes dans ce vieux quartier où manquent les bibliothèques, les libraires, les écoles supérieures et tout le confort de la vie * .

Par contre tous les petits métiers qu'on y pratiquait déjà du temps des Romains, ont persisté à travers le moyen âge jusqu'à aujourd'hui. Seuls, les tanneurs ont passé sur la rive gauche du fleuve. De nos jours, quelques fabriques, entre autres la fabrique de tabac, occupent plusieurs centaines d'ouvriers et ouvrières, en remplaçant ainsi l'activité que les voies ferrées ont enlevée au port de Ripa Grande. — Les prêtres et les moines, qui ont joué un grand rôle au moyen âge 2, sont moins nombreux et surtout moins influents ; depuis Relli, la religion a perdu beaucoup de terrain au Transtévère. La moralité au contraire est certainement en progrès et le serait plus encore, si la misère, mauvaise conseillère, n'était pas en recrudescence depuis quelques années3.

encore ; il semble inépuisable. Ici je dois me borner, mais peut-être que l'occasion se présentera bientôt d'une étude plus complète. ,

1 Cependant la célèbre accademia dei Lincei a ses séances au palais Corsini (où se trouve aussi une bibliothèque) et je me souviendrai toujours de ce contraste : par un bel après-midi de dimanche, écouter un savant travail de M.Geoffroy, ancien directeur de l'École française, dans ce milieu d'érudits illustres, puis en sortant, à deux cents pas de là, retrouver toute l'ignorance et l'inconsciente immoralité des Transtévérins dans l'ostérie de « l'amico Costa nti no ».

f Cf. Volgo di Roma, 138.

1 Le Transtévère est pauvre, très pauvre ; mais la misère criante, affamée ne s'y rencontre guère : elle s'est réfugiée dans les quartiers de San Lorenzo et Prati di Castello. A la description que M. Zola adonnée du Transtévère dans le chapitre IX de Rome, je n'aurais que cette critique à faire : d'avoir exagéré la note : misère. Il y aurait eu au contraire occasion de distin-

On porte sur le Transtévère d'aujourd'hui des jugements bien divers et presque toujours extrêmes. Beaucoup de braves gens de la ville de Rome s'imaginent, en franchissant le Ponte Sisto, pénétrer dans un repaire de brigands4. D'autres au contraire (ce sont surtout les poètes populaires) représentent ce petit peuple comme le modèle de toutes les vertus chevaleresques 2. La réalité est bien plus complexe ; je crois pour ma part que les Transtévérins en sont précisément à un moment critique de leur évolution morale et intellectuelle. Pour les comprendre, il faut, plus qu'on ne le fait généralement, les étudier dans leur passé, ne pas voir en eux seulement le pittoresque, mais surtout le produit fatal du gouvernement des papes. C'est ainsi que leur histoire, tout en étant celle d'un quartier soumis à des conditions spéciales, s'élève cependant à une signification bien plus haute encore et fournit au philosophe des enseignements d'une portée générale.

Au physique, c'est une race saine et vigoureuse ; les hommes sont graves et fiers ; cependant, dans l'intimité, le soir à l'ostérie, le vin généreux des Castelli Romani leur verso la gaîté ; il faut les voir alors mimer une aventure, il faut les entendre dans leur dialecte rude et hardi, plein d'images frappantes, de quiproquos inattendus, fait pour la satire. Los

guer nettement le forastiere, accouru à Rome il y a dix ou quinze ans et demeuré par la suite sans travail, du Romano di Roma, pauvre pour ainsi dire par tradition et qui sort rarement de son quartier ide sorte que M. Zola a eu tort de le mettre à Prati fli Castello). Mais ceci n'est qu'une critique de détail ; je suis un fervent admirateur des pages que M. Zola a écrites sur La Rome moderne, si vraies ei bj belles qu'elles font oublier celles ot il a entassé trop de science mal digérée.

1 Lorsque je résolus, en 1894, d'habiter le Transtévère même, pour en parcourir les rues à toutes les heures du jour et de la nuit, bien des gens m<' taxèrent de téméraire, il ne m'est Jamais arrivé La moindre aventure réable, quoique je Bois souvent rentré seul, après minuit, a travers lei sombres ruelles, et plus d'une fois en habit et chapeau haut de forme. (nu vu droit -<>n chemin ne risque pas plus au Transtévère qu'ailleurs dan La ville.

* Voyez par exemple L'introduction de G. Zanazzo aui Proverbi iroma-

femmes, pour ne parler ici que de l'extérieur, onl inspiré à Sully Prud'homme ers vers harmonieux et suggestifs :

Les Transiévérines.

Le dimanche, au Borgo, Les femmes el les Qlles,

Lasses d'avoir, six jours, traîné sous des guenilles,

Étalent bravement un linge radieux.

Ce n'est plus le costume éclatant des aïeux :

Quand le peuple vieillit, l'habit se décolore ;

Pourtant le rouge vif l<is réjouit encore :

Elles font resplendir sur le brun do leur peau

Des fichus qu'on dirait taillés dans un drapeau.

Les bras ronds et charnus sortent des grosses manches;

Le jupon suit tout droit la carrure des hanches ;

Le contour d'un sein riche et d'un dos bien arqué

S'accuse avec ampleur, par de beaux plis marqué ;

D'un corset rude, ouvert d'une large échancrure,,

Le cou ferme se dresse, et pour hère parure

Une flèche d'argent traverse les cheveux

Lourds et lisses, d'un noir intense aux reflets bleus.

Un long clinquant de cuivre étincelle à l'oreille ;

Et la voûte de l'œil, pleine d'ombre, est pareille

A ces vallons brumeux où miroite un lac noir.

Et ces fortes beautés sont splendides à voir

Quand toutes, au soleil, le long des grandes pentes,

Par groupes se croisant, vont superbes et lentes.

(Croquis italiens.)

Ce petit peuple mérite d'être étudié et aimé avant de disparaître dans la grise uniformité du nivellement général. Car Rome tend à la propreté et à.... la banalité. Les quais projetés, bien avancés déjà sur les deux rives du Tibre vont détruire tout un côté de la Lungara, une bonne partie du Transtévère. Au lieu des ouvrières qui « vont, superbes et lentes », on verra défiler les carrosses de l'aristocratie; au lieu du foulard noué négligemment, les Romains porteront bientôt des cols de chemise ; le rosaire a déjà perdu tous ses grains ; son compagnon, l'agile couteau qui reluit dans

l'ombre, ne sera plus qu'un vulgaire canif; enfin, dernier vestige d'une vie indépendante, le dialecte romain fera place à la langue des livres. Quand le « Romano de Roma » ne dira plus avec sa superbe indifférence: CM se ne frega:> alors commencera pour lui une période nouvelle de sa vie morale, intellectuelle et politique. Certes, ce sera un progrès auquel nous applaudirons les tout premiers ; cependant, comme historiens et psychologues, il nous sera permis de nous intéresser davantage à l'originalité disparue.

Remarques générales sur la valeur historique de l'œuvre de Belli et sur la moralité au Transtévère.

Je viens de citer une expression : Chi se ne frega9 très fréquente dans la bouche du Romain, mais très peu... académique, et ceci m'amène à placer à la fin de cette introduction quelques remarques que je crois nécessaires pour un jugement impartial sur l'œuvre de Belli et sur le peuple qui en fait l'objet.

Il parait que Belli avaii l'intention d'écrire en tète de ses sonnets: scastagnàmo ar parla, ma aràmo <lriiio. c'est-àdire : notre langage est lascif, mais noire vie est honnête. — Appliquées à lui personnellement, ces paroles me semblent très justes ; Ions les petits faits de sa vie nous ont révélé un homme de volonté très faible, mais de sentiments foncièrement honnêtes; appliquées par contre au petit peuple du Transtévère, je les trouve par trop optimistes; car certainement les faits égalent souvent l<i> paroles en

crudité et en brutale volupté. Pour ne citer qu'un exemple :

des 370 sonnets qui onl servi de « documents » pour le chapitre premier, sur la famille au Transtévère, il n'y en i pas même 100 qui soient flatteurs pour le caractère de nos pauvres Romains, tandis que plus de 30 roulenl uniquement sur l'adultère et que les autres ne valent guère mieux.

Mais que faut-il croire de la valeur historique des sonnets de Belli ? La question demande à être examinée de près ; elle est complexe. La satire en général ne doit être utilisée par l'historien qu'avec une grande circonspection ; elle est souvent une juste condamnation ; mais souvent aussi elle n'est qu'une calomnie. Les pasquinades par exemple ont flétri tous les vices et toutes les lâchetés, mais elles ont aussi souillé des réputations intactes et traîné dans la boue des hommes qui eurent le courage de faire leur devoir. Elles sont presque toujours anonymes...; comment contrôler la véracité de ces justiciers inconnus'? Quant à ceux que nous connaissons, ils inspirent le plus souvent peu de confiance ; les pasquinades d'un Pierre Arétin par exemple sont d'une autorité plus que problématique. Parmi ces courtisans, ces poètes, ces ambitieux de toute catégorie, combien d'aventuriers, de maîtres chanteurs et de vibrions malfaisants ! D'une façon générale, on peut dire que toute satire d'origine lettrée est sujette à caution.

La satire populaire est bien diverse ; ici encore, il est vrai, un champ assez large est ouvert à la médisance, à l'invention ; pourtant les intérêts personnels s'y effacent devant l'intérêt commun ; la satire du peuple est en général un cri de la conscience de ce peuple. Mais voici la grosse difficulté : cette conscience elle-même est souvent faussée 4 !

1 Je ne puis que citer ici un passage du Manifesto délie Popolasiovi dello Stato romano ai Principi ed ai Popoli d'Europa (Manifeste de Riniiui, 1845) : « Ed importa grandemente ripetere mille volte ai popoli ed ai potentati d'Europa, che le continue inquisizioni, e le inaudite persecuzioni politiche latte negli Stati romani dal 1820 fino ai giorni nostri, e la guerra contro ai pensieri, aile dottrine, ed ai sentimenti che più onorano

L'ignorance crasse, le séjour persistant dans un coin de ville où l'élément étranger ne pénètre pas, et dont on ne sort jamais pour voir d'autres pays et d'autres peuples, les prétentions d'un passé glorieux, le mauvais exemple donné par les prêtres et par la cour pontificale, la corruption systématique exercée par le gouvernement, les violences et les abus sans nombre, voilà tout autant de raisons qui expliquent la perversion du sens moral. On doit même s'étonner que cette perversion ne soit pas plus grande; un autre peuple se serait irrémédiablement avili ; le peuple romain a résisté et il est même remarquablement accessible aux enseignements d'une justice et d'une moralité meilleures; il faut qu'il ait hérité, d'âge en âge, un fonds de droiture extraordinaire.

La satire populaire est donc non seulement plus intéressante, mais aussi plus précieuse pour l'historien que les pasquinades des courtisans et des lettrés ; elle doit certes être contrôlée avec prudence, mais elle est instructive même dans ses errements, dont la responsabilité remonte plus haut.

Or l'œuvre de Belli n'est au fond que de la satire populaire, interprétée par un génie particulier. Dès lors, notre problème se précise : Belli est-il un historien véridique et consciencieux? Nous sommes portés à le croire, à cause de son caractère même, dépourvu d'imagination, tendanl à l'observation minutieuse des mille petits faits de la réalité : ses manuscrits, ses notes éparses prouvenl que dans la rue il notait au vol les conversations et les gestes; il a enchâssé

L'umana specie, ed i giudizii sommarii, ed i moltiplici assassinii commessi in Qome délia i<\ur^<\ hanno Inquinato «• corrotto urii animi tutti coll1 odio e colla vendetta, e non ^<>i<< hanno tolto ogni morale considerazione .-il romano Governo, ma i" hanno fatto conaiderare un aemico Implacato ed implacabile dalla cl vil ta, apogllatore <i<'iit> Boatanze, insidiatore délia llbertà individuale <i délia vlta, contro ;ii quale ogni mezso <n difesa <•<! offeia -i tlene lecito «'<i oneato dalle coacienze per cagione sua pervertîtes (Parinl : Lo Stato romano dalV anno 1815 al 1850, vol. i, p.iur<' 110).

ainsi dans ses sonnets une multitude de petits faits don!, on peul constater l'authenticité dans les journaux officiels du temps; M. Morandi, qui lésa étudiés à fond, ainsi que l<is correspondances et tant d'autres œuvres encore des contemporains, a mis hors de doute l'exactitude scrupuleuse de Belli. Notre poète n'a rien inventé. Mais peut-être, dira- t-on, grâce à son humeur mélancolique, a-t-il exagéré souvent ; ornons savons que précisément pendant les belles années de création, son hypocondrie avait pour ainsi dire disparu ; il s'épanouissait alors, sans soucis d'argent, ni de santé, ni de travail antipathique; sa sensibilité, exaspérée dans ia jeunesse et aigrie dans la vieillesse, était normale alors et s'épanchait en une indignation généreuse et légitime1.

S'il fallait faire une restriction à l'exactitude de Belli, je la < hercherais dans la genèse même de son œuvre. Ses propres paroles : « Jo ho deliberato di lasciare un monu- « mento... »2 nous ont prouvé qu'il eut dès l'abord une idée très nette des différentes parties de ce « monument », et nous venons de voir qu'il en prit les matériaux non pas dans le domaine de l'imagination, mais dans celui des faits. Cependant il n'y a pas travaillé en savant, c'est-à-dire systématiquement, mais en artiste ; selon que les groupes divers naissaient en lui, au hasard de l'inspiration, il leur donnait fiévreusement la forme et les contours sensibles, quitte à les retoucher plus tard ; il aurait pu travailler dix ans encore, ajouter des groupes nouveaux, jeter ici une ombre et là un peu de lumière, dans le chaos apparent d'une création de génie ; son œuvre est une fresque immense, faite d'études innombrables ; elle est forcément incomplète, parce que le sujet en est infini. Il ne faut pas oublier surtout que le vice se prête bien mieux que la vertu au travail plastique de l'artiste ; à ce point de vue la vertu est trop uniforme, trop pai-

1 Gnoli : Studi letterari, 69.

a Voyez page 68.

sible, trop grise *. L'historien par contre a le devoir d'être complet, et de suppléer par le raisonnement à ce que le poète n'a pas dit, pour une raison ou pour une autre. Je ménagerai donc souvent des transitions, là où Belli cherchait plutôt des contrastes.

Pour en venir enfin à cette question de moralité que j'ai déjà effleurée, il ne faut jamais oublier que la Rome de Belli est celle des papes, assez différente déjà de celle d'aujourd'hui. La responsabilité de toutes les hontes que nous découvrirons retombe non pas sur le popolino inconscient, mais sur le clergé qui savait et voyait ; les prêtres se sont introduits partout ; pour maintenir leur domination, pour ôter au peuple le goût des libertés et des progrès, ils lui ont fait la vie facile, en lui vendant le vin et la morale à bon marché. Gomme tous les gouvernements hypocrites, celui des papes a toujours refusé de caserner les filles de joie et de leur octroyer à la fois la surveillance et l'autorisation officielles ; dans la rue, il a combattu la prostitution ; fatalement elle est entrée dans la famille, comme une lèpre, une gangrène hideuse, et là les prêtres l'ont tolérée, encouragée ; ils en ont profité largement. Ce fait seul a eu de graves conséquences, dont Rome souffre aujourd'hui encore -.

On ne saurait être trop sévère pour la morale jésuitique, pour les mères qui vendent leurs filles, pour les maris qui

1 Dans le Jugement dernier de Michel-Ange, par exemple, combien de types inoubliables parmi les damnés I tandis que les élus n'en comptent

(pie un ou deux !

2 Cf. TamOWSky : Prostitution totd Abolit ioniSI nus} pages 86, 18.

• /. aussi le chapitre m de cel ouvrage. D'une façon tout a fuit générale, je voudrais que mon livre lut en quelque sorte une réponse a quelques écrivains qui, au cours de ces dernières années, se Bont plu à glorifier La splendeur intellectuelle et morale <ie la papauté. Pour en citer un exemple au hasard : à propos du Livre de rrevisani : Storia di Roma nel Medio Eco M. Luigi < allarl s cru bon de dénigrer l'oeuvre de G régoroviua et d'exalter tés mérites des papes, même ;iu point de vue politique; 11 Leur exprime n'i reconnaissance d'avoir épargné a l'Italie « l'on ta <'<i l] dan no délia germtnUiasione » Ualiana, vol. m. page L78, Maggio-lugiio, 180

vivent de la honte de leur femme; par contre il faut être plus indulgent dès que l'amour n'esl plus vénal, même s'il reste illégitime. Montesquieu dit dans ['Esprit des lois: « Dans les climats plus chauds, on aime l'amour pour luimême, il est la cause unique du bonheur, il est la vie * '. Et cet amour n'est ni de la sentimentalité platonique, ni de la coquetterie, c'est une passion, sensuelle, jalouse, souvent furieuse, qui se rit des conventions sociales, qui pousse au crime, mais souvent aussi au sacrifice, au dévouement absolu et silencieux. J'ai vu dans le petit peuple de Rome quel' ques exemples de cet amour illimité, que nous nous ignorons ; ces pauvres gens étaient sublimes sans le savoir, dans la simplicité de leur cœur 2.

La morale officielle ne connaît que des règles absolues, valables pour tous les hommes de tous les pays ; elle est inhumaine, elle pousse fatalement à la dissimulation ou aux illusions ; elle condamne des choses innocentes, mais elle tolère des iniquités ; elle fausse le sens de la vie et proscrit la pitié, la plus noble des vertus humaines ; elle ne se penche pas vers les misérables qui cherchent, en tâtonnant, leur voie vers le mieux, mais elle les écrase du haut de son infaillibilité; cette justice-là juge les actes d'après ce qu'ils ont de plus extérieur, elle a dressé la liste des manquements à l'ordre et a mis en regard le tarif des punitions, mais elle n'entre pas dans les âmes et dans la genèse douloureuse des mauvaises pensées ; en un mot, elle exécute ; elle ne guérit pas. — Une justice supérieure^ aux lois écrites de la société, plus scrupuleuse et plus miséricordieuse à la fois, détermine la moralité ou l'immoralité d'un acte, non pas d'après des

1 Cf. aussi : Trolle : Bas italienische Volkstiwn, 88.

2 Massimo d'Azeglio parlant des amours illégitimes qui florissaieut à Rome de son temps, conclut : « L'amore che cercando soddisfazioni accetta perù i sacrifici ; che sostiene indicibili dolori per Fineffabile félicita d'un minuto, è bello e nobile ; ha in se, sto per dire, qualche cosa di virtuoso, corne ogni dolore volontario virilmente portato. » [Ricordi. Barbera, 1893, page 334.)

règles absolues, mais d'après le progrès ou d'après le recul que cet acte provoque dans l'évolution particulière de l'individu et dans celle de son entourage. Or, de même que certaines maladies affectent un caractère plus ou moins aigu ou chronique et plus ou moins grave selon la latitude, ainsi certains manquements à ce qu'on pourrait appeler l'allure normale des choses ont une importance très diverse selon les pays et selon le degré de civilisation. Par exemple, en Italie, où par les conditions de l'existence, les liens de famille sont et seront toujours plus relâchés que dans le Nord1, l'adultère n'a pas des conséquences aussi funestes que chez nous.

Enfin, il faut se rappeler toujours le caractère foncièrement réaliste de l'Italien ; pour lui, non seulement les rapports sexuels, mais aussi tout ce qui est nature, tant de choses que nous cachons avec soin ou que nous feignons d'ignorer, tout cela n'a pour lui rien de honteux ; il en parle sans gëney mais surtout sans ce sourire et ce ricanement niais dont on aime à souligner chez nous. « Le scandale ». a dit quelque part Anatole France, « est propre aux sociétés « polies, et c'est même une de leurs distractions les plus « chères. » Ce scandale hypocrite est inconnu en Italie, surtout chez le petit peuple.

1 Je sais qu'en Italie un aime souvent (et surtout depuis quelques années) à exalter la famille ; qu'on lise par exemple les « nidiate » et tant d'autres articles de la Vita Italiana ainsi que La Poesia délia Famiglia m italia de Carlo Reynaudi : Roux et Cie, 1895. — il entre là-dedans beaucoup de poésie et pas mal de rhétorique aussi. Certes il tant se garder de méconnaître nu certain genre de solidarité dont nous aurons ù reparler plus tard, qui repose surtout sur une communauté d'intérêts et rappelle

C6S grandes « familles » du moyen âge, toujours en guerre le- unes avec

Les autres. Cette solidarité-la est une preuve du réalisme de l'Italien, mais je l'estime aussi un reste de civilisation primitive et plus barbare. (Voyez page 99.1 — Quant au « Heim » «le l'Allemagne, n est inconnu dans

I : les gens du peuple auxquels j'en parlai- ne Comprenaient pas

même, pas pin- qu'ils ne i>i>iw<nr,it comprendre l'eut hou-ia-nie d'un

pour La montagne. A \ ec le (limai de l'Italie, la vie dan- la rue. les

plaisirs publics, la mobilité de- Impressions, le « Heim a > serait-il jamais possible ? Pas plus que ne lerail possible en Allemagne une Plana délia Signoria ave.- i,- passé qu'elle évoque.

Il sérail juste de ne pas oublierque l'Italie a réalisé lors de la Renaissance, un lype idéal de l'homme et de la femme, la société que Castiglione a immortalisée dansson Cortegiano. Entre Isabelle d'Esté, Elisabeth Gonzague ' et nos Transtévérines, la distance est très grande, mais moins pourtanl qu'il ne semble. Toutes ces femmes sont sorties du même sol, elles ont bu la même lumière ; mais tandis que les unes sont comme des diamants bien taillés, précieusement enchâssés, les autres sont encore prisonnières de la gangue.

Faisant ici œuvre d'historien, je n'ai rien à soustraire à la vérité. Ceux qui tiennent à leurs illusions et aux « convenances » ne liront pas ce livre plus avant ; mais les amateurs de grivoiseries, les raffinés de la décadence, les admirateurs de Demi-vierges n'y trouveront pas leur compte non plus. Cet ouvrage pourrait porter en vedette: a Honni soit qui mal y pense! » il ne s'adresse pas seulement aux savants et aux amis de l'Italie, mais encore à tous ceux qui croient à la haute moralité de l'histoire et qui s'efforcent de dégager du passé un principe fécond pour l'avenir.

1 Voyez le beau livre de MM. Luzio et Rénier : Mantova e Urbino. — Roux et C»% 1893.

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