‹ Le peuple du ValaisChapitre 33 sur 66 · II. — INDUSTRIE BXPANSIVE · texte numérisé non relu

II. — INDUSTRIE BXPANSIVE

Le peu d'aptitudes que manifeste le Valaisan pour les entreprises en association est le plus sérieux obstacle à l'établissement d'industries nouvelles. Peut-être s'étonnera-t^on d'une telle inaptitude à l'association de la part d'hommes issus de communautés; mais pour peu qu'on prenne la peine de les considérer isolément, on ne tarde pas d'en découvrir la vraie cause.

Dans ces localités régies par les mœurs communautaires, la moindre des distinctions acquiert une importance que chaque notable est jaloux de s'octroyer, et le souci de devenir chef de clan ou de parti vient bientôt développer l'ambition et l'individualisme chez tout personnage indépendant qui fait travailler. Etant donné que chacun est préoccupé de capter à son profit particulier le moindre courant d'influence, il en résulte qu'un contrat d'association est presque toujours condamné dès ses premières applications. Ce qui s'est passé autour de deux industries qui ont réussi à se maintenir en dépit de tels tiraillements, peut donner une idée des pièges ordinairement tendus aux initiatives.

Lorsque, vers le milieu du siècle écoulé, on établit à Monthey la veiraie qui, par la suite, y a pris un développement remar-

iIuaMe, les chefs du clan politique opposé à celui auquel se rattachaient les fondateurs n'eurent rien de plus pressé que d'en fonder une autre. Toutefois, comme rien ne doit être plus malaisé à conduire à la prospérité qu'une grande entreprise montée pour souffler de flacons et qu'on charge de faire des députés, cette dernière, privée de direction compétente, n'eut que la durée d'un feu de paille. Pour salutaire qu'elle parut dès lors aux habitants de cette localité, cette expérience ne servit guère aux autres, car, en 1890, un fait identique se produisit à Ardoo. Des politiciens locaux jugeant leurs projets politiques entravés par une industrie spéciale qu'y venait d'établir un étranger, s'appliquèrent à détourner un des principaux contremaîtres de l'usine et lui offrirent leur commandite à l'effet de fonder une maison concurrente. Ici encore la victoire devait rester au premier occupant dont le but initial était visiblement la prospérité de son industrie plutôt que le soin caché d'étouffer le voisin et de s'étouffer soi-même après.

Quoique c'es exemples suffisent pour donner une idée des difficultés que l'initiateur doit redouter des clans routiniers, ajoutons que maint autre établissement susceptible d'extension végète ou périclite en raison des préoccupations politiques de ceux qui le dirigent.

Néanmoins, les cours d'eau torrentiels, plus nombreux et plus abondants qu'en aucune autre contrée et prêts à fournir des trésors à l'industrie électrique, appellent de plus en plus l'attention des ingénieurs. Malheureasement, — et c'est là une mauvaise note pour la classe riche du pays — dès qu'un consortium d'indigènes se forme pour l'obtention de quelque concession de force motrice, c'est dans un but exclusif de trafic et d'accaparement et afin que, plus tard, les entreprises exécutrices soient contraintes de subir son enti-emise.

Monthey, qui reste toujours au premier rang le terr^n de l'industrie, renferme, hors ses verreries, déjà tenues pour anciennes, des fabriques de produits chimiques, de savon, de tabac, de pendules, de bois de placage, de calorifères. Bagnes,

de même que Bramois, possède une fabrique de draps; l'on y a introduit, en 1898, le tissage de la soie et le polissage des rubis. Ardon compte plusieurs installations industrielles, en tête desquelles figure une manufacture de caractères d'impression en bois. La plaine de Saxon, couverte de magnifiques plantations borticoles, particulièrement affectées aux légumes Ans et aux fruits de table, a suggéré à quelques courageux lanceurs d'affaii'es l'idée d'y créer une fabrique de conserves alimentaires, dont l'éclatant succès à la dernière Exposition universelle a assis pour longtemps la renommée.

Tout cela n'en est pas moins de création plutôt récente et, presque toujours, exotique. Ëd sorte que, si l'on tient compte des promesses que sa situation et ses conditions physiques font au Valais, il convient de considérer encore son mouvement industriel comme en enfane*. Après quarante années de vaine attente on va voir se réaliser enfin le percement du Simplon, destiné à transformer cette formidable impasse qu'est la haute vallée du Rhône en une importante voie internationale, et l'impulsion décisive ne pourra résulter que du couronnement définitif de cette œuvre capitale.

Mids, en parcourant cette étude toute consacrée à la population autochtone, on est naturellement amené à se demander dans quelle proportion celle-ci sera appelée à prendre part à la métamorphose de cette Bretagne suisse... Quel sera son rôle î Dans quelle mesure déploiera-t-elle son activité î

Nous croyons pouvoir prédire que ce rôle sera faible et mesuré à la somme de son initiative.

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