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LES PRODUCTIONS ANIMALES

A cette incomparable variété du climat, du relief et de la fertilité du sol comme de ses produits, variété introuvable sous la même latitude, s'est ajoutée, par la force même des choses, la variété des productions animales. Tant que le pays n'avait point encore été exploré dans ses moindres recoins et arrangé en une sorte d'immense parc à la disposition des curieux de l'Europe entière, les gi-ands quadrupèdes des pays de plaine ne dédaignaient point ses retraites. Au commencement du XIX' siècle, on y voyait encore quelques cerfs, des chevreuils et le castor solitaire hantait les embouchures des piincipales rivières. Mais ces représentants venus des plaines ont dû disparaître en même temps que les habitants illustres des sommets, tels que le bouquetin et l'ours, de même que disparaîtra infailliblement le chamois, de plus en plus traqué, et la loutre qu'on rencontre encore parfois sur les berges du fleuve ou autour des étangs de la région la plus douce de la grande vallée.

Les oiseaux, plus fortunés grâce à la rapidité -et à l'aisance de leur locomotion sont, par contre, si nombreux qu'ils représentent les trois quarts des vertébrés. La même remarque doit être faite pour les insectes : M. le professeur Bugnion assure qu'un grand nombre d'insectes du Midi qui deviennent rares à mesure qu'on s'avance vers le Nord se maintiennent dans le Valais et plusieurs espèces de fourmis, rares sur les rives du Léman, seraient, si nous en croyons le physicien vaudois F.-A, Forel, très abondantes en Valais.

Dans le domaine des animaux domestiqués, les effectifs sont subordonnés aux caprices des conditions économiques locales. Ainsi, l'élevage bovin, représenté par l'industrie laitière, est

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d'un rendempnt très différent selon que le propriétaire de vaches séjourne en plaine ou sur les coteaux et vais élevés. L'extrême montagnard se consacre de préférence au bétail, alors que le riverain du Rhône dépense le meilleur de ses efforts pour la vigne.

Le porc, que le Valaisan élève larement pour le commerce, mais dont chaque ménage entretient ordinairement un sujet en vue de sa « boucherie » annuelle, passe l'été sur les hauteurs. D est ensuite engraissé, selon l'altitude du village d'origine, de châtùgnes, de prunes, de poires, de pommes de terre ou de chardons blancs. Et, comme il n'est presque point de commune valaisanne qui ne confine aux pentes escarpées, leurs revers érodés peuplés d'aulnes, de coudriers, de frênes et de menue broussaille, de même que plus haut l'herbe fleurie qui balafre les rochers nus, permettent d'entretenir des troupeaux de chèvres. Enfin, les solitudes inaccessibles au gros bétail, les coins perdus des cimes que ne couvrent pas les neiges perpétuelles, nourrissent de nomtffeux moutons, tantôt gardés par des gamins auxquels on alloue un salaire en pûn ou en fromage correspondant è trente centimes par tète et par saison, tantôt livrés à l'abandon dans un district délimité par la nature.

Les landes marécageuses de la plaine du Rhône étaient utilisées autrefois par les riverains aisés qui y jetaient des chevaux et des juments dont ils pratiquaient l'élevage pins volontiers qu'aujourd'hui. Il y avait là une branche agricole aisée è développer et qui pourrait notamment être étendue à l'élevage du mulet, pour peu que les pouvoirs publics s'appliquassent à l'encom-ageret si des crédits moins onéreux étaient faits au paysan, dépouillé depuis trente ans par les petits préteurs.

Néanmoins, si les statistiques constatent depuis 1816 une décroissance sensible de l'effectif ehevalin, l'usée de la bête de somme s'est, en revanche, sensiblement développé. Le mulet, cet agent transporteur par excellence, est le compagnon préféré de ces montagnards. Sur les 2742 sujets de c«tte espèce

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hybride que la Suisse possédait en 1888, le Val^s seul enfournissfût 2161. Ed l&Ol, leur nomtire était même monté de ce dernier chiffre à oelui de 25â9, soit à 1000 de plus qu'en 1816.

Cette prédilection est légitime, car, à une force souvent égale à celle du cheval, le mulet ajoute les qualités de robustesse et de sobriété de l'âne. Aimant à marcher au bord de l'abîme comme par défi des accidents, il a le pied sûr et sa tête pensive le dispense du moindre faux-pas. Si l'on tient compte que le foin et l'eau suffisent à son alimentation, on comprend poiu-quoi ce paysan, sobre et dur à lui-même, le tient en haute estime et pourquoi dans certaines vallées plusieurs ménages possèdent un mulet par indivis. Je me souviens notamment d'avoir vu six consorts se passer ta même bête â tour de rôle dui-ant les jours ouvrables et alterner pour le nouiTir le dimanche. A ce changement quotidien d'écurie et de traitement, le cheval ne tiendrait pas : le mulet y vieillit et, lorsque, en automne, arrive l'heure de la vendange, les six familles viennent à l'envi se grouper sur les tonneaux ou ustensiles de cave entassés au petit bonheur sur un char que la bête résignée devra traîner à cinq ou six lieues. Afin d'économiser leur foiurage, les propriétaires de mulets de Bagnes et de l'Entremont les mettent u à l'hiveme » chez des paysans des localités du vignoble vaudois, à Aigle, à Yvorne, à charge par ceux-ci de les entretenir en les utilisant sans surmenage, et de les ramener scrupuleusement à Martigny ou à Fully lorsque leurs propriétaires descendent pour le travail de la vigne, vers le commencement de mars.

L'âne, la vache sont aussi quelquefois utilisés à titre de bêtes de somme, mais le premier est disgracié comme étant le compagnon habituel du pauvre diable et les services de la seconde ne sont requis qu'à titre d'expédient auquel il serait de mauvaise tactique économique de recourir trop souvent.

Ce coup d'œil sommaire et général jeté sur le pays, il importe surtout de retenir que la race humaine autochtone s'y

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trouve enfermée dans un système régulier de profondes vallées à pentes escarpées, entrecoupées de gorges et de torrents et qu'ainsi, dès l'origine, elle a dû s'y sectionner par groupes locaux, strictement autonomes, que le souci de la défense commune et le développement des besoins dm-ent seuls pousser à se pénétrer. Il résulte de là, qu'en dépit de ressemblances fondamentales dans les conditions du lAeu, des différences très sensibles ont subsisté dans les habitudes, dans les ^oûts, dans les idées, dans tes mœurs et dans le tempérament des habitants des bourgades les plus rapprochées.

Mais il importe aussi de retenir une autre particularité, c'est que la race, au lieu de former ces groupes locaux par couches superposées, c'est-à-dire au gré des zones d'altitude, plus distinctes en ce pays que nulle part, s'est au contraire établie par juxtaposition, en ce sens que chaque variété est restée isolée des variétés voisines par la ligne d'un torrent rapide ou l'angle vertical d'un contrefort ou d'une cime. C'est ainsi que vers la fin de septembre, le pâtre occupé la veille à traire le bétail à 2300 mètres d'altitude, vendange le surlendemain sa vigne patrimoniale sur tes rives du fleuve à plus de âOOO mètres audessous.

En effet, le montagnard dont les hauts plateaux ou les profondes vallées coiTespondent à la section viticole de la plaine ne se contente point de pratiquer l'art pastoral et d'en échanger les produits contre du pain et du vin : it lui faut posséder en propre des champs et des vignes. Chaque ménage de ces hautes régions du moyen Valais possède ainsi, au pied des coteaux riverains du Rhône, la totalité ou une faible partie d'une petite ferme viticole'.

Voisin de quelque rivage maritime ou simplement pourvu

' D'autres, à Visperterbiaen, Zeneggen, Bovcnior, Sembrancher et Bagnes ont acclimaté le raisin dans les coteaux bien eiposés des vallées latérales importantes, jusqu'à 1O00 mètres d'altitude, lîien que ce fruit, exposé à la gelée, y coure d'incessants dangers.

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de communications plus aisées ou plus nombreuses, un tel ' peuple serait assurément demeuré plus étroitement fidèle à l'art pastoral, sa ressource première, qu'il pratique encore partout. Cette uniformité plus soutenue dans le travail lui aurait procuré un notable surcroît d'aisanœ tout en lui assurant un labeur moins exigeant et moins compliqué. Elle lui aurait aussi permis de conserver ses anciennes forêls, d'en tirer meilleur profit et de vivre selon ses mœurs originelles, par grandes familles communautaires. Mais, enclos dans les plus hautes chaines des Alpes, privé de communications avec les pays les plus rapprochés — la route du Simplon étant ouverte depuis un siècle à peine, celle de la Furka depuis quarante ans — il ne pouvait guère que s'ingénier à tirer sa subsistance entière de son'propre sol'. Le plus modeste hameau perché sur un roc ou niché dans un de ses replis a dû, comme nous venons ' de le'voir, s'approprier à la fois une parcelle de plaine, une de ■coteau et une de haute montagne. Par la suite, le défrichement et la colonisation des vallées latérales devaient créer des subdivisions et un classement de types en variétés et sous-variétés, ■car chacun de ces compartiments aurait à adopter un mode d'existence subordonné aux éléments et aux caprices de ses contours, autant qu'è sa position écartée ou rapprochée des marchés locaux. Toutes ces différences tendront bientôt à •compliquer les conditions économiques qui procèdent le plus ■directement de celles du Lieu, les conditions du Travail

' De tous côtés le Valais est entouré de montagnes très élevées ; on n'j peut entrer de plain-pied qu'à Saint-Maurice. Encore l'entrée en est-elle si étroite (|ue le Bhdne trouve à peine l'espace néœsaaire pour se frajer un passage entre les parois escarpées et qae Ja porle de Saint-Maurice sert tous les soirs à fermer l'entrée du Valais. — Ebel, p. UT.

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