‹ Le peuple de Rome vers 1840Chapitre 71 sur 80 · OUI · texte numérisé non relu

OUI

langues— de faire escorter les bataillons dans la campagne, par peur des brigands!

Perantro, co' sto callo, poverini!... — Ggiàa, sta ggente j'arriva mezza tnorta. — Ortre er risico poi de l'assassini. —

Ah in quant' a cqnesto no ; pperché a la Stôrta ', Sibbè cche nun portàssino quadrini, Se disce che ppijjaveno la scorta.

Plus ridicule encore est la garde civique reconstituée au commencement de 1831. La vantardise des officiers3 et la couardise des soldats en font l'objet de la risée publique : « cor un coraggïo de sordato scivico » dit le Romain en pouffant de rire 4. Et de là ces deux chefs-d'œuvre de Belli : d'abord le civico de corata dont j'ai donné ailleurs la traduction :

Stamo immezz' a' na macchia, Caterina, E nno in d' una scittà ddrent 'a le mura. T'abbasti a ddi cclr a Ssan Bonaventura s Me sciassartonno a mmé jjer' a mmatina.

Pavura io ? ! de che ! Ppe' cristallina ! Un omo solo nrha da fà ppavura ?

M'aveva da pijjà senza muntura Lui, e ppoi ne volevo una duzzina.

Quanno me venne pe' investi, mme venne, Jo pe' la rabbia me sce fesce rosso ; Ma ccosa voi! nun me potei difenne.

1 Premier relais de poste en sortant de Rome par la Porte du Peuple.

2 On raconte que naguère encore les soldats portaient une ombrelle à l'exercice et faisaient l'alignement le long d'un trait a la craie : II, 92.

4 I, 158. Cf. I, 169; le « civico » qui monte la garde.

3 Près de l'église de Saint-Bonaventure.

E archibbuscio, e ssciabbola, e bbainetta!... Go' sta bbattajjeria d'impicci addosso, Com' avevo da fà, ssi' bbenedetta ?

Et voici ce que dit à la chambrée un autre soldat de la garde civique : « Malédiction, pardieu, à qui a inventé ces « sales traîtresses d'armes à feu î Certainement ce fut un « moine, d'accord avec le diable. Sergent, pas de bêtises ! « Quand vous me mettez de planton, donnez-moi un fusil (( déchargé ou qui n'ait du moins pas de poudre dans le « bassinet. Oh le brave couteau ! en voilà un au moins <sr qui ne se retourne pas comme une vipère contre son «maître! Pour moi, vive le couteau!... Baissez-moi ce (( fusil, hein? On ne sait jamais, avec ces armes; quelquefois « c'est le diable qui les charge! » (I, 239).

Les Centurions sont un corps spécial de police que les évêques de province emploient contre les libéraux ; antique institution abolie par Sixte V et rétablie par le cardinal Bernetti. Selon les provinces, les'-Centurions forment une société secrète (à opposer aux CarbonariJ ou sont au contraire une troupe officielle de brigands munis de privilèges spéciaux -.

Les Galantini (appelés aussi Reggimento Canaglia) 3 sont un corps de milices, intermédiaires entre le soldat régulier el l'agent de police; leur création remonte aussi à 1831. Ils sont à cheval ; ils jouissent d'une triste renommée.

In quai' armi servite? — Guliscenza *, Reggimento Canajj a arzu' commanno. —

Gioè? - Guardia d'onor <!ii pulizzia, —

Gôrpo di poco onor. Ma cce se maggna. —

Duaque, siete oontento. — Eh, ttiro via. —

(I, l -.'■ 1 Voyez page 15 i

•officiellement, ils se son! appelés d'abord : guardie di polliia, puis

'lirn. Voyez page 4 cou Liceoza.

• cf. [. 198; [II,

En cas de grand besoin, on arme à la hâte les Sanfedisti fanatiques du Transtévère et «lu quartier des Monti, pour les «lâcher» contre les libéraux l. J'ai déjà parlé des Capotori,* milice du Capitole, recrutée dans les corporations de métiers, et ne fais que nommer en passant les gardes noble* du pape3.

Enfin, il y a la garde suisse, recrutée dans les cantons catholiques; mercenaires dévoués, prêts à se faire hacher pour le pape comme d'autres pour Louis XVI. Ces Suisses ont la main rude et pesante4, mais du moins ils ne font pas de politique et ne savent pas le métier d'espion ; ils se mêlent au peuple, fréquentent assidûment les filles de joie5; au fond, ce sont de bons diables dont l'accent tudesque amuse le Transtévérin.

Stavo a ppisscià jjerzera lli a lo scuro Tra Mmadama Lugrezzia G e ttra Ssan Marco, Quanti* ècchete, affiarato com' un farco f, Un sguizzero der Papa duro duro.

De posta me fa sbatte er c ar muro,

Poi vô llevamme er fongo 8 : io mé l'incarco 9,

E cco' la patta in mano pijjo l'Arco

De li tre Rre, strillanno : « Vienghi puro ».

1 che rrabbia è de senti sti forestieri

Di mmale de li nostri bberzajjeri, civichi, capotori e zzampoggnani. Disce : « Puttre! aver nixe dissciprina n.

r> VI, 14.

6 Buste mutilé d'une statue colossale, adossé a un mur près de l'église Saint-Marc.

7 Rapide comme un faucon.

8 II veut m'enlever mon chapeau (comme gage pour l'amende à payer).

9 J'enfonce mon chapeau sur la tête.

Me sentivo quer froscio « di a le tacche

Cor fiatone : Tartàifel, s or p aine,

Pss, nun currete tante, ché sso' stracche -.

Poi co' mmiir antre parole turchine 3 Ciaggiontava : Vie cqua, ffijje te vacche, Ché ppeveremo un pon picchier te vine.

L'armée régulière, les miliciens, les mercenaires et même « le peuple en armes » (!) ne suffisent pas à soutenir ce trône qui croule de vétusté et de pourriture4. Des papes italiens appellent à la rescousse les baïonnettes étrangères : les Autrichiens pacifient Bologne, les Français sont à Ancône 5, mais les Carbonari s'introduisent dans Rome. Ils y préparent le jour de la délivrance, tandis que des papalins sans vergogne acclament les troupes autrichiennes ! « In Itajja « sce so' bboni Todeschi » °.

Finalement tous ceux-là perdent patience qui ont encore un peu de cœur, un peu de dignité. « Nous sommes obéis- « sants, respectueux, tranquilles, contents avant et plus « contents après; tout ce que vous voudrez, mais les prè- « très, Don Claude, exigent trop de nous » 7. — « Saint-Père, « est-ce une vie chrétienne, celle que vous mené//? Espérez- « vous que les choses continueront de ce pas tranquille?»

Le ggente mica poi so' cceche e minute; E vve faranno avé strette inimité, Peggio de quelle che ggià avete avute8.

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