‹ Le peuple du ValaisChapitre 46 sur 66 · LA COMMUNE · texte numérisé non relu

LA COMMUNE

initiative séculaire, habile à se produire quoique, hélas ! aussi fruste, qu'ingénument courageuse. Sans doute, l'ingénieur de l'Etat finit par faii'e une apparition, mais trouvant alors le travdl ou en activité, ou achevé, il ne peut ni n'ose l'entraver ou le défaire. S'il le pouvait ou le tentait, son acte soulèverait des protestations générales; car ces montagnards n'ont jamais pu concevoir qu'un o monsieur " entende rien à des travaux de terrassement et de maçonnerie '.

L'Iiabitude, sa grande inspiratrice, se chaîne toutefois de nous démontrer que le paysan montagnard n'a pas toujours tort de se rendre ainsi indépendant des hauts pouvoirs. Bien souvent, lorsqu'un village vient d'être incendié ou une digue de torrent emportée, les plans officiels de réfection parviennent à la préfecture de district ou à la municipalité quand tout esl reconstruit. Car ce monde, accoutumé aux bouleversements naturels, n'a jamais bien distingué entre le provisoire et le définitif. En 1877, un pont provisoire jeté sur un torrent, près de V*'*, s'était effondré une belle nuit sous son propre poids. L'ingénieur du gouvernement avait compté sur la solidité de l'ouvrage pour retarder la construction du pont définitif. Incapables de se dispenser de ce passage, les paysans rétablirent le jour même un second pont provisoire, qui eut l'avantage de justifier de nouveaux délais. En 1889, la moitié d'un village important ayant flambé en plein mois de juillet, l'intervention de l'Etat fut si lente qu'à l'apparition du plan de reconstruc-

' A ce propos, un citoyen du Haut- Valais nous cite un fait typique. Un ingénieur de l'Etat fut envoyé au coure de ces dernières années dans le district de Karogne, pour diriger la correction d'un torrent considérable. Le mal voulut que son plan de correction ne fut pas du goût des Raroniens. L'ingénieur en appela à son gouvernement, mais n'osant déplaire à une population d'une fidélité inébranlable aux institutions établies, celui-ci préféra sacrifier le technicien. La raison d'Etal faisait ainsi reculer l'Etat devant la fédération des clans.

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tion, ces montag:nardR, peu disposés à i-envoyei rentau ration de leui-s demeui-es, avaient tout r guise, à la même place, sans même Bonper à <■ l'avenir les dangers qu'ils venaient d'éprouver.

Du reste, il existe en Suisse un proverbe a adapté à ces remarques : « Wallieer Ralh nacf c'est-A-dire : " Les représentants du Valais arriv fait est accompli ».

A ce compte-là, un pouvernement demeure solide et stal)le par c^ fait qu'ii n'a pas besoin élan empressé de l'initiative locale le sert à merv notamment à boucler ses budgets sans augment des recettes et à effacer progressivement les suit SOS du kraeh national de 1871. Tout serait cepei mieux, du moins aux yeux des gens du pouvoir, quillit<: matérielle n'av^ait son contre coup moral \6{ l'Elat ne couvre pas de son patronage la commii local, bon gré mal gré il est amené à subir le leui

Ce pouvoir supérieur, nous venons de le dire, I lité du fait qu'il n'use pas de la force : ee fait est que le premier jour où il se montrerait d'humeui autoritaire, la région, la commune, le clan interv retard.

Jje mode d'administration si complexe du Valai que tout autre, nous donner à la fois un esempi avantages d'une décentralisation bien comprise e nients d'une décentralisation illimitée

Ainsi, dans le Haut- Valais où, dès le moyen âg rie féodale a abdiqué en faveur du dixain démoc

■ Uixain, dérive selon les uns de l'allemand eekrii ainsi une coiTuption du latin cenlaria, ancienne divî les sept diiains du Haut-Valais formaient en effet at cralies souveraines. L'historien (iremaud veut que i origine plus reculée et il se base sur le fait qu'à un i

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organisme intermédiaire est venu atténuf^r l'importance de la commune et réaliser depuis des siècles cette cellule administrative que, dans un projet de décentralisation nationale développé à la Chambre française il y a une quinzaine d'années, M. de Lanessan voulait attribuer au canton français. Aussi le conseil de dixain qui, dans le Bas- Valais, est un rouage dont on ne tient nul compte, prend, dans le Haut, le mng que garde en France, par rapport à l'Etat, le Conseil général. Le dixain de Goncbes, foimé de vingt-deux communes-paroisses, compte 4 lâOO habitants Dans le Bas, il existe une commune-paroisse, qui compte 4 300 âmes à elle seule. De cette manière, dans le Haut, ou la commune eut petite, c'est le-dixain qui constitue la cellule du peuple, tandis que dans le Bas, où la commune e'-t plus vaste, son autonomie efface celle du dixain, et ce sont alors les municipalités qui sont considérées par le peuple comme l'entité administrative fondamentale.

En parlant des alpages, nous avons donné une idée suffisante de la répartition du bien communal. Nous nous dispenserons donc d'un exposé dé l'exploitation des forêts. L'étude serait décidément trop complexe, et subordonnée d'ailleurs à la l'ichesse de chaque bourgeoisie. Dans certaines de ces communes, le bois est si abondant que, toutes les années, l'administration locale sacrifie une certaine étendue de fovi^Xs aux besoins courants des populations, et fixe le jour destiné à la coupe et au martelage du lot attribué à chaque ménage. Dans d'autres, où le bois se fait rare, la charge de garde des foi'êts devient si impopulaire, qu'à tout instant ce fonctionnaire est exposé à des vexations. Rémunéré dans la plupart des cas par le droit aux bois qu'il a confisqués, il doit soutenir des luttes en règle; il lui arrive même de voir flamber en quelques instants, dans

du moyen-Age la fédération valaisanne se composait de dia: grandes communes autour de la plupart desquelles s'est groupé l'êlément du dixain.

la nuit, sous la torche d'jin paysan vindicatif, lea cubes de souches péDlblement acquises. L'Etat est incapable d'exercer une surveillance suffisante et quant à la commune, jalouse de garder son administration, elle ne tient que peu de compte de la tutelle des inspecteurs centraux. En maint endroit, souvent là même où l'on se plaint le plus de la pénurie de bois, il est des forêts qui pourrissent sur pied faute de voies de dégagement. La commune ne sait en établir, et l'Etat, à qui elle ne demande rien, de peur de voir diminuer son indépendance, n'a garde de la protéger contre son gré.

En raison même de la variabilité de la fortune de chaque agglomération communale, comme de sa superficie, de sa population et de ses coutumes, il est impossible de donner ici une moyenne sérieuse de leur état financier. Pour les pâturages, la caisse municipale perçoit une imposition qui coiTCspond généralement à la somme qu'elle est tenue de verser elle-même à l'Etat. Quoique cette imposition soit dérisoire, les communes obérées n'osent l'adapter à leur profit, car la pénurie de l'argent fait que les paysans préfèrent solder l'impôt communal à grand renfort de journées de travail. Bien rares sont ceux qui voient avantage à se libérer en espèces. Ces Journées représentent des sommes minimes, 1 fr. 20, 1 fr. 50, selon la saison '. En raison même des nombreux accidents, rupture du lit d'un torrent, de la digue d'une rivière ou autres pareils, le montant des prestations peut, d'un jour, se tripler et se quintupler sans parvenir pour autant à rendre cet impôt corporel aussi impopulaire que la redevance, relativement bien anodine, de l'Etat (6 fr, 26 pai- habitant en 1897). Le fait que ce dernier impôt, quoique fixe et d'un taux modeste, est perçu en numéraire, nous semble être pour beaucoup dans le surcroit de sympathie voué au premier.

Cependant, le sort des contribuables est très différent d'une

• Sans nourriture, bien entendu.

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