RÉGIONS DE LA SIMPLE RÉCOLTE MODIFIÉE PAR LE LABOUR
Cette grande variété du type valaisan réunit au plus haut degré les différents caractères de la race. Elle n'occupe pas seulement les vallées à pentes abruptes dos deux chaînes parallèles au Rhône ; elle embrasse encore les flancs moyens et supérieurs de la vallée-souche, et représente ainsi les deux tiere de la population totale du pays. C'est donc sur les traits sociaux de ce groupe que nous aurons surtout & insister au cours de nos observations.
Nous avons vu comment les premiers habitants de ces contrées avaient dû se répartir entre eux le brusque étagemeut de ces pentes coupées de forêts, d'érosions, d'ébouUs, d'abimes et de ravins. Et de même nous avons constaté qu'aux premières apparitions des semences et de la vigne, leui-s successeurs gallo-romains, isolés entre ces hautes kiarriéres, avaient dû consacrer leurs premiers soucis à la nécessité de subsist«r sur leur propi'p sol. C'est pour cela qu'on les a vus s'appliquer à morceler encore ce tju 'avait déjà morcelé la nature. Néanmoins, surtout pour l'habitant des coteaux, l'art pastoral ainsi atténué est demeuré la ressource essentielle et privilégiée. Cet habitant, sans doute, prendra soin de tii'er du sol quelque pou de blé et du vin, mais l'élevage va demeuivr la soui'cc principale de son aisance et de son ambition.
levage. — Un fait particulier tend à rendre les habitants de ces vallées ti-ès fiers de leur bétail et contribue à déterminer leurs mœurs sociales. Le plus pressant des soucis pour les plus cossus d'entre eux consiste à faire monti'C de leurs vaches le
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jour où ils les conduisent sur les pâturages supérieurs pour les mêler au g^rand troupeau commun. Ces bêtes à cornes de la race d'Héreny, dont se peuplent toutes les vallées du sud, du Simplon à la Dent-du-Midi, naissent avec un instinct ombrageux et batailleur, justifié par la distribution capricieuse du sol qui les nourrit. Lorsque vers la Saint-Pierre (âfl juin), le petit troupeau de chaque ménage vient le mSme jour se fondre dans le ^and troupeau commun, les bêtes de force à peu près égale ont coutume de lier eoonaissance par une lutte en règle, front contre front. Loin de songer à s'y opposer, les propriétaires encouragent ce jeu avec enthousiasme sous le prétext« — car lie faut-il pas à toute chose un préteste utilitaire î — que la plus forte peut se choisir les meilleurs coins à brouter. Posséder la reine, c'est-à-dire la vache qui fait l'eeuler les autres, est ainsi le grand objectif du notable villageois. Ces joutes attirent de nombreux amateurs et curieux, jusqu'à des parieurs de profession, ni plus ni moins que les pistes de Longchamp et d'Auteuil. Et, naturellement, la gloire de la vache rayonne sur l'étable et la maison de son maître. Souvent il lui doit d'être porte au conseil de sa commune, et quelquefois à la députation cantonale.
Cette pi-atique avait même fait naître, naguère, entre meneurs villageois, des rivalités si nolentes qu'on voulut rechercher le moyen d'y mettre fin.
Il fut tenté pour cela d'atténuer cet instinct de la race à l'aide de croisements ; toutefois, cela ne changea rien aux conditions physiques dont procédait, selon toute vraisemblance, le fait auquel on s'attaquait : on parvint sans peine à modifier le pelage normal et caractéristique de la race, mais sans réussir à détruire son humeur guerrière. En sorte que la tentative irrai- - sonnée du comité demeura sans résultat et que, dès lors, on se prit à regretter l'altération accomplie : l'effort des novateurs se retourna vers le rétablissement du premier type et, depuis dix ans, les comités de concours régionaux sont préoccupés de restituer à la race d'Hérens son manteau originel et distinctif, en ne
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récompensant dans cette mtégorio que les sujets à poil noirbrun. Ce projet de paeilicatîon des asRemblées de villageois par Taltération d'une race bovine eut ainsi resté ô l'état de rêve.
Pour qui examine le s;ol étrangement accidenté de ces pâturages de montagne, l'explication d'un tel inï^tinct n'est pas ehose difftcile. Tantôt leurs bandes gazonnées vont s'égarer parmi des blocs erratiques, des éboulis, des moraines d'anciens glaciers, tantôt elles coïncident avec la route des avalanches ou glissent vers des abîmes béants ; chaque coin de verdure diffère d'un autre par l'étendue, par la facilité de s'y retourner, par !a qualité de l'herbe. D'où l'intelligence du choix, les préféi-ences ef, par là même, la ruse, la vigilance et la jalousie. En plus, à des bêtes exposées h tant de dangers, il faut une cert^ne souplesse du corps, une aisance d'allure peu commune à uette espèce. I! est ainsi présumable que l'expédient auquel i-ecourent les familles pauvres et qui consiste à faire féconder leurs élèves avant la maturité, fut jadis plus répandu ; à tout le moins il est resté d'usage de dresser les taureaux dès la seconde année — ce qui retarde et même entrave définitivement leur croissance. Telle doit être la raison première de la formation de cette race bovine, alerte, fine, apte à affronter des passages difficiles par lesquels bien des hommes n'osent s'aventurer, et à coucher souvent dans la neige, à la belle étoile, jusqu'à 2300 mètres d'altitude.
Les travaux de pàtm-age et de fanage sont donc répai-tis pour cette variété de la population, en trois zones superposées : l°les près qui entourent les habitations ; S'Iemayen ou»;orœ^; 3° l'alpage ou « montagne ».
Comme l'herbe printanière des prés inférieurs est destinée à la récolte fourragère, le gros bétail gagne rarement le plein air avant la fin du mois de mai. Vers ce moment, chaque ménage conduit ce petit troupeau dans son mayen respectif, qui occupe des pelouses entremêlées de bois sur les pentes de moyenne élévation (1000 à 1900 mètres) et où il possède quel-
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ques parcelles appropriées, un petit ehalet avec fenil et uoc, étable '-
Ce départ; pour ies rhalets est une vraie fête. La vache est propiement étrillée, brossée, bichonnée avec un chiffon mouillé ; on lui polit et aîp*uise quelquefois les cornes, on ta débarrasse de la modeste rlochette de l'étable et on lui saiif^le le cou d'une courroie de cuir de IS à âû centimètres de large, supportant «ne « sonaille » d'acier braisé au son mâle et retentissant. La mère, ou une fille atnée. est proposée à la garde du troupeau privé ; ies enfants suivent, laissant les bras robustes au village pour faucher les foins et accomplir les grosses besognes. Ce dédoublement de la famille dure jusqu'après la saint-Jean (24 juin).
Cependant, comme les pi-és des mayens ont à fournir une récolte de foin en août, ce séjour ne saurait se prolonger audelà du 1" juillet, Vere la saint-Rerre les vaches montent donc à l'alpage. (Juelques-uns de ces vastes pâturages se trourant à trois, cinq et parfois dix lieues de la maison, l'on s'explique que chaque propriétaire ne puisse y posséder un pied-à-terrc et y suivre son bétail, car nous ne sommes plus dans des contrées vouées au seul art pastoral : ici, l'été apporte des travaux d'autre nature. Ainsi, toute la surface supérieure à la zone des sapins (1900 mètres) se trouve exploitée en communauté. Le propriétaire borne son soin k la fourniture de quelques travaux préparatoires et de sa part de bois à brûler; il cootribue aussi à l'entretien du personnel berger et exerce un contrôle généra! en se présentant sur les lieux aux jours de
' Afin de ne pas nous laisser égarer pur les exceptions et les particularités, nous allons prendre pour type de cette variété pastorale la vallée de Bagnes, qui, non seulement nous est la plus familière, mais qui, en groupant sur une seule rommiine vingt hameaux el ilix-huit montagnes, en embrasse néeessairement toutes les formes et tous les éléments. Les pai-ticiilarités, trfs curieuses, d'Anniviers seront étudiées à pnri.
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« mesure » fixés en vue de la vCrifleation de la puit.sanee productive de chaque vache laitière.
La garde du troupeau et la fabrication du fromage sont par conséquent déléguées à un petit nombre de pâtres pi'ofeesîonnels contents de se louer pour trois mois, moyennant un salaire en fromage dont le maximum de valeur ne va pas au delà de 80 francs'. Le nombre des agois est proportionné pour cliaque consoilr aux droits de vaches qu'il justifie. Aucun de ces droits ne saurait Être transféré à des pailicutiers étrangers à la commune.
La montée des vaches a lieu à jour fixe. Comme l'altitude générale de ces montagnes ne peut permettre au sol de fournir une herbe très abondante, l'étendue des pâturages est relativement considérable, et nécessite de fréquentes étapes compliquées de déménagements. Les consorts du moindre alpage ont ainsi plusieurs chalets à entretenir, au moins cinq ou six. La distribution intérieure de ces biltiments en est encore au même état rudimentaire que ceux que de Saussm'e décrivait vers 1770. Ce sont, à vrai dire, de simples toitures de sciiistes à peine assez hautes pour qu'un homme puisse se tenir debout au centre de la pièce unique. Le mobilier consiste en une chaudière suspendue à une potence et d'un âtre bordé de dalles drfâisées. Quelques quartier de sapin sont disposés autour pour servii' de sièges. Une presse à fromage avec égouttoir et cuveau, qiielques petites chaudières où repose le lait, complètent ragencement. La fumée se dissipe par les interstices des chevrons de la toiture
La muraille, de, pien-es gi'ossières et sans mortier, n'est presque jamais achevée : l'essentiel est qu'elle ait quatre angles pour soutenu' le toit. Au val de Nendan, on fait même le fi'o-
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mage contre une grosse pierre ou sous un sapin, en suivant te troupeau.
Nos lecteurs attendront que nous leur parlions de l'ôtable et de la couche des bergers. Quelques montagnes seules, et parmi les plus élevées, ont une étable, qu'elles utilisent seulement en cas de grosse neige, afin de ne pas laisser le bétail en détresse. Quant aux pâtres, s'ils ont besoin d'abri, c'est à chacun de se procurer ou créer le sien. IlsTétablissenten pratiquant un creux régulier dans le sol et en y dressant une voûte solide et étroite, de la forme d'un très petit four à plâtre. Les pierres sont ensuite bourrées de mousses, la surface de la voûte recouverte de tranches de gazon et le fond du trou jonché de foin sec! sur lequel est jetée une couverture. Chaque berger doit ainsi avoir sa « garette », car, pom' la solidité même de la voûte, l'espace en est si exigu qu'on y pénètre en se traînant sur le ventre..
On comprend que le fromage et le beurre ne puissent être conservés dans de tels chalets et chaque alpage possède un bâtiment mieux fermé, appelé grenier. Sui- les alpages où l'on s fait maigre », le beurre est mis en bloc dès le premier jour et fait, si l'on peut dire, « boule de neige » pendant trois mois par le soin que le « fruitier » met k recouvrir, régulièrement, la couche de la veille avec la provision du jour. Par c* vieux procédé, le précieux aliment gardera sa fraîcheur et sa pureté . jusqu'à la descente. La routine a si solennellement consacré cet usage que les premiers hôtels alpestres ont eu jadis beaucoup de peine à se procurer du beuri-e et du fromage pour leui's pensionnaires.
n est ensuite tiré du lait un autre produit, le séret ou nérac, sorte de second fromage, blanc, extrêmement maigre et qui se durcit avec rapidité; après quoi le liquide est donné à boire aux porcs — car chaque consort peut mettre à la montagne un de ces animaux.
Entre le 8 et le 20 .septembre, tous ces troupeaux devront déserter leur alpage. Alors le peuple des villages viendra se
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r avec enthousiasme sur le défilé de ce bétail à la tête fleurie de plantes parfuméas ; chacun rassemblera le sien pour le conduire au mayen supérieur où les vaches mangeront l'herbe poussée après les foins, lassant à peine les derniers fétus aux bergeries de moutons qui auront le pririlège de venir librement s'y ébattre à leur suite. C'est de la sorte que, parëtapfê, elles descendront jusqu'aux prairies qui environnent les villages. Puis, aux neiges de la Toussaint, elles poseront à nouveau leui's bruyantes sonailles pour passer sept mois de captivité à ta crèche.
Ces vaches, présentées au taureau vers le mois d'avril, vêlent en décembre ou janvier. Si le veau est mâle, on le tue au bout de quelques semaines pour le ménage, car l'élevagre pour la boucherie est encore inconnu : chacun se pourvoit de viande en automne avec ses propi'es Iràtes et pour l'année entière. Qui veut trouver une boucherie de « chair fraîche a doit descendre à la plaine ; et nul n'y consentirait, à moins de motif particulier, sachant bien qu'autrement il serait montré au doigt comme un dissipateur ou, ce qui est pis, comme un « original » . L'homme qui ne fait pas comme les autres est vite déconsidéré et honni dans ces groupes communautaires.
Au village, il existe des associations de laiterie, d'une constitution différente de celles qui fonctionnent dans la montagne ; leurs membi'es sont en droit d'accepter un candidat ou d'exclure un co-sociétaire. Tout cela vient encore compliquer les rapports de parenté, de caste, ou de clan, modifier la forme des coteries, faii-e des contents et des mécontents, accroître le nombre des protecteurs et celui des protégés.
Peu compliqué est aussi le mode d'élevage des moutons. sinon dans les vallées de la Viège, et particulièrement dans celle de Saas, dont ils constituent un important élément de richesse. Dans quelques villages on renonce à les metti'c en bergerie. On préfère, comme nous l'avons dit. les égarer dès le printemps dans quelque solitude sauvage. Ils attendront ainsi •> aux abades » que leurs maîtres, tous faucheurs de foin sau-
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vage ou chasseurs de chamois, tes viennent traquer, s'assurer si aucun n'a été la proie d'un lynx ou d'un vautour, les reconnaître a la marque domestique, taillée dans une oreille, puis les ramener au village. Souvent ces montagnards doivent se suspendre à des cordes pour venir déloger une brebis juchée sur quelque entablement de gazon ô mi-hauteur d'un abîme.
Les chèvres aussi sont nombreuses, surtout dans les vallées secondaires, où le plus souvent elles sont chargées d'allaiter les ménages durant la présenpe des vaches sur les bauteiu-s. D'ordinaire, chaque matin, elles se rassemblent au son de la corne de bouc dans laquelle le petit chevriersouffle' à pleins poumons. Une loi cantonale, dont le but est la conservation des jeunes sapins, limite à deux le nombre de chèvi-es de chaque ménage valaisan. La chèvre est très populaire dans le Valais : dans la vallée de Viége, il en existe même que leurs pi'opriétaii'cs mettent paiti'C dans les rochers en veillant à ce qu'elles ne puissent Otre fécondées. Après quelques années de cette vie stérile, ces chèvres, auxquelles on donne le nom particulier de noos, sont abattues à l'occasion d'un festin d'amis et l'on assure que leur chair vaut celle du chamois.
Le cheval ne joue presque aucun rôle dans la zone économique dont nous nous occupons. Dès qu'il en passe un, l'on sait qu'il conduit un attelage venu de la plaine. Nous avons dit combien avantageusement le mulet se chargeait de le remplacer pour les transports en montagne, où un ménage a son « jour de mulet » comme une femme du monde a son jour de réception. Tout effort pénible est, si possible, renvoyé à ce jour attendu et béni,
(Jol&nies riticoks et labourage. — Les touristes, chaque année plus nombreux, qui viennent visiter l'une ou l'autre des vallées secondaires, semblent d'aboM portés à en croire les populations exclusivement pastorales et bûcheronnes. C'est, noua le savons déjà, une profonde envur.
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Pi'enez plutôt cet alpicole vcvs le premier éveil du printemps: vous remarquerez bientôt que ses déplacements entre le foyer et le mayen ne représentent que le moindre des côtés de sa vie nomade, et qu'en dépit de l'exti-ème élévation de son hameau, l'heure de reprise des travaux sonne pour lui à la même horloge que pour Je villageois de la plaine.
Ijcs indigrf'nes des localités à vignohles : Fully, Vétroz, Sierre et Sien, qui vivent à l'altitude inférieui'e de 4S0 ft 550' mètres, ont coutume d'attendre, pour dérouiller leur pioche, la descente des montagnai-ds du Boui'g-de-S'-Pien'e (leOO mètres) et de Ghandolin (1970 mètres), le village le plus élevé de la Suisse. Car si \6planam compte deux foyers, souvent le montagnard en a pour le moins trois.
A la première apparition du soleil de mars, parfois même dès le nrois de féviier, les Anniviards, las du repos prolongé de rhiver, quittent leurs hameaux encore ensevelis sous quelques pieds de neige et viennent travailler les vignes qu'ils possèdent aux alentours de Sierre. Alors (Jhandolin, S'-JjUc, les groupes lointains d'habitations deviennent subitements déserts, laissant s'enfuir hommes et bestiaux. Et, comme si (.-et exode vers la pimne ne pouvait avoii- lieu sans leui-s services, ourés et instituteurs y' prennent part '
Mais si la haute vallée est <i dèshabitée », elle n'est pas abandonnée : deux hommes de chaque groupe d'habitations les viennent survcillei- à tour de rôle. Tous les deux jours, la garde montante — qui jamais ne mérita mieux pareille qualification — grimpe de Sienne à son village i-cspcctif, vers l'entrée duquel elle croise la garde descendante pressée d{' regagner tevignoble.
Cette migration totale et régulière oblige ainsi l'Anniviai-dà posséder dans la plaine des prés dont il tire le foun-age néces-
'D'après les l'eiiseitçiiciiii-iits lio ,M. l'ahlié I- Saint-Luc .
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«aire au bétail qui partage cette vie nomade '. Alors, sm- les coteaux qui dominent le bourj? de Sierre, les habitants do «haque hameau déserté là-haut occuperont un groupe de mazotn ' correspondant, pourvu d'une chapelle, où officiera le «uré de chaque paroisse.
Pour ne pas offrir partout un égral intérêt, cette migration vers le vignoble se pratique à des degrés divers parmi toutes les populations des vallées latérales et des hauts coteaux de la principale. Celles des vallées purement pastorales sont, nous l'avons dit, h peu près la seule exception à cette règle. Les mazofc! de Plan-Cerisier, dont le célèbre alpiniste Javelle a laissé une vivant* description, et aussi ceux de Ravoire, au sommet du vignoble de Martigny, forment la colonie viticole des indigènes de Salvan. Les Entremontans et Bagnai'ds ont leurs mazots et leurs vignes à Fully, ceux de Nendaz à Vétroz, «eux d'Hérens à Sion.
C'est ainsi que, jusqu'aux approches de Pâques, gens de la plaine et gens de la montagne rivalisent de zèle pour remuei' la terre autour des ceps fraîchement tulles en creusant des reraannes, fossés longitudinaux et parallèles qui coupent la vigne en tranches et fournissent de la tcriv >\ («sser autour des souches.
A ta semaine sainte, tous ont i-egagné Icui' vallée; c'est le tour des -mazots de devenir déserts jusqu'en juillet pour le sarclage et en septembre-octobre pour la vendange et le pressage. Chacun va faire docilement ses Pâques dans sa paroisse, où d'ailleurs d'autres travaux l'appellent. Durant le séjour làbas, les neiges ont eu le temps de fondre : on a le jardin à
'n A ce moment, en mars surtout, personne ne l'este au village: vieillards décrépis, enrants au maillot, veau\, vaches, cochons, chèvi'es, tous en descendent en longues caravanes qui sont d'un effet chai-mant. « — Lillette de Loës.
'Matois : rustiques maisonnettes servant tie pieil-h-ten-e aux montagnai-ds durant le séjour aux vignobles.
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retourner, des pi-és à fumer, des arbres à émonder, des pommes de krre à jeter au silion, des choux A planter. En juin arrivent les premiers foins, repartis sur plusieurs semaines et suivis des seigles, des froments, toutes récoltes que ces braves gens doivent apprendre â porter sur le dos, au moins jusqu'au bas des coteaux et au bord des chemins. Aussi, & rencontre de ce qui se fait dans la plaine, tout le foin ou le blé sont-ils rentrés en gerbes ou en cordées. Les hommes fauchent les foins, mais jamais les blés; cette fonction incombe à la femme : â elle le privilège exclusif de suer sous l'ardent soleil d'été qui se concentre au fond de ces vallées rocheuses et étroites comme dans des entonnoirs. Tout le blé se coupe à la faucille et est mis en javelles, jusqu'au battage qui se fait au fléau durant la mauvaise saison.
Ces récoltes h peine rentrées, voici que les foins odorants des mayens ont atteint leur maturité. Une fois encore, il faudra se déplacer, aller camper quelques joui-s dans les graogcttes, abattre cette autre moisson et la mettre sous toit. On commencera ce travail par les stations inférieures (1,000 métrés), et l'on s'élèvera par étapes jusqu'à 1,800 et 1,900. Le foui-rage est amassé dans les bâtiments en bois de mélèze qui mouchètcnt ces hautes pelouses tondues ; c'est là qu'il attendra les grosses neiges pour gagner les villages du fond de la vallée, car pour ce foin montagnard c^imme pour le bois et la litière, la neige constitue le moyen de transport pai' excellence. Durant le mois de janvier, le paysan, particulièrement désœuvré, gagnera les mayeas le matin, guêtre, la pipe aux dents, le traîneau à bi-as sur les épaules, muni en outre d'une botte de paille ■qui formera un « sabot « sous l'énorme pelote de foin qu'il fera glisser sur la nappe blanche jusqu'à portée du chemin où il aura posté le traîneau.
Les foins des mayens terminés, les regains commencent dans les parties inférieures des vallées et des coteaux. Encore une récolte qui alworbe pour quelques semaines tout l'effort des bras domestiques, en attendant les semailles d'automne, les
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fruits, l'arrachage des pommes de terre, des raves et des {■houx
Cette subdivision infinie du travail, cette répartition diversifiée du sol compliquée par la diversité des altitudes, cette coutume d'adapter à des terrains si variés tous les produits nécessaires à leur subsistance, à leur vêtement, à leur nourriture et à leur habitation, ont fait, des populations de ces vallées fermées, la race la plus autoolitone du continent, la plus routinière, la plus rebelle aux idées de eommercp et d'industrie progressive, mais aussi la plus indépendante de l'autorité extralocale de l'Elat. Contrainte de déployer une grande activité doublée d'une certaine initiative dans sa sphère traditionnelle et familière, elle en mangue ordinairement dans toute sphère élargie où fait défaut l'impulsion du clan, ce seul ressort extérieur dont elle sache tenir compte.
Les conditions de la Propriété et de ta Famille ne feront qu'accentuer davantage ces caract<^res, carcette grande variété de la race, à demi arrachée à l'art pastoral par la nature des pentes qu'elle doit cultiver et par l'écart des voies commerciales, est formée de petits hommes robustes et nerveux, moins beaux, moins forts en apparence que les purs pasteurs de Conches et d'IUiez, mais plus endurants, plus résolus, plus aptes déjà à se tirer d'affaire. Les femmes aussi semblent moins alertes, quoiqu'elles soient en réalité plus solides, car le travail des champs, qui entrave la croissance de l'homme, courbe aussi le corps de la femme dès l'adolescence. Pour rencontrer de belles paysannes comme au val d'Illiez, il faut s'avancer jusqu'aux coteaux qui dominent le vignoble de Sion. C'est ô Savîése surtout que les peintres genevois viennent chercher leurs modèles.