‹ Le peuple du ValaisChapitre 37 sur 66 · de francs · texte numérisé non relu

de francs

Ce fut alors une catastrophe longuement préparée par l'aveuglement des pouvoirs, car dans le courant de 1869, une voix s'était élevée pour appeler sur ces faits l'attention de l'Aseemblfie législative. Elle s'était éteinte en plein désert.

Nous n'avons point à nous arrêter sur ces faits, que nous aurions même négligés, si nous n'avions dû remonter à cette catastrophe pour trouver la source d'une branche commerciale nouvelle, assurément connue dans tous les pays, mais qui, nulle part, j'en suis a'^suré, n'a trouvé à se répandre et s'étaler aussi librement que dans le Valais : il s'agit de la forme que devait prendre dès cette date le commerce de l'argent.

Dans les principales localités, les hommes de loi et les cornmerçants, non obérés, se mirent dés lors sur le pied de pratiquer le prêt sur billet à ordre, c'est-à-dire à courte échéance et à lourds intérêts, et comme le pays s'engageait de plus en plus ■dans sa voie de transformation sociale et économique, la ruine des petits paysans vint aggraver ainsi les épreuves déjà subies par les victimes du krach.

De 1871 àl89S (date de création d'une banque hypothécaire cantonale), le petit agriculteur fut ainsi la proie de ces prêteurs isolés, qui opéraient sans règlement adopté, sans contrôle et parfois sans imposition. En raison même de la rareté du numéraire, l'on exigeait trois, quatre co-signatures, et le prêteur qui maintenait ses taux au-dessous du huit pour cent, était presque tenu pour un bienfaiteui-.

C'était encore là une carrière lucrative, aisée à pratiquer, et faite pour plaire aux notables des villes et des bourgs tranquilles de la plaine et des vallées du Valais. Par son régime tout draconien, elle devenait tout à la fois un levier puissant aux mains des ambitieux et un joujou dangereux pour le petit vigneron, dont ces menus tracas d'affaires et l'occasion de fréquenter les cabarets rompaient l'existence monotone. Parcourez les établissements de ces diverses localités, vous enten-

drez toutes les conversations rouler sur le papier timbré, les cautionnements, les élections locales, la prospérité des affaires de X*** ou le désordre de celles de Y***. Cei-tains cabarets sont de véritables instituts de procédure courante.

En résumé, le seul commerce dont le Valaisan soit capable, est celui qui n'exige ni assiduité, ni écritures compliquées. Nous l'avons déjà vu vendre son vin sans se déplacer, sans modifier ses habitudes, de même nous le voyons se livrer au commerce très rémunérateur de l'aident sans s'exposer au moindre risque, à la plus légère secousse Et, comme l'institution de banques par actions cesserait d'être un instrument direct de son ambition, il préfère opérer seul. De la sorte, manœuvrant la nacelle à son gré, il se dispense même du train d'un bureau, puisque, le billet à ordre une fois signé, le débiteur sait à quoi il s'expose si, par aventure, il oublie la dal« de l'échéance. Quant aux principales branches commerciales, elles demeurent entre les mûns des étrangers, et nous avons vu qu'il en sera de même des entreprises industrielles.

Ces observations établissent l'inaptitude à peu près générale du Valaisan, tant à constituer d'importantes entreprises de fabrication, qu'à lancer de véritables affaires commerciales. Si la fabrication et le commerce existent chez lui, c'est à l'état rudimentaire, et, sauf exception, ils ne se séparent pas des travaux qui constituent le moyen d'existence fondamental de la race.

Le pays, en définitive, ne produit pas de grands patrons, et d'autre part, on n'éprouve qu'à un très faible degré le besoin de patronage direct. Ce dernier organisme est un nouveau venu, qui tend è se développer sans doute, mais qui, jusqu'à présent, n'a joué qu'un rôle restreint.

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