‹ Le peuple du ValaisChapitre 28 sur 66 · IV. — HYGIÈNE · texte numérisé non relu

IV. — HYGIÈNE

Il a été fait au pays du Valais une réputation qui affecte

profondément l'amour-propre de ses habitants. Sans ayoir été de tout temps exagérée, cette fâcheuse renommée a presque perdu aujourd'hui toute raison d'être.

Nous voulons parler du goitre et du ci-étinisme, deux affections souvent réunies, et dont les eaux stagnantes, les fortes chaleurs, la rigueur des longs hivers incitant à l'agglomération des gens et des bëtes, l'insuffisante aération des logements, le manque d'eau potable dans les localités non dominées pai- les réservoirs des neiges éternelles, ont été les facteurs les plus communs. Les localités du Valais ne sont pas également aérées et la nonchalance générale qu'on mettait naguère à se déplacer a fait le reste.

« Quoique les environs de Sion soient i>eaux et agréables disait Sehiner, et qu'il y ait plusieurs belles promenades à l'entour de la ville, les habitants s'y promènent néanmoins fort peu ; il en est à peu près rfe même dans le reste du pays : car on y trouve souvent les plus belles promenades dans bien des

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endroits, mais en général les Valaisans aiment mieux rester chez eux ou devant leurs maisons o .

Cette constatation devait être parfaitement juste, car il en est enwre souvent ainsi de nos jours. Les jours chômés, les villageois se réunissent auprès d'un jeu de quilles, les uns attendant parfois une heure leur tour de lancer la boule, d'autres heureux de regardei-. Les femmes aiment à se tenir assises devant les maisons, et l'on se promÈne si peu que bien des commerçants de Sion, de Martigny ou de Sierre, dont les vallées voisines d'Hérens, d'Entremont et d'Anniviers ont fondé la fortune ou assuré la richesse, meurent sans avoir jamais entrepris une course de trois ou quatre lieues pour les visiter.

Partout où l'air est pur et où les conditions générales de l'hygiène se réalisent d'elles-mêmes, le danger de cette humeiu' si peu vagabonde ne saurait être sensible, encore qu'on ait de la peine à se mettre d'accord sur la perpétuation d'un fléau qui avait sa première origine dans l'insuffisance d'aération des appartements. Il est juste aussi d'ajouter que, même dans les classes dirigeantes et wsées, la moindre considération d'intérêt incite parents et jeunes geps à fermer les yeux sur l'état de santé des ascendants de leur conjoint, et à perpétuer par ces unions les taras héréditaires.

Par contre, dans les localités assises à la base de la chaîne du nord, dans les anses du massif montagneux où les courants de la vallée ont de la peine à renouveler l'air, cette tendance à l'immobilité portait sans peine certains êtres déjà indolents de nature à vivre leurs journées en plein soleil, assis devant les bâtiments. De là un iaisser-aller qui dégénérait aisément en une Rpatbie ou en une insensibilité définitive. Il est par conséquent difficile de se montrer surpris si des étrangers, encore très rares, qui parcouraient autrefois les villages et bourgs de !a plaine tanJlis que la population valide se trouvait dispersée dans les champs, ont pu être frappés de n'y rencontrer âme qui vive, honms quelques douzaines des infortunées créatures dont nous venons de parier.

Si quelque chose est fait pour étonner la génération actuelle, c'est bien plutôt l'extrême rapidité qu'uq tel fléau semble avoir mise à déserter le pays. Ces infirmités s'en vont en effet de jour en jour, et, quelque obstination que Ton mette encore, plutôt dans les classes supérieures, à encourager les alliances de pai'enté et d'intérêt, on ne peut les rendre assez fréquentes pour collaborer, avec les fièvres paludéennes, à la funeste perpétuation de cette tare endémique de la race.

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