LA CITÉ
que celles des syndics (primitivement consuls), dont on tirait chaque nouveau conseiller, étaient réservées à quelques familles ■aristocratiques,
s Dans l'élection d'un nouveau membre, dit Schiner ', ceux <jui étaient déjà du Conseil ne cherchaient souvent qu'à nommer leurs parents, de préférence à des gens plus méritants et d'une famille souvent plus distinguée. » Au-dessous de ces groupes hiérarchisés venaient les procureurs, parmi lesquels - ■étaient recrutés les syndics; les bourgeois, seuls participants à la bourse de lu Bourgeoisie, puis les habitants, exclus de cette bourse et dont le premier acte, après le serment de fidélité prêté au conseil de ville, consistait à se pourvoir à leurs propres frais d'un équipement militaire complet. Derrière cette ■classe venait encore celle des tolérés, reçus ou exclus au bon plaisir des conseillers.
Chaque élection d'un syndic devait être acquise au prix de trois grands repas pubties^ La ville fournissait le pain, le vin et le bois ; le reste demeurait à la chaîne du procureur en voie de passer syndic à vie. L'évêque, l'ambassadeur de France, toute la magistrature de la ville, tout le chapitre assistaient à ces repas qui duraient de onze heures du matin à buit heures du soir^ A partii' de ee moment, étaient introduites les dames ■et demoiseUcs de la bom^eoisie, accompagnées de quelquesuns des cavaliers du dîner, et !e souper se terminait par des danses^
Le premier de ces repas était offert à l'arrivée de la pension de France — ce qui donne une idée de l'importance économique prise par le service à l'étranger, — le second aux fêtes de la Pentecôte, le troisième aux fstes de l'Assomption.
Schiner ajoute : » Il n'y avait peut-èti-e point de pays au
' Le témoignage de cet auteur est d'autant plus convainca fut lui-même un produit du népotisme et qu'il déchaîna, < gouverneur de Montliey, la conjuration populaire de \197i.
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monde où l'on faisait plus de repas publios qu'en Valais. Il fallait, pour obtenir une charge de dixain, donner à manger à tous les habitants, ec qui attirait quelquefois une populace de plusieurs mille hommes. Aussi, n'était-il pas rare de voir se ruiner en peu de temps des hommes fort riches. »
Noos retrouvons bien ici le digne ancêtre du chef de clan actuel qui se ruine pour quelques coups de chapeau; tel ce citoyen qui, dernièrement, sacrifiait 2,000 francs pour devenir juge de paix dans une agglomération agricole de 500 habitants. On ne donne plas de repas, mais on se ruine à verser du vin. Il est à retenir que ce goût de bombances, tenu en honneur spécialement à Sion sous l'ancien régime, a marqué son influence jusque sur notre propre génération. Les plantm'cux repas communs offerts à cette ignorante populace, arrivaient à rehausser démesurément à ses yeux ceux qui les offraient et, par suite, à étouffer dans le germe toute critique de leurs actes publics. Ces repas, on a beau les avoir supprimés avec le régime aristocratique, nous les voyons se perpétuer sous la forme d'orgies électorales, et c'est surtout là où les procureurs et les syndics se survivent dans une descendance avide de titres sans devoirs, que les populations rurales demeurent le plus illettrées et le plus asservies moralement. Nulle part, comme dans les environs de Sion on n'c-^t prêt à se battre pour le compte dn patron qui offre une tournée dt, aves. J'invoquerai simplement le témoignage d une campagne électorale dans le district d'Hérens en 1897 ou durant tiois semaines, des agents électoraux tenaient le-- caban ts de Bramois ouverts à tout venant et où une dizaine de multts partirent chaque jour de Sion pour la vailée, chargés chacun de deux tonnelets (90 litres).
Sans doute, ces procédés de corruption simpliste et bon enfant, pratiqués d'ailleurs à des degrés moindres dans le reste du canton, peuvent être préférés à une concussion impudente ou tortueuse ; mais le peuple ne bénéficiera pas plus de l'une que de l'autre.
Quoi qu'il en soit, nous pouvons dégager de ces faits la
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constatation que Ifi diiigeant porto aux honneurs par de tols moyens est peu prédisposé à se l'cndre compte des responsabilités de sa charge et c'est peut-être pourquoi le magistrat valaisan est rarement d'une activité mesurée à celle du peuple. Car le montagnard, dur au labeur, est lui-même encadré par ces ressortissants de la plaine du Rhône, dont nous avons eu l'occasion de dire l'apathie et l'indolence. Les autres petites villes copient de leur mieux la (Capitale : Brigue, Viége, Loéche, Sierre, Martif^ny, Saint-Maurice, Monthey et plusieurs autres bourgs sont de vrais nids de fonctionnaires où les titres de bourgeoisie et le simple diplôme de légiste tiennent Heu de parchemins et placent, pour ainsi dire, leur homme au-dessus de certaines lois et des règlements de police.
Un autre privilège de la bourgeoisie sèdunotse est que le curé de la ville est de droit membre du chapitre de la cathédrale et que, tandis que la population et l'autorité civile de toutes les autres paroisses du canton doivent accepter le curé que désigne l'autorité hiérarchique religieuse, le conseil bourgeoisial choisit le sien parmi quatre candidats qui lui sont proposfe par le chapitre. C'est, appliquée d'une manière restreinte, la méthode constitutionnelle que nous avons vue fonctionner pour le choix de l'évêque diocésain. Et, comme il règne en Valais un antagonisme séculaire entre Romands et Germains, la récente nomination d'un curé à Sion a donné lieu à de longs et curieux tiraillements, rappelant ceux qui marquèrent l'élection des derniers évèques.