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LA COMMUNE

vallée, d'une commune, d'une agglomération à une autre. Tandis que, dans certains endroits du Bas- Valais, le ménage pauvre s'exténue à exécuter des corvées pour une administration publique qui lui refuse la jouissance légitime de sa part des pâturages communs, pratiquement réservés ô l'usage des riches, il existe, par exemple, dans le val d'Anniviers, des communes exceptionnellement favorisées. A Saint-Luc, chaque feu fournit en tout deux Journées de prestation communalepar an. D'autres bourgeoisies, plus riches et bien administrées, répai'tissent annuellement dix ou quimce francs à chaqufr ménage. Vernamiège fournissait jadis à ses bourgeois l'huile à brûler, le pétrole et le sel. A Sembrancher, des habillements étaient assurés aux bourgeois pauvres et quelques grossescommunes, notamment Sion, Monthey et Martigny, allouent encore à ivnrs ressortissants des revenus annuels.

Ce statu quo administratif des communes nous fait discerner, une fois de plus, le levain d'ambition qui donne naissance au petit politicien local. Comme tout paysan ose plutôt aspirer aux charges communales qu'aux situations supérieures, il se gardera de blâmer, avec la même violence que les autres, celle des administrations dont il serait susceptible de faire partie un jour ou l'auti'e, en tout cas il mettra plus de mesure à critiquer la gestion communale que celle de l'Etat. Car c'est dans la commune que le paysan se sent à l'aise et qu'il se plait à briller, tant il se rend compte que le succès y est plus facile. Là, du moins, il n'a pas à l'énoncer au dialecte rustique et peut semer autour de lui ces savoureux apophtegmes du cru qui, jetés en bon patois avec une certaine vivacité et bien à propos, confondraient publiquement les plus savantes thèses d'ingénieurs.

Souvent, et alors surtout que la commune se compose de deux agglomérations principales ou de plusieurs gi-oupes distincts, des rivalités jalouses éclatent entre les plus importantes. Et, naturellement, ces sortes d'antagonismes arborent volontiers une couleur politique. Gomme les programmes électoraux procèdent ordinairement des compétitions de famille, lorsque

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l'une ou l'autre se ^ent pour longkimps vaincue, elle se pénètre de l'idée qu'il iaut scinder la rommune pour doubler le nombre des dirigeant*!. Telle est, par exemple, l'esplication du libéralisme que prolesKcnt les habitants de Vétroz, commune détachée en 1861 du noyau plus conservateui- de celle de Gonthey ; de là le libéralisme également affiché par le village de Ghanipéry, détaché de Val d'illiez, son ancien chef-lieu. L'ancienne commune seigneuiiale de Martigny s'est répai-tie naguère en cinq fractions. De nos jours, l'nne de ces fractions, Martigny- Combe, se tronçonne à son toui- sous l'action d'un groupe politique qui, la trouvant immei^ée dans l'élément adverse, vient de s'ingénier à l'amputer du morceau dont il peut le mieu.x faire son profit. Sous le,s phrases pompeuses, s'affirme surtout le désir qu'ont les meneui's de découper le territoire des communes, pour augmenter d'autant leurs chances de les administrer, et d'extraire, d'une pâte électorale trop difficile à manier dans son ensemble, un levain de minorité séparatiste qu'ils iront pétrir à l'aise dans leur coin préféré. '

Les chefs locaux du Valais ont du reste sous les yeux de trop brillants exemples pour ne pas s'octroyer de telles fantaisies. €e que les hommes infiuents de la capitale ont fait du district d'Héi'cns en 1839 nous le montre bien. D'après la constitution de 1815, la république du Valais se divisait en dixains presque autonomes, représentés chacun à l'assemblée l^islative par quati'e députés, quelle que fût l'importance de sa population respective. En 1839, cet ordre fut bouleversé, et la repi-ésentation proportionnée au chiffre de la population de ces cmKinscriptions indépendantes. Or, comme le dixain de Sion étiût le

' Kn 1902, la commune de Lens s'est fracLioDuéc en quatre parties. Le grief invoqué par les séparatistes élail que le village central " gardait tout pour lui ». dernièrement je demandai au ressortissant d'une des bourgades séparées si l'on n'eût pu éviter le morcellement. Vous ne devineriez jamais ce qu'il me répondit : « Si le firand Conseil avait refusé on incendiait toutes les fortHs. »

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