‹ Le peuple de Rome vers 1840Chapitre 8 sur 80 · Les Amoureux · texte numérisé non relu

Les Amoureux

Un Romain, philosophe un peu morose, résume la vie de l'homme en ces termes : {

Nove mesi a la puzza ; poi in fassciola s Tra sbasciucchi 3, lattime e llagrimoni : Poi p' er laccio'% in ner crino r», e in vesticciola, Cor tôrcolo 6 e l'imbraghe pe' ccarzoni.

1 Remarque générale sur la méthode suivie pour les nombreuses citations que j'ai à faire : Afin d'être plus facilement intelligible et aussi afin de pouvoir abréger, je donne dans la plupart des cas la traduction du texte romain, souvent en résumé : ailleurs par contre je donne le texte, avec notes, pour qu'on se fasse une idée de l'énergie du dialecte et de la puissance artistique de Belli. — Voyez à l'appendice quelques indications sur la phonétique et la morphologie du romanesco.

Je n'ai pas craint de répéter souvent des choses déjà dites, afin qu'on puisse lire chaque chapitre et même chaque paragraphe sans être sans cesse renvoyé à quelque autre passage.

Je rappelle ici, une l'<>is pour toutes, qu'il s'agit du peuple romain tel qu'il était vers 1810. Pour des raisons de style, faciles à comprendre, j'emploierai pour ainsi dire partout la forme du présent : mais je ne ferai que rarement allusion aux mœurs de nos jours.

Je m'abstiendrai strictement (à pari une ou deux exceptions) d'invoquer les témoignages d'autres auteurs. Belli doil faire tous les frais de ce travail.

'•' Les lang<

8 Gros baisers, répète

4 i ordon par lequel on soutient l'enfant qui apprend a marcher

rta de corbeille sans fond dans laquelle oo place l'enfant debout pour l'empêcher de tomber.

'■ i oquei .

Poi comincia er tormento de La scola, L'abbeccé, le frustate, li ggeloni, La rosalia*, la cacca a La ssediola, E un po* de scarlattina e vvormijjoni.

Poi vie 11' arte, er diggiuno, la fatica, La piggione, le carcere, er governo, Lo spedale, li debbiti, la....,

Er zol d'istate, la neve d'inverno... E pper urtimo, Iddio sce 2 bbenedica, Vie la morte, e fïinisce co' l'inferno.

A cet exposé des misères humaines, qui dépasse en désenchantement le « vanitas vanitatum » du psalmiste, on ne peut faire qu'une seule critique, c'est qu'il est trop partial ; il ne dit rien de certaines jouissances auxquelles tout vrai Romain est sensible : par exemple le bon vin des Castelli, ou les gaies parties hors des portes de la ville (scampagnate) ; il semble surtout que par le mot qui devrait rimer avec « fatica » notre philosophe n'ait voulu désigner que les amours vénales et grossières, dont nous parlerons dans un chapitre à part. Le Romain, heureusement pour lui, est susceptible aussi de cet autre amour, où le cœur et les sens sont d'accord, et qui est la source mystérieuse de nos douleurs et de nos joies. Tant qu'il y aura sur terre des yeux ouverts à la lumière et des bouches faites pour le baiser, ces yeux et ces lèvres se chercheront et se trouveront. Le moyen de les empêcher !

Fijja, ne sapémo troppo, L'omo accant' a la donna è una fornasce In ner mezzo a la porvere du schioppo.

1 La rougeole.

* Italien : ci : c'est-à-dire : nous.

Ce vô antro a impidi cche madr' e ppadri î Femmine e mmaschi sgrinfieranno i in pasce, Sin ch' a sto monno sce 2 saranno ladri.

Du reste, les amours secrets n'en sont que meilleurs : « Un (( regard rapide, se toucher du pied par dessous la table3, (( une étreinte des mains par derrière, se faire des cadeaux ce en cachette, aller à minuit, à pieds nus et à tâtons, puis le ce lendemain ne faire semblant de rien... Je voudrais dece mander aux personnes instruites pour quel motif ces ruc( ses et fourberies ont si bon goût î )) (IV. 434).

Mais tout n'est pas plaisir dans l'amour ; dès le premier jour la rose a ses épines : l'Italien tient absolument à épouser une jeune fille vierge; la virginité est pour ainsi dire une condition ce sine qua non » ; c'est un fait que j'ai observé souvent et dans des conditions frappantes et que d'ailleurs les anthropologues ont constaté : ce Der Italiener ce legt auf weibliche Keuschheit vor der Ehe tatsàchlich eicc nen hôheren Wert als vielleicht jede andere Nation Euroce pa's4 ». Remarquons bien ce premier indice d'une conception brutale de la femme ; c'est un legs du lointain passé. On sail que chez les peuplades barbares l'usage est d'exposer en public, au lendemain des noces, la chemise souillée1 du sang virginal5 ; on sail aussi que la Morgengabe de* Francs n'était de la pari, du mari qu'une sorte1 de récompense de la virginité de réponse. C'est l'égoïsme violent du mal»1 qui traite la femme en choêe conquise.

Quoi qu'il eu soit, cette condition cause souvent de gros

1 Sgrinflare : Ruiner.

c'est-à-dire : y.

1 rVst «•(• qu'on appelle : « far er peccato de sola ». (Sola : semelle.) i in. iic • Das italienische Volhstumy 89. «-* Cela fall penser aussi à

certain passage de i» V i" satire <i<> Ju vénal,

• De même, dans certaines tribus nègres, La Saucée esl examinée, la

vniic des noces, par les vieilles matrones, et si l'hymen se trouve déchiré,

la coupable esl lapidée.

souris à l'amoureux, el sans doute aussi.., à la jeune fille. Car, en dépit de la surveillance maternelle el du propre bon sens, il suffit pour une fille de « tempérament » d'une occasion et d'une brève faiblesse : de la pa,rt de l'homme, il ne faut attendre aucun égard, aucun ménagemenl chevaleresque. Une maman énumère à quelque voisine toutes les qualités de sa fille: elle est obéissante, complaisanle el travailleuse; elle observe le jeûne ; surtout elle est sage... c Tue seule chose m'inquiète, c'est que depuis un mois et i demi, la pauvre petite, elle maigrit un peu. Depuis cette 0 fameuse nuit, voisine, qu'elle est descendue pour écouter ce une sérénade, je ne sais si c'est l'air ou autre chose, elle ce n'est plus la même1.» — Le jeune homme qui a des intentions matrimoniales cherche donc tout d'abord à éclaircir ce point-là2, car « porter les cornes en son temps, passe en- (( core; mais aller les prendre toutes faites, ce n'est pas ce prudent». (V. 44.) Dans la règle d'ailleurs, les jeunes filles sont très surveil-

1 v, 433 ; voyez aussi V, 219.

* De là, ce merveilleux sonnet : « Dar tett' in giù » : c'est-à-dire : selon les vues humaines.

« Parlanno co' li debbiti arispetti,

— Dico — diteme un po', sséte zitella 1 »

— Disce : « Eh.... ddar tett1 in giù.... » — Dico « Sorella, Perche mm' arisponnete a ddenti stretti ? »

E Uei zitta. « Ebbè, — dico, — sti rospetti V'escheno fora o nno, ccôcca mia bbella ? »

— Disce : « Eh... dar tett' in giù... » — Dico : « Sabbella, Famnf er zervizzio, lassa stà li tetti. »

Je volevo in zostanza a sta sciufèca Fa ccapi cch' io nun ero una cratura, Da pijjamme una mojje a ggatta-sceca.

Ma, inzomma, nun ciô avuto antra risposta : E sott' a sti su1 tetti ho ggran pavura Che cce sii quarche bbuggera niscosta.

Voyez encore : V, 302 : V, 331 : V, 418.

lées 4; vis-à-vis du fiancé lui-même on observe la plus grande prudence. Les tempéraments sont si vifs là-bas ! Par la ruse, ou par la violence, plus d'un arrive à ses fins, en esquivant le mariage2; d'autres fois,... les raisins sont trop verts, « Après, ce tu m'épouseras, hein? Pauvre petit, laissez-moi toucher du (( doigt, si vous avez déjà toutes vos dents ! Voulez-vous du ce bonbon? Avec ces belles promesses, on cherche quelque

I Conséquence naturelle de la conception brutale du « féminin ». On ne cherche pas à développer la force morale de la jeune fille par l'éducation et par l'apprentissage de. la liberté ; on lui conserve simplement sa virginité par des moyens extérieurs, coercitifs. Essayez de parler en « société j>, à Rome, à Florence, à Milan, des libertés (bien relatives encore) dont jouissent les jeunes filles en pays allemand, dites comment il leur arrive par exemple de rentrer d'un bal seules avec un monsieur, et l'on vous répondra: « Ces choses seraient impossibl s chez nous ! » combien de fois ai-je entendu cet aveu sincère et éloquent : « Chez nous, la jeune fille est prisonnière ; aussi se marie-t-elle au plus vite pour être libre ! » — Sans doute il faut tenir compte de ces facteurs toujours agissants : le climat, les conditions de la vie : mais d'autre part la culture intellectuelle et morale devrait triompher de ces obstacles grossièrement matériels : notre civilisation moderne en est arrivée là : elle exige la collaboration de la femme ; elle en a besoin ; c'est de la femme que viendra notre prochaine Renaissance sociale. Les peuples latins s'en apercevront-ils à temps ?

II y a un siècle que le poète chantait :

« Fhret die Frauen ! sie flechten und weben Ilimmlische Rosen ins irdische Leben, Flechten der Liebe begliïckendes Band, Und in der (irazie ziichtigem Schleier Nahren sie wachsam das ewige Feuer Schoner Geiuhle mit heiliger Hand. »

Les « féministes » d'aujourd'hui s'absorbent trop encore dans des discussions académiques sur le poids ou les circonvolutions du cerveau. Le problème est. ailleurs ; il ne se résoudra que par la méthode historique. Mais quelqu'un a-t-il déjà pensé ;i faire une étude comparative, complète, sur Les relations entre jeunes gens el jeunes ftlles dans les divers pays d'Europe l Tout au plus nous propose-t-on pour modèle la fameuse liberté américaine, c' prêche-t-on L'émancipation de la femme par la bicyclette ' Tout, plutôt que de B'humilier à étudier L'Allemagne sans parti-pris. Le me germain a certainement ses Inconvénients, ses périls; il n'en est (i i reste qu'aux premiers pas, mai- en principe il a pour base r< viril'-, le reqx'ct <ie la femme et un.- conception très haut-.' du mariage, \u moment où je revois ces | rti de presse un ouvj

fait remarquable de M. Gugltelmo Ferrero, Intitulé: VI wane,

(Milan "i chapitre parle de « l'a more nella civiltn latins

,. germantes i et contient de réflexions fort suggestives,

i prise, el puis on s'échappe, comme la fumée par la chemi- « née. - Donne-la moi, el je t'épouse. — Le pacte est profi- « table; mais pas p.an- moi. Repassez le trente février. » (VI, 216.) '

Les mères niellent surtout en garde contre les jeunes gens de la noblesse :

Pe' ste sorte de bbèstie, Madalena, Da la quale ggoiauno se la scampa, Ecco er zolo rimedio : A la caténa.

Les parents ont beau faire, en bien des cas, les relations entre jeunes gens vont jusqu'aux caresses extrêmes3. Si la Chose est découverte, soit par hasard, soit en suite d'une grossesse, elle amène presque inévitablement un meurtre : c'est le père, ce sont surtout les frères de la jeune fille qui prennent sur eux de laver l'affront dans le sang du séducleur, [ci, il faut distinguer nettement deux cas divers : y al-il eu vraiment séduction, soit par violence, soit par ruse, la vengeance, même sanglante et illégale, est certainement excusable ; mais en est- il de même en cas de plein consentement de la part de la jeune fille? Il est pour le moins curieux de voirs'ériger en protecteurs de la morale, des individus qui n'ont eux-mêmes aucun scrupule, aucune pudeur et qui vivent parfois d'un infâme métier! Les optimistes ont tort de voir là les « liens sacrés de la famille » ; cette vengeance découle au contraire, elle aussi, de la violence primitive du mâle et n'est au fond que de la jalousie inconsciente ou inavouée 3.

1 Voyez aussi VI, 215.

:) J'ai cru bon de m'arrêter un instant sur ce point, parce que des faits récents ont attiré, en Italie, l'attention sur ce problème : et il semble que la conscience populaire soit en train de faire un progrès notable, en proclamant pour la femme le droit d'aimer selon son cœur, et en réprouvant la morale qui permet à un frère de tuer sa sœur surprise en flagrant délit. Voyez par exemple dans la Rivista yo-polare di jioiiih'a^ lettere e

Mais revenons-en aux cas de séduction coupable ; la victime est sûrement vengée par son père ou par son frère, même si le séducteur était un comte ou un baron. Et pourtant, du temps de Belli, le gouvernement protégeait les « grands », plus encore qu'il ne le fait aujourd'hui. Un père condamné à mort pour avoir puni un comte de l'affront infligé à sa fille, s'écrie : « 11 vaut mieux mourir décapité que « de garder sa tête avec une tache au front. Mais si, après la ce mort, il y a un autre monde, non. ces juges infâmes et ce ce gouvernement ne dormiront plus une nuit en paix ; parce (( que chaque nuit que Dieu leur laissera, je me présenterai à (( eux, la tête à la main, à demander raison de mon sang1 ».

Quand tout est normal, on fait sa cour à la jeune fille sans trop de formalités ; les visites du soir, où l'on cause, autour de la lampe, sous les yeux des parents, n'engagent à rien encore ; on s'observe, on s'étudie réciproquement, c'est ce qu'on appelle « far a ll'amore »; au bout d'un certain temps, si les jeunes gens se conviennent, ils se fiancent: si non , le jeune homme se retire, et souvent les deux familles restent en bonnes relations; on ne se convenait pas pour le mariage et voilà tout. Celui qui fait une cour trop longue sans se déclarer positivement, reçoit le nom significatif de « scallassedie »2.

En tout cas, tous, jeunes gens et jeu nés filles cherchent à se marier, et de bonne heure, parce que le mariage en soi leur semble une chose naturelle, une loi à laquelle ils se plient avec plaisir — en dépit de tous les proverbes où les désillusionnés ont concentré Unir amertume3. — Le vœu de chasteté éternelle leur paraît être 1111»' sottise, une cruauté, et ils oui plus d'indulgence que nous pour les préires et les nonnes qui violent leur serment. <• Que venez-vous me parler à

e sociali (de m. Colajanni), numéro du 80 janvier L897, l'article : il h m giustlziere.

« moi de vocation, de vœux perpétuels et sincères? Il fau- « dfrait que Dion lui un bouffon, pour se dédire aujourd'hui ce de ce qu'il disait hier1. » (III. 1 r>4 ! .

Celles qui décidément coiffent Sainte-Catherine en prennent difficilement leur parti2; elles accusent leur mauvaise étoile: elles implorent saint Pascal, le protecteur des filles ;i marier, afin qu'il leur envoie une bonne occasion3 à l'époque mouvementée du carnaval ; d'autres feignent l'indifférenceel disenten haussant les épaules « Chi nu'mme vô, nu' « mine mérita »4. Le type de la mère qui s'entend à « caser » sa fille par une réclame adroite est finement rendu par Belli :

« Ce n'est pas à moi à louer ma propre fille ; mais puis- « qu'elle ne m'entend pas, avec vous, monsieur Pie, qui « êtes un jeune homme prudent, je peux bien le dire, pauvre « Agnès, elle a vingt ans déjà et ne sait rien encore, c'est (( une enfant, une colombe ; et quand elle a... vous me com- (( prenez : en somme on peut presque dire qu'elle est trop (( innocente. Et je ne parle pas ainsi parce que c'est ma fille ; (( quiconque la connaît s'écrie : Heureux celui qui la pren- « dra ! — Suffit, laissons là ces paroles oiseuses... et vous, « cher monsieur Pie, quand pensez-vous trouver une jeune a lille et vous marier? » (V. 420.)

Les mariages d'inclination sont de beaucoup les plus fréquents au Transtévère; mais la dot n'y joue pas moins un certain rôle5 de part et d'autre ; la mère qui n'a rien à donner à sa fille s'ingénie à la faire doter par l'Église 6. La confraternité de l'Annonciation et quelques autres encore gratifient chaque année quelques jeunes filles d'une dot

1 « Croissez et multipliez-vous ! »

1 « Quarche scartarello », c'est-à-dire : quelque jeune homme en disponibilité dont nulle autre n'a voulu.

4 V, 439. C'est un proverbe.

■ Voyez VI, £84, un pauvre diable qui se consume d'amour pour une fille plus riche que lui.

modeste (qui ne dépasse guère, je crois, 200 ou 300 francs. La chose est encore en usage aujourd'hui). En outre (du temps des papes), chacun des cinq numéros sortis au loto porte le nom d'une jeune fille qui reçoit 50 écus1. Pour oser concourir, il faut naturellement non seulement un certificat de bonnes mœurs mais aussi une attestation de zèle au catéchisme, à confesse., etc. On s'imagine dès lors toutes les petites intrigues pour obtenir ces certificats dans le plus grand nombre de paroisses possible, ceci en vue de se faire doter par plusieurs confraternités2. L'intention de ces sociétés a pu être à l'origine bonne et désintéressée ; mais dans la réalité, au lieu d'augmenter la dévotion et de provoquer la reconnaissance, cette institution n'a fait qu'allécher les convoitises et pousser à l'hypocrisie3.

Une fois que les jeunes gens sont d'accord, l'amoureux fait une cour en règle, il soigne sa toilette *, il fait de ces petits cadeaux qui entretiennent l'amitié5, il passe et repasse sous la fenêtre de la belle et lui fait des sérénades 6 :

Yièttene a la ûnestra, o ffaccia bbella, Petto de latte, bbocca inzùccherata, etc., etc.

Il s'entend aussi à tourner un compliment, à sa manière ; en observant par exemple une miette de pain qui Botte sur l'eau dans un vri'w* et tend toujours à se rapprocher du bord, il s'écrie :

1 i . 118; il.

■ Le 25 mars de chaque année, Les Qlles dotées par la confraternité de L'Annonciation se rendaient en procession, vêtues de blanc, a IVglise de Santa-Maria sopra Minerva, oti Le pape officiait.

1 \ oyez \ i. 29 i, celui qui ne veut pas se marier avant que la fiancée ait touché La dot.

4 il, 153.

'■ L'amoureux éconduit entonne par contre une autre sérénade :

« Occhi de gai to, bbocca de fornello, i da dà pi"' bbecco ar pappagalli •

ni un» ' vva ppiù fîorti

Ecco !... 1" liai visio. ,ii\ c.-. .me s' attacca ?

StO SCinîCO -' de pane clic ss1 è lilllinsso

Nun paro3 tutto io, pasciôcca ' mia, Quanno ar vedette ;i me l* affiàro »■ addosso ?

Les amoureux qui ont toujours tant de choses à se dire en secret se rencontrent à l'église7, dans ces églises catholiques, hospitalières, toujours ouvertes, avec leurs chapelles retirées; soit dans les heures silencieuses où flotte encore une odeur d'encens, soit dans les cérémonies, au milieu du va ei vient, des génuflexions et des litanies, vous y trouverez toujours des amants qui se cherchent et qui se parlent d'amour devant les madones affligées et les saints mis en croix. Du reste, même à la maison, les amoureux bien que surveilles ne sont pas soumis à une étiquette trop rigide. Voici par exemple une des plus jolies scènes deBelli :

(Test le soir ; le « sor Pio » est assis auprès de sa fiancée, non loin de la mère ; les femmes cousent ; et la mère : « Pio, « je t'en prie, mouche un peu cette lampe, je n'y vois plus « pour travailler ; on se dirait dans une caverne avec ce i lumignon ; j'en ai mal au cœur. — Aoh ! louée soit la lui Jiiière du Seigneur! Ah mais, pas si haute la mèche! ça « fume... Bonne nuit, sor Pio! Nous tombons de la poêle « dans la braise ; nous voilà tous d'une même couleur. Ger- <• trude, va chercher une allumette, un peu leste ; je l'allui nierai dans la chaufferette8. Mais va doucement, eh, ne te « cogne pas la tête... Où es-tu?... Par ici. Mais Gertrude,

1 Italien : adesso.

2 Miette.

1 lo paio : je semble.

1 Ma belle.

s Al vederti.

1 S'approcher rapidement.

* sur le « scaldino », voyez page 135.

(( Pio, que faites-vous là-bas? Bien, bien, j'ai compris; do- « rénavant, c'est moi qui moucherai la lampe. » (IV. 340.)

L'idylle de l'amour est fréquemment troublée par dès scènes de jalousie. Ce sont d'abord les jeunes filles entre elles : chacune accuse l'autre de lui détourner son ami 4. Dans la « bourgeoisie » on retrouve les mêmes soupçons et les mêmes manœuvres ; mais on y cache avec plus de soin les mines et contre-mines. Les Transtévérines sont plus franches ; dès qu'elles tiennent ou croient tenir un fait, elles apostrophent leur rivale, où que ce soit, de la belle façon : « Tu m'enlèves mon ami, eh., tête de citrouille? Va-t'en au « diable, va, bouche tordue, va, balayure de la place Na- « vone! A quoi te servent tous tes colifichets, sale femme « borgne, avec tes jambes enX? Va, sale muffle, fanfaronne, « toute tordue et contrefaite, pas même le diable ne vou- « drait de toi pour femme ! » (V. 262.)

Les scènes sont plus fréquentes encore entre l'amant et l'amante, car les hommes surtout sont d'une jalousie terrible 2. Affaire de tempérament sans doute, d'une imagination ardente, pour ainsi dire plastique ; en outre, quand un individu se sait lui-même incapable de se maîtriser auprès d'une femme non surveillée, il est clair qu'il n'accorde aucune confiance à ses congénères ; enfin, cette jalousie excessive implique certainement quelque mépris de ta femme: elle est l'être de chair désirable, mais sans volonté, sans vertu. " C'est sur: je suis jaloux, sacredieu ! El comment ne « le serais-je pas. par la Vierge Marie, quand je me rappelle e tes étreintes? De qui je suis jaloux? De Mathieu, du » borgne, de ion oncle, de ton cousin, du juif, du sergot, du a curé, du chien et du chai, e1 même de mon ombre. Vous « autres sorcières, ou comme-ci ou comme-ça, tous les « mâles vous les voulez sous la main, el vous mettez le pied « dans cent étriers à la fois. . liâmes on vieux, beaux ^\\ laids,

■ i. ni, L9, H, 147; IV, Il

< il suffit d'être femme pour avoir le secret de les tromper I ions, i (IV. 193.)

On n'épargne pas les gros termes: « Elle s'est fâchée i parce que je lui ai dit vache. Et bien quoi! Ce sont des «choses qu'on dit comme ça. » (V. 383.) Du reste, Romains et Romaines ont la riposte prompte et leurs disputes finissent parfois par des « stornelli » plus ou moins improvisés :

Sentite, bbollo mio : « Fior d'oggni pianta :

Quanno parlate voi nun ve sto attenta,

Perch' io m' addôrmo quanno er gallo canta ». —

Mo ssentitem' a mmé : « Fiore de menta :

De pascenza co' vvoi sce ne vô ttanta,

E bbuggiarà, ppe' ddio, chi vve contenta ».

Page 1