‹ Le peuple du ValaisChapitre 26 sur 66 · HABITATION ET TRAVAIL INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

HABITATION ET TRAVAIL INTÉRIEUR

Le mode d'existence pratiqué au chalet peut ainsi modifier ■ou influencer considérablement le caractère fondamental du type. On le comprendra lorsque nous aurons à suivre hors de ■chez eux tant de Valaisans A la fois timides, flers, muets, contemplatifs et passivement soumis.

— Le « mazot », petite maisonnette que les montaf*nards habitent auprès du vignoble, comprend une chambre, une cuisine et une cave de plain-pîed. Quelquefois il est accompagné d'un hangar à fourrage et d'une écurie qu'un petit verger approvisionne. IjCS gens qui n'ont pas d'étable remisent leur o monture » dans la cave. Quoique ces étroites chambres de mazots à plate et basse toiture soient très exiguës, il n'est pas rare ■que deux ou plusieurs ménages doivent s'y entasser, plus à l'étroit que les éniigrants sur un paquebot transatlantique. Nous avons vu déjà qu'à Vétroz, où les montagnards de Nendaz -ont leurs vignes, un mazot est parfois indivis entre vingt-cinq et quarante familles. A Sion, dans la rue des Remparts, Ton trouve une maison qui compte trente-deux propriétaires, tous habitants de la commune montagneuse d'Evolène. Dans de semblables conditions, il ne saurait être question de lits ou de repas, et ce réduit collectif sert plutôt de réserve aux denrées sèches : pain de seigle, fromage, viande salée, que chacun emporte et mange dans sa vigne. Le soir le plancher prend la physionomie d'un vaste lit de camp.

A Fully, maint Entremontan, mal guéri des i-ancunes du partage avec ses frères ou ses cousins, doit se résigner à faire sa polenta dans la mi>me marmite qu'eux, à coucher dans le même lit — quitte à leur tourner le dos, s"il y a possibilité — tandis que les enfants, plus volontiers étrangers à la haine et à la bouderie, s'amusent dans un autre lit du hasard qui les rapproche.

Quant aux Anniviards, plus nomades et plus cossus, dont les mazots se groupent par villages sur les coteaux de Sierre, nous avons déjà eu l'occasion de dire que leur séjour au

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vignoble prend un autre caractère, qu'ils s'y font suivre del'instituteur et du curé et qu'ils y passent volontiers de longs mois avec toute leur maisonnée et leur bétail. A ce compte, ils ne sauraient se contenter de logements trop exigus. Leur séjour en plaine dure, en février et mars, de sept à huit semaines, et, comme ils y possèdent des prés, ils y doivent descendre en juin pour les foins. En octobre et novembre, ils y reviennent avec le bétail qui tondra le pré et ils profiteront de l'étape pour presser le vin demeuré en cuve depuis la vendange, et pour distiller le marc. Les Anniviards laissent longuement cuver leurs vins. Avant de regagner leur haute vallée, ils en vendent une partie aux habitants de la région allemande du pays où il est très rare, et transportent le reste dans leurs villages. C'est de cette provision annuelle que l'on tire le vin dit « du glacier », parce que nulle part il ne saurait se parfaire comme à une certaine altitude. Les vignes qu'ils possèdent à SieiTe produisent principalement un raisin d'espèceparticulière appelé rèse (redze). Or, le « glacier » n'est qu'une rèse vieillie et traitée selon des procédés spéciaux. Après sa longue fermentation au mazot, son passage au pressoir, et ce voyage obligatoire, le vin est exposé à l'air libre: on laisse tout l'été la cave ouverte — car il n'y a rien à redouter des voleurs dans ce nid de mœurs antiques. Au bout de trois ans de ce traitement, la rèse commence à se métamorphoser en ■ vin du glacier » ; puis, bien clarifiée par une sorte de seconde fermentation, elle peut enfin r'edescendre à la plaine et affronter le commerce où on la reconnaît à son bouquet spécial. Trèssouvent, ce vin qu'on ne laisse pas vieillir en bouteille, mais en tonneau, a plus de cinquante ans et bien des particuliers en héritent de leui-s aïeux.

NOURHITURB

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