I.ÉUIHTKS ET MAOISTHATS
âmcsi, renfermait, il y a peu d'ann<5cs, une soixantaine de curiales. Les autres petites villes en comptent de dix à (juin?* et les communes rurales en possèdent toutes leui' respectable contingent. La commune de Gonthey, bien que situCe aux portes de Sion, en a compté plus de vingt à la fois. Cette proportion invraisemblable démontre que le jeune lettré valaîsan était loin de rechercher ce titre dans un but spécialement utilitaire, et que sa préoccupation consistait plutôt à s'en faire un appui pour se hisser de quelques nouveaux degrés sur 1 échelle sociale et s'approcher ainsi des mandats représentatifs ou des fonctions officielles. Car c'est la décentralisation absolue, combinée avec les préjugés d'une race qui ne sait pas en tirer parti, qui a engendré cette pléthore de curiales; et, par un sentiment conscient de ce qu'il y a de vague dans leur raison d'être, ces curiales s'appliquent avec un ensemble touchant à maintenir ce mécanisme de l'autonomie locale dont on se répartit les rouages à son gré.
Jusque vers 1880, l'invasion de cette carrière juridique n'a cessé d'avancer, et c'est à cette époque qu'avec la dépréciation du titre et le déclin du prestige qui s'y attachait, la vénérable faculté sédunbise de droit vit commencer à se dégarnir les gradins de son amphithéâtre L'unique maître n'en poui"suivit pas moins sa carrière — commencée en 1 8âîi — jusqu'en 1895, date à laquelle il parat opportun de lui donner mi successeur. Cette retraite d'un professeur nonagénaire coïncida avec l'agonie de l'institution. L'école n'eut un moment que trois élèves. Dans tout autre canton, l'autorité compétente eftt assurément inféré de là que, vu l'unification rapide du droit et l'imminente adoption d'un code civil fédéral qui allait rendre caduc cet institut de législation cantonale, mieux aurait valu le supprimer en faisant une petite économie que de lui réserver le sort d'un de ces vieux cierges dont la mèche achevée semblerait vouloir ressusciter en lueurs brusques et répétées avant de s'immei^er dans la bobèche.
Mais les Vaiùsans tiennent tous beaucoup trop aux titres et
iââ LK PBUPLB DU VALAIS
aux honneurs pour se i-ésigner à en eupprimer ou pour s'étonner de leur maintien, même inutile. Aussi, depuis quelques années, a-t-on ouvert la etiaire à deux professeurs qui jouent à un jeu de bascule particulier, consistant à se laisser nommer quand le nombre des étudiants atteint à un ou deux degrés au-dessus de zéro et à démissionner dés qu'il tombe au dessons.
- TECHNICIEHS, SAVANTS, ARTISTES
Par une conséquence logique de cet entraînement général de l'intellectualisme laïque vers une seule et même carrière, les autres fonctions lit>érales, celle d'oi-dre technique notamment, étùent presque délaissées. Il faut en chercher une des prenùèree raisons dans les difficultés matérielles accumulées devant le jeune Talaisan désireux d'accéder aux études supérieures. Le resserrement du lien fédéral pouvait seul permettre un commencement d'essor vers la science objective. Car, une fois le pays admis dans le concert des vingt-deux cantons, l'intei^ diction, proclamée en 1606, de fréquenter les universités réformées de la Suisse, perdait toute sanction définitive.
Aussi, à l'heure actuelle, les médecins semblent-ils se dédommager de leur long exil hors de ce pays d'empiriques et de rebouteux. Tandis que leurs rangs s'épaississent comme à vue d'œil, les populations commencent à savoir ce que c'est qu'un ingénieur. Ne semb!e-t-il pas pourtant que, d'entre les principales carrières techniques, s'il en est une qui aurait dû être recherchée et encouragée dans cette société autochtone répartie sur ia plus accidentée des régions alpestres, ce devait , bien être celle des sciences mathématiques appliquées. Or, c'est par ce côté-là précisément que le Valais s'est montré jusqu'à nos jours d'une étonnante pauvreté et le pli est même si bien pris qu'aujourd'hui encore la plupart des tra-