‹ Le peuple du ValaisChapitre 27 sur 66 · NOURRITURE · texte numérisé non relu

NOURRITURE

Les aliments Fanent selon les localités, et surtout selon les saisons, Durant toute la dernière partie de l'automne, chaoun s'applique à précipiter la consommation des produits d'une conservation douteuse, tels que les poires blettes et les raves, qu'escortent les éternelles pommes de terre. Mais dfis que survient l'époque des «boucheries », la poire cède la place ft la saucisse « au sang » dans laquelle le rôle du sang s'est le plus souvent borné à colorer quelques choux.

Cette a boucherie n particulière varie ordinairement d'importance selon le nombre des bêtes que chaque ménage se dispose à sacrifier, car le porc seul est acquis dans ce but. Vers ce moment, le régime nutritif subit sa première évolution. Toutes les grosses viandes sont fumées et mises en réserve ; le reste est consommé frais ou mis en saucisses, avec des choux. Puis, vers Noël, les vaches commençant à vêler, on va pouvoir porter le lait à la laiterie et, chaque soir, consommer, avec des pommes de terre, le petit lait qu'on en aura retiré. Ces frugales collations, remplacées souvent aujourd'hui par un trop léger café au lait, constituent le souper classique du villageois valaîsan. La polenta, bouillie de maïs — le maïs réussit très bien dans la plaine du Valais, quoique les gens aisés préfèrent celui des environs de Naples et destinent le leur aux bestiaux — représente aussi, à côté des fromages maigres et des galettes de seigle, l'un des aliments généraux.

Ces braves gens connaissent peu et dédaignent d'ailleurs superbement de connaître les apprêts raffinés : toute leur viande, répartie sur les dîners des dimanches de l'année, est consommée bouillie avec des choux, des pommes de terre, des poires ou des raves. Bs usent le moins possible des produits tels que le

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beurre et les œufs, les femmes préférant les vendi-e poui- ■acheter le mauvais café dont elles raffolent. Le fromage gras *st scrupuleusement vendu, il faut qu'un accident ait brisé une pièce en morceaux informes pour que ces éleveurs de bétail se résignent, la mort dans l'âme, è en goûter une fois dans la

Une exception doit être faite cependant pour la vallée d'Anniviers et un ou deux autres endroits ignorants du commei'ce ou trop écartés pour le pratiquer. Lô^ le fromage gras «st religieusement conservé et tenu en réserve ponr les grandes solennités de famille Car le fromage est la nourriture essentielle et le morceau de luxe des Anniviards. N'en vendant {^Ère, ils collectionnent ces meules en les alignant selon leur provenance, leur âge, leur qualité. Les pièces les plus simples servent à la nourriture courante, les plus appréciées servent à solenniser, d'une façon en quelque sorte symbolique, les événements mémorables du foyer. Du reste, ces traditions de gastronomie connmémorative sont communes à tout le haut Valais. En 1871, au concours de la Suisse Romande à Sion, on a vu apparaître des fromages de 100, lâO, 150 ans et même un daté de l'an 1600. Ce dernier sortait de la vallée de tlesch.

C'est pourquoi les gens d'Anniviers ne font guère de cuisine que le dimanche ; durant la bonne saison on les voit partir aux champs de grand matin approvisionnés de ptàn et de fromage poui' la journée. Cette coutume semblerait même être une des principales caractéristiques de leur tempérament nomade, puisque ces deux aliments composent la munition ordinaire du montagnard en voyage.

Schiner mentionne « un usage qui s'observe dans le val d'Anniviers où les personnes mariées vivent très frugalement pendant tout le temps de leur mariage et cela, comme ils disent, pour pouvoir bien faire enterrer les leurs. Car ils donnent, le jour de l'enterrement d'un adulte, de grandissimes repas à une centaine de personnes au moins ».

En revanche on ne fait presque point de repas aux jours

ordinaires. M. Felley, ancien curé de Saint-Luc, nous dit aroir connu un homme qui ne se souvenait pas d'avoir vu faire de déjeuner le matin dans sa famille.

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Nous avons vu que les montagnards valaisans demeurés dans la tradition n'achètent presque rien pour leur habillement. Tel est encore le cas aujourd'hui chez les gens d'I^érables, de Neiidaz, de Savièse, d'Anniviers et d'une partie d'Hérens où la femme même ne porte que des vêtements en drap ou en milaine de l'endroit, bordés de velours.

Le costume varie sensiblement d'une vallée à l'autre ; chez la femme, sa forme classique est généralement une rohe courte qui ne la gène pas trop pour monter tes coteaux, un corsage assorti, mais indépendant, en forme de veste et que vient i-ecouvrir un fichu de soie noire à raies bleues ou violettes tombant en pointes sur le dos. Les jeunes filles ajustent leur chapeau à mies tantôt plates, tantôt recourbées des deux côtés, sur une légère coiffe blanche ornée de dentelles. Les mères de famille remplacent cette coiffe par une manière de bonnet de taffetas noir à dentelles tombantes. Une coiffure dont la Valaisanne se montrait fière autrefois et que les dames elles-mêmes portaient souvent, parfois avec des costumes citadins, était le chapeaufalbala, formé de tresses juxtaposées, c'est-à-dire em'oulées en ressort. Le bord des ailes était orné d'une ruche ronde, en moire. Un ruban de quinze centimètres de -hauteur, en soie brochée ou brodée, entouré au sommet de dentelles d'or, en recouvrait tout le fond. Ces coiffures servaient généralement à plusieius générations, car on ne voyait jamais une femme les porter au travail.

Le costume classique masculin est une sorte d'habit, de la forme de l'habit de cérémonie, que les paysans appellent

blanehet, doublé de grosse toile avec gilet et pantalon pareils. La coiffure consistait, il y a quelque quarante ans, en une casquette en drap noir à oreillettes de peau, elle a graduellement disparu devant les chapeaux de divei-s modèles que le commerce ne cesse d'importer et dont les façons changeaDtes ont fini par détrôner déOnitivement jusqu'au haut-de-forme, naguère classique, du magistrat. En 1870, aucun député valaisan n'eût osé se rendre en session du Grand conseil (Corps législatif cantonal) sans un chapeau haut-de-forme. jje député montagnard l'ajustait par-dessus son blancbet de gros drap roux. Aujourd'hui le président de ce corps vient lui-même aux séances en chapeau melon.

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