I.IC COMMURHE
Martigny une boucherie, un restaurant, ou quelque cabaret, commerces voisins ou dérivés du sien. Dans ce nouveau milieu, il reste toujours maquignon, car ce commerce libre absorbe jusqu'à ses propos de café et le rend ainsi indifférent à l'appât des os à ronger des politiciens du lieu.
Vers 1574, du temps de Simier, le Valaisan passait du vin à traders les montagnes, dans les différents cantons suisses et jusque dans le pays des Lépontiens (Ossola), Ce commerce, primitivement opéré par voies d'échanges avec les montagnards des vallées environnantes, n'a toutefois jamais pris un essor bien «onsidérable. Quoique la tradition s'en soit plus ou moins maintenue, jusqu'à ces quinze dernières années, au cours desquelles quelques Valaisans se sont appliqués à leur créer d'autres petits débouchés, la Suisse allemande avait presque seule appris à apprécier les vins valaisans.
Le chemin de fer a aussi fait progresser l'ai-borieulture, autrefois totalement négligée, et qui est loin encore de rapporter ce qu'elle devrait '. Les fruits du Valais se consomment surtout dans les hôtels des rives du Léman, où quelques humbles revendeurs les amènent sur des chars. En raison de leur précocité, ils sont recherchés; malheureusement, le pi'ogrès de cette spécialité est lent à produire ses effets et, du reste, la routine veut encore que maint propriétaire saerifle sans hésiter ses plus beaux arbres à la prospérité du plus maigre gazon. L'établissement d'une fabrique de conserves de légumes et fruits, est venue fournir à l'arboriculture un utile moyen d'impulsion. Mais l'exemple n'est suivi que de très loin et avec une grande lenteur car le paysan qui tente de faire progi-esser une spécialité agricole quelconque est l'objet des sarcasmes de son entourage: on raille ses prétentions en le comparant avec ironie aux grands brasseurs d'affaires. C'est encore aux tâtonne-
lé^lige enlièrenient la cullure des arbi-i?s fruitiers qu'il tes siècles enliei's sans les toucher. Schinkb, ouv. cité.
lâO LB PBUPLE DU VALAIS
ments du paysan, trop impatient de reeueiilir le fruit de son travail à peine commencé, que le Valais doit l'insucoés de certaine importante fabrique de sucre de betteraves montée à irrand renfort de réclame et de luxe. Au iMut de deux années d'exploitation, cette entreprise périssait, faute de betteraves. On avait cru amener A la culture du légume sucré tous les petits propriétaires de terrains colmatés de la plaine rhodanienne. Le dernier mot resta à la routine tiiomphante.
Le Valais est un des rares cantons suisses qui tirent de leur sol assez de blé pour leur consommation. " La moisson, disait Schiner, y dure depuis le mois de mai jusqu'à celui d'octobre, u Le haut village d'Isérables, situé à 1.100 mètres d'altitude, récolte sur le coteau déclive qui le domine beaucoup plus de blé qu'il n'en faut pour l'entretien de ses mille habitants, lesquels vont vendre le surplus sur les marchés environnants. Chaque vallée latérale entretient ainsi les marchés de la petite ville qui lui sert de débouché. Les fromages gras de Conches sont très recherchés pour la râdelle ', régal en faveur dans la contrée de Sion, et ceux de Bagnes sont disputés sur le marché de Martigny, mais leur commerce s'arrêt* net à la frontière du canton. Or, si ces fromages, qui sont peut-être les plus flas de la Suisse, ne peuvent étendre leur renommée, c'est principalement en raison de l'obstination de leurs fabricants, qui, ne travaillant jamais pour leur compte, mais pour une collectivité, se solidarisent dans leurs vieilles méthodes. Ainsi, en 1872, un fromager de la
' La râdelle consiste à partager une meule de fromage gras par le milieu et à l'aire fondre la tranche frais coupée devant un brasier très vif, sans la laisser couler. Dès que le feu a amolli ta bande sur une épaisseur de demi-centimètre, on court poser la demi-lune du fromage debout au bord de t'assielte du convive dans laquelle on fait tomber toute la partie fondue, en la détachant avec le dos d'un coutelas, La seconde demi-meule quitte à son tour le feu pour aller rejoindre le convive voisin qui attend successivement son tour, jusqu'à satiété.
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Gruyère fut appelé dans !a vallée de Bagnes pour y introduireles procédés de fabrieation de sa cootrée. Il se retira après quelques mois, sans avoir fait accepter de personne se? procédés ; son départ fut même une fête pour les fromagers bagnards.
Outre ces produits de la culture, le pays expoi-te de la glace à rafraîchir, tirée des glaciei-s tributaires du Mont-Blanc, des marbres, des ardoises, du granit, des bois. Le travail des carrières, qui cons-tituerait une ressource notable, n'attire guère l'indigène : il abandonne ce labeur k l'Italien, qui s'y enrichit. Peut-être est-ee précisément parce que 1' « italien » en a fait sa spécialité que le Valùsan croirait se ravaler en l'acceptant. Car on le voit s'adonner à des besognes autrement périlleuses, tel le flottage des bois de construction où souvent l'homme doit se résigner à descendre au fond d'une gorge et plonger dans l'eau, suspendu à des cordes, pour y dégager les billes actToebées. Que voulez-vous ? ceci est à la mode des gens du pays ; cela ne l'est pas et il suffit même que l'Italien nomade s'adonne à une spécialité quelconque poui- que l'on s'en détourne, comme d'un labeur de nécessiteux qui tue le prestige local. En revanche, un compatriote, un voisin vient-il de déployer une initiative exceptionnelle dans une autre entreprise neuve î Tous s'y jettent à sa suite et viennent l'imiter en s'installant le plus près possible de l'endroit où il réussit. Témoin certûne vallée qui, en 1889, n'offrait au touriste que deux pied-à-terre éloignés sur un parcours de onze lieues. En 1890, un particulier ayant demandé la concussion d'un hôtel entre ces deux étapes, un second s'installa aussitôt juste à côté. Dés 1893, un troisième établissement prit naissance entre les deux î Un autre survint en 1897 et, à l'heure actuelle, deux nouveaux droits d'enseigne viennent d'être concédés, toujours pour ie même endroit. Et pourtant la vallée renferme cent autres sites enchanteurs, avec de longs trajets absolument privés de piedà-terre et de moyens d'approvisionnement. Ces dëch^nements subits d'activité sufflraient à nous montrer combien l'initiative