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LANDES DE LA PLAINE, COLMATAGES ET BAS COTEAUX

L'habitant de eefte zone inféii^-ui-e dispose à peu pi-ès des mêmes ressources que c«lui de la précédente, avec quelques différences toutefois. D'abord, la nature riche du sol lui permet de se livrer au travail dans des conditions moins rudes.

Les villages, bourps et petites villes de la vallée du Rhône se trouvent invariablement assis au bas des pentes, entre le sol arable d'alluvion chargé de vignes, de champs ou de bois, et le nivellement général de la plaine, dont l'altitude s'élf^ve insensiblement, entre le lac de Genève et le pied du Simplon, de 400 à 630 mètres. Ils exploitent en haut le coteau avec ses étagements et, en bas, les marécages plats où jadis ie fleuve venait péiiodiquement étendre le linceul de ses crues. De même que ses ramiScations accident<5es, cette valkf centrale nourrit du bétail et cultive le champ et la vigne avec cette différence que l'élevage, tenu dans les pi'emières pour la plus fructueuse et la plus noble des occupations, di^choit ici au rang de pis aller. C'est la vigne qui fait surtout l'objet de la sollicitude des populations de cette plaine, lesquelles, à une ou deux des qualités de leui's voisins montagnards, allient les nombi-eux défauts constates d'autre part chez les vignerons de la Limagne et de la Touraine. Quoique rendue très al(?atoire par le voisinage de grands glaciers qui provoquent les rapides et fréquentes gelées du printemps et de l'automne, la récolte du vin demeure ie centre de toutes les opérations de ces riverains du Rhône et. pour eux, champs et bétail sont l'accessoire. Hors ce travail de la vigne, pour lequel, au printemps, le montagnard vient offrir ses bras, ils se jugent fort occupés pai- les soins et l'emploi de leur cheval ou de leur jument. Cet animal a surtout pour rôle

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de transporter son propriétaire aux foires de Sioo ou de Mar-tigny où il prend souvent l'habitude de se rendre sous le premier prétexte venu, sans trop savoir <^e qu'il y va faire. Et comme cette assiduité aux marcliés devient une sorte de poutume tyrannique, l'on emprunte quelques petites sommes dont le remboursement échoit — cela va sans dire — aux ^andes foires d'automne. A cette époque, le vin passe ainsi en gros dans la cave du banquier, pour solder le prix de celui qu'on a bu en détail. Ces prêteurs, commen^nts influents, opèrent en effet pour leur compte personnel et adjoignent volontiere à leur négoce celui du vin. Ce qui est sorti par la porte du coffre-fort renlre par celle du pressoir.

L'analyse du travail nous révèle ainsi une supériorité très marquée du type de la montagne sur celui de la plaine. Plus sobre, plus résigné, moins accoutumé à escompter la chance, le pi'emier ne saurait guère tabler que sur le revenu des alpages : beurre, fromage ou vente de quelques vaches — toutes ressources infiniment plus cei-taines et surtout moins fluctuantes que le rendement de la vigne et des arbres fruitiers. Car, tout en possédant quelques pafeelles au bas des coteaux de la plaine, le montagnard a su comprendre qu'il ne saurait faire un bon vigneron et qu'il doit se contenter d'obtenir du vin pour sa propre consommation. Moins riche en hauts pâturages, l'homme de la plaine mène paître ses bestiaux dans les landes marécageuses des bords du Rhône et la race bovine, négligée, y végète.

Du reste, te montagnard trouve dans la solidarité communautaire une garantie et un solide appui contre l'extrême misère ; tandis que le « planain », chez qui la communauté subsistait encore vers le milieu de dernier siècle en ce qui concerne l'indivision des terres submersibles, s'en est l'apidement détaché à mesure que l'endigueraent du fleuve rendait ces terres à la culture.

Cette disparition du lien communautaire coïncidant avec celle des fièvres paludéennes et autres infirmités, a conduit le

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paysan à iiii commencement d'initiative, mais, par contre-coup, l'indigence est venue pour les moins progressifs.

Nous venons ainsi de dégager la preuve de ce fait économique déjà constaté, que la concentration sur un espace restreint, de zones d'altitudes très différentes, fournit à tous ceux qui les cultivent la même variété d'occupations et de ressources, mais à des degrés divers : à la montagne, l'élevage constitue la ressource de prédilection ; dans la plaine, an contraire, ce rang préféré appartient au vignoble, dont les habitants se montrent si fiers qu'on les voit, sous préteste de soins incessants à lui vouer, laisser volontiers à leurs femmes la charge de travaux plus pénibles.

Ces observations établissent que ce pays, sur lequel se groupent les massifs les plus élevés de l'Europe, massifs qui supportent d'immenses pâturages où le bétail vient chercber sa nourriture jusqu'au bord du glacier, connaît à peine l'art pastoral simple. Graduellement, depuis les Romains, il s'est d'atwrd éloigné du régime celtique primitif sous l'influence de leur domination, puis, sous l'impulsion de la nécessité et de l'isolement. Ce n'est toutefois pas sans résistance que ce peuple a renoncé à sa ressource première ; il faudra plus tard lui tenir compte des prodiges d'énergie qu'il a dépensés pour irriguer les pentes et rendre à l'herbe les coteaux les plus arides.

Une population ainsi clairsemée, et répartie par faibles groupes isolés entre des forêts, des goi^es, des rochers et des torrents, était donc contrainte à rechercher des ressources à toutes les altitudes et, par voie de conséquence, â se faire quasi nomade.

Une exploitation si variée et m capricieuse du sol prédispose l'homme à se distinguer dans son petit dan afin d'en, devenir le chef, puis à cumuler les fonctions publiques afin de représenter ce même clan auprès des autres. Or, pour acquérir cette « distinction », ces admirateurs de vaches batailleuses vont commencer à régner par le moyen qui fait l'objet de c*ttc admiration : la lutte corps â corps et la puissance phy-

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ïique. C'est pourquoi, durant les périodes de séjour au vigno- Lle, en carême prineipalement, les lurons de chaque localité paient à boire à leur champion respectif pour qu'il provoque le champion d'une autre commune ou d'un auti-e clan. Et tantôt en niaise, tantôt <^ '>'age, les deux gaillards s'empoignent pour honorer leur endroit ou leur confrérie, ni plus ni moins que les reines du traupeau jouant des cornes! pour honorer la crèche du maître

Aujourd'hui l'inégalité de plus en plus accusée des positions sociales, le quotidien bouleversement des influences de la veille ont sensiblement rabaissé cette prépondérance de la force physique, prépondérance un peu explicable d'ailleurs dans une société où la routine étant tout et l'initiative rien, elle constituait, après la fortune et ta ndssance, l'unique critérium de la valeur intrinsèque de l'individu. Et, du reste, à cet arbitrage de la poigne a succédé celui, peut-être plus désastreux, des procès, que le Yalaisan affectionne spécialement et auquel il recourt à tout propos, même quand il passe son temps à proclamer la partialité de ses juges naturels. Mais passons de cette étude sur la répartition du travail à celle sur le régime de la propriété, qui en proi-ède dire<'tement et vient la c-ompléter.

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