‹ Le peuple de Rome vers 1840Chapitre 9 sur 80 · Le Mariage · texte numérisé non relu

Le Mariage

Après beaucoup de querelles et tout autant de réconciliations, on finit par le mariage qui a lieu généralement avec beaucoup d'éclat. Notons en passant qu'en Italie, aujourd'hui encore. l'Église bénit les mariages sans demander si la cérémonie civile a eu lieu ou non ; devant la loi, par contre, le mariage purement religieux n'a pas de valeur, c'est-à-dire qu'en cas de procès, de divorce, la femme est traitée en simple concubine ; comme la loi est appliquée avec rigidité, te petit peuple commence à se persuader que le latin d'un prêtre n'est pas une garantie suffisante, et la Transtévérine d'aujourd'hui sait à quoi s'en tenir quand un « monsieur » frappé de sa beauté mais retenu par des « considérations de famille » lui propose un petit « matrimonio religioso ».

On se marie gaiment1, quoique les jugements sur le ma-

1 Voyez VI, 194, les conseils d'une mère à sa fille la veille des noces. — VI, 191 : un moyen énergique pour obtenir la dispense de mariage entre cousins. — VI, 1 : L'époux attend l'épousée devant la porte de l'église.

riage ne soient guère encourageants1. Un veut dont le sang se glace au seul souvenir du passé, déclare que plutôt de se marier « il vaut mieux passer mille ans dans les chaînes ou « vivre dans un océan de douleurs tutto pien de bbubboni e e « ccancherene. Les caprices, les cris, les bouleversements... « mais, sans égrener le chapelet, suffit de dire : les cornes « et les enfants. Et puis, même si la femme était bonne, « cette sale race menteuse des prêtres y mettrait la griffe. » (III, 83.) Et le proverbe : « Ghi disce donna, disce danno »-. C'est que le mariage, tel qu'on le pratique au Transtévère, a plusieurs vices en soi déjà : d'abord on se marie trop tôt3. Il est vrai qu'en Italie la puberté commence de bonne heure, à treize ans ou treize ans et demi, mais c'est trop vite encore pour la vie conjugale et pour la maternité. D'après les informations prises et les statistiques consultées4, il semble qu'on ait fait de grands progrès depuis plusieurs années ; on ne se marie plus guère avant vingt ans. Malheureusement, les gamins de quatorze ans persistent à se croire des hommes.... ils usent et abusent des plaisirs sexuels et s'étiolent de bonne heure* (Voyez chapitre XI.) — La jeune femme de son côté, trop surveillée jusqu'alors (non pas trop innocente comme le disait tout à l'heure une maman, mais trop inexpérimentée, c'est-à-dire sans habitude de L'autonomie) croit peutêtre aimer son mari, mais elle ne découvre la passion qu'après les noces. A quoi s'ajoute un trait de caractère très important, dont nous parlerons bientôt5.

:t i. 157, 233, 246 : II, 136 : III, s:: : i\ , 69 : \ t.

1 Autres proverbes : « A ppijà' mmoje pônsece un anno e un giorno ». — « < hi pija înoje e ccasca bene, nun pô sta1 ppeggio ».

* Trolle : ïtalienisches Volhstum, 50, m. ni^mi donne comme âge moyen des fiancées aux t<'iii|>s <i<> L'empire et «le La décadence: 11 ans; pour l'Italie d'aujourd'hui par contre : 23 ans L0 mois, n voil avec raison dans la nativité des mariages a La fois une cause et un résultai «i<v la décadence de L'empire: « Die alte Republik kaunte <i !**-»• FrOhreife nient . [ftalische Landeshunde, i. 112.) Hélas, i«i fait qu'on se marie beaucoup plus tard de nos jours ne révèle pas uniquement un progrès moral, mais rande détresse économique,

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Au point de vue économique, le Romain n'esi pas prudent : il se marie tropsouvenl à la légère, créant des enfants avant de leur avoir assuré du pain 4. <r Oui, je comprends, a c'est une vieille histoire, maintenant que lu as mangé i les quatre sous, il le bat. Qu'y faire, Marianne? C'est ton «mari»2. Le proverbe dit pourtant : « Ghi quatrini min i cià, moje nun prenne », mais on l'oublie et Ton donne raison à cet autre adage : « Li pazzi fan no le nozze e li savi (( se le magneno ».

Los prêtres, dont nous retrouverons l'influence partout, se sont souvent chargés d'assurer le bien-être d'un ménage, on «levine dans quelles circonstances et sous quelles conditions3. « Je me marie. Taddeo. Mon brave homme de conte fesseur, don Clément, me donne pour femme une de ses « pénitentes, je n'ai jamais vu d'aussi joli museau... Lui m'a « dit comme ça : Écoute, Jean, tu attrapes là une âme inno- « cente ; prends-la, mon fils, sans t'inquiéter de rien, je « penserai à tout, même à l'anneau. — Et voilà qu'il nous q ouvre un bon petit magasin, pour y travailler, moi et ma « femme, et y maintenir notre petit avoir. Il commence « déjà à faire les achats, parce qu'il désire vivement que la a chose puisse se taire, au plus tard, le mois prochain. » (V, 249.)

Je mentionne en passant ces couples qui associent la laideur physique à la laideur morale. Le Romain, généralement bien bâti et doué d'un sens très sur de la beauté, accable les ridicules et les infirmités physiques d'une ironie qui, pour nous, est souvent d'une cruauté pénible4. La pitié est un sentiment qu'il ne connaît guère; j'en citerai d'autres preuves5.

3 II, 106, 209, 173 : III, 46, 295 ; IV, 191 ; V, 249, 419 ; VI, 2. 242, 270,

- Voyez d'ailleurs un paragraphe important du chapitre Iv.

4 II, 7; III, 9, 258 ; IV, 126; V, 392. fi Voyez page 152.

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