RÉGIONS DE LA SIMPLE RÉCOLTE
Descendant du midi vers le nord, le val d'Illiez doit sa fécondité à des conditions particulières. Au couchant, l'arSte montagneuse à laquelle s'appuie son flanc est d'une altitude moyenne de 2000 mètres, en sorte que les nuages chassés par les vents d'ouest la franchissent sans obstacle, tandis que la barrière longitudinale du levant porte l'énorme massif de la Den^du-Midi et du mont Ruan (3000 à 3200 mètres), contre lesquels les mêmes nuages s'arrêtent, se condensent et se résolvent en pluie. Rafraîchie par ces ondées fréquentes, la petite
' Les Français d'aujourd'hui, p. 2.
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vallée échappe aux sécheresses et se passe de toute irrigatioD '.
Labourer un tel sol sous ce ciel mont^neux serait un travail pénible et inutile. Aussi la charrue y est-elle inconnue. Libéré des efforts du labour et du gaspillage du temps qui résulte de la variété des cultures, le paysan garde la faculté de concentrer tous ses soins sur l'élevag^e. Et, comme les pentes des vallées d'Dliez, de Couches et de Loetscheo sont moins abruptes que celles de Bagnes, d'Hérens, d'Anniviei-s et de Viége, elles se prêtent à l'élcvape riche. Ce pur pasteur dédaigne la race bovine autochtone des autres vallées hautes et il met à profit ces douées pentes herbues pour acclimater les grandes races bovines de Fribourg et de Sehwytz, directement importées du plateau central de la Suisse. I^a bHe à cornes de la race Mbourgeoise vaut deux de celle d'Hérens; plus grande, elle peut donner une c[uantité supérieure de lait «t, bien plus, elle fait l'objet d'un commerce dont le rayonnement franchit volontiers les hmites du pays. Comme elle constitue sa principale richesse et l'unique élément de sa prospérité, le propriétaire la soigne avec un zèle particulier. L'industrie fromagère devient ainsi un champ d'émulation, et c'est bien pourquoi les fromages de Conches et du val d'Uliez sont les mieux travaillés et les plus recherchés de tout le Valais.
Dans la distribution de son sol, le val d'flliez se distingue ■encore parmi les vallées hautes en ce qu'il ne connaît pas ces prairies d'élévation moyenne que l'on nomme mayena. Tout le terrain en montagne est répai-ti par les communes en vastes alpages ou pâturages d'été ; chacune d'entre elles met les siennes à la disposition de ses ressortissants, mais cette méthode d'exploitation, plus dégagée du régime de la communauté, diffère de celle qui est adoptée ailleurs, notamment en ce que les groupements de vingt^cinq à trente bètes laitières y sont
' La grande sécheresse de 1893 y lui k peine i-essentie ment sur le rùLé le plus osposo aux rayons du soleil.
les plus nombreux et que tout ménage suit son bétail dans des chalets groupés par hameaux d'où chacun porte le lait du jour à une laiterie collective.
Cependant, comme le parcours constitue un droit exclusif du bourgeois de la commune, il lui est interdit de louer, pour les y faire pâturer, des animaux dont le propriétaire n'est pas établi sur le territoire communal. Même, en vue de prévenir tout essai d'accaparement des droits d'herbage au profit de quelques-uns, chaque participant est tout au plus autorisé à envoyer à ta montagne une vache en sus du nombre de celles qu'il a hivernées. Le droit de parcours des bêtes à cornes non laitières {agota} et des porcs, est basé pour chacun sur le nombre de ses vaches. Les moutons pâturent dans des districts qui leur sont particulièrement assignés.
Nulle peuplade du Valais ne redoute autant le morcellement du sol que celle de la vallée d'Illiez. Là, toute l'amlritioo du paysan tend à la centralisation de ses terrains et, pour veiller avec plus de soin è ses intérêts, il fait un choix attentif du site où il édifiera son habitation Toutes les maisons de Troistorrents, par exemple, se disi)ersent en s'étageant au loin surles coteaux herbus et, sur ses 1 ,630 habitants, cette commune en compte au plus 150 qui forment la population agglomérée.
On peut voir là, à coup sûr, l'une des premières raisons du bel équilibre économique que toute chose révèle au visiteur de cette riante contrée. Car le propriétaire ne disperse pas plus ses efforts que ses biens. Il a beau être voisin de la plaine dont le village le plus écarté est à peine distant de trois lieues ; il ne se laisse pas tenter par l'appât de la possession de vignes, préférant demeurer montagnard et éleveur : chaque semaine, il descendra dans la vallée pour écouler ses denrées et faire ses échanges. La fréquentation du marché de Monthey, la petite ville qui occupe le débouché du val, fait partie de ses attributions domestiques, et rien ne saurait le rendre aussi fier que d'y pouvoir étaler une provision de beurre plus considérable que celle du voisin.
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(Jrâce à une telle aisance, les Sorgues — c'est le surnom vulgaire des gens du val d'Illicz — à qui la fréquentation des écoles est rendue difficili- par eette dissémination mAmc des demeures, ont acquis, par l'habitude des rapports extérieurs, an agrément de oommeroe que pourraient leur envier des montagnards plus instruits, auxquels manquent ces moyens de contact suivi. N'étant pas fatiguée par le labourage et le port des lourds fardeaux, la femme se distingue par sa prestance, sa robustesse et une certaine dignité dépouillée de fausse honte. Lorsqu'elle va paître le bétail sur les hauteurs, elle troque volontiers sa jupe contre le pantalon masculin. Cet accoutrement, rehaussé par le rouge éclatant du foulard qui lui sert de eoiffurc, et qu'elle a le secret de nouer d'une certaine façon sur l'oreille, contribue à lui donner un air fler, hardi et enjoué.
La contrée de Gonches, peuplée d'environ 4,000 âmes comme la précédente, occupe l'autre extrémité du pays. Elle eouvTe la section supérieure de la vallée du Rhône, de l'ensemble de laquelle elle diffère par la physionomie autant que par le brusque changement d'altitude. Il convient de l'étudier à part, d'autant plus que les traits caractéristiques de cette région vont fournir la note première des mœurs du Valais germain
L'élévation des nombreux villages parsemés sur ses vastes pelouses varie entre 1,050 et 1,400 mètres. Le cirque montagneux qui contourne de très près ce prp.mier bassin du fleuve, supporte au nord les plus considérables glaciers des grandes Alpes et expose la région aux conséquences des moindres sautes de température. Le seigle y court trop de risques pour qu'on le cultive volontiers. De même que dans la vallée de Lœtschen, le pain est un produit rare, naguère à peu près inconnu, qu'on économise avec un soin jaloux. En revanche, on s'y montre prodigue du fromage, qu'on étale dans les appartements pour se donner un air cossu et qu'on traite à peu près comme le pain, au point d'en couper jusque dans la
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«oupe au lait. C'est du moins ce qui avait lieu avant tes chemins de fer.
En outre, oettp f«Dtrée n'offre pas l'aspect irrégulier et abrupt des autres vallées hautes ; les contreforts des deux chaînes parallèles sont moins accusés, les torrents qui les découpent moins rapides, les cimes moins déchiquetées : autant de particularités qui favorisent encore la pratique intense du pftturafre. Les herbafïes y sont sectionnés en trois zones: autour des villages, les magnifiques prairies que borde au sommet la bande sombre des forêts ; un peu plus liaut les moyens (en allemand voralp). taillés en prés appropriés, que l'on fauche vers le milieu de l'été ; plus haut encore Valpe, où le bétail séjourne du commencement de juin au 10 de septembre. Propriétés des communes, ces pâturages supérieurs ne reçoivent que le bétail hivernant sur leur territoire respectif. A l'inverse de ce que nous venons de constater dans le val d'Illiez, il n'est pas indispensable ici que le propriétaire de la vache soit twurgeois de la commune, pourvu que l'animal en soit originaire ou ait été naturalisé ■ communier ».
Tel est le parti que tirent de leur sot celles des populations vataisannes qui, soit à cause d'avantages particuliers, soit sous la pression d'une force majeure, se sont à peu près confinées jusqu'à ce jour dans les seuls travaux de la simple récolte. II nous reste à souligner les rapports, les points d'analogie ou de différence qui subsistent entre ces variétés. Retenons toutefois que l'art pastoral, peu fatigant au corps, donne une population humaine plus belle et plus forte, mais moiiis bien partagée en inilialive el en énergie individuelle que celle qui cultive les vallées oit eei art se combine avec le labour.
SiMPi.E KÊUOf.TB MOIliriKE