HISTOIRE DE LA RACE
Le peu que nous savons du Valaisan préhistorique est qu'il habitait de préférence les pentes et les plateaux moyens. Ce n'est plus là une simple hypothèse, suitout depuis que les découvertes multiples de tombeaux et de menus objet* d'ornement sont venues démor>trer que ses tribus, essentiellement pastorales, trouv^ent à cette demi-altitude de 800 à 1,700 mètres, entre les flânes inférieurs des vallées couvertes de pentes arides et la zone supérieure aux forêts, le moyen de faire commodément évoluer leure troupeaux.
Car le fond de la vallée du Rhône n'était ] exposé aux incursions, toujoui-s redoutées, des légions lointaines, mais les fréquents débordemt les irruptions des torrents latéraux, l'éboulemeni fléaux divers à la marche desquels rien ne venait ser, tout concourait à le rendre inhabitable.
Dans les vallées latérales, ce travail destructeu était bien plus redouté encore ; la plupart des li très rappellent le persistant duel entre l'homm inertes ; fréquemment elles se rapportent aux éi nant les hauts plateaux herbeux et les boui^adi ronnent. La fée valaisanne séjourne presque tt
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certaine altitude, et même il n'est gafire de vallée latérale importante ou de tronçon de la vallée principale que le peuple, assez inhabile à démêler les diverses périodes dee temps, n'affirme avoir été occupée par un lae et dont un rocher nu et inabordable ne montre de loin, fixée au granit, certaine grosse maille de fer rongée de rouille où l'on amarrait les embarcations.
A de si longs intervalles, il est sans grande portée, au moins pour un ouvrage de pure observation, de rechei'cher la voie par laquelle les peuplades celtiques se seraient introduites dans le Valais. Elisée Reclus assigne cet événement à l'âge du bronze ou à l'époque du fer, moment auquel les lacustres, qui devdent être d'origine (innoise ou ibérique, furent exterminés par les Celtes pourvus d'armes tranchantes. M. Albert Navltle, a publié en 1869 ' une relation d'après laquelle la vallée du Rhône aurait été explorée, en tout ou en partie, par les Grecs qui, venant de fonder Marseille, à gauche de l'estuaii* de ce (leuve, furent naturellement tentés d'en explorer le cours et les rives. Mais cette relation, sans noms de lieux et sans autres points de repère que des descriptions imprécises, comparables à celles qui ont été laissées plus tard sur le passage d'Annibal, ne renferme rien sur les premiers habitants du Valais actuel. Quoi qu'il en soit, les Celtes durent habiter ce pays depuis de longs siècles avant notre ère, puisque,* selon Polybe, il y aurait environ vingt-deux siècles déjà que des Celtes, descendus des Alpes et de la haute vallée du Rhône, se vendaient aux Romains
' Echo des Alpes, n" 4.
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pour aller combattre d'autres Celtes dans la plaine du Pô. Les bons Talaisans qui monteut encore la g^arde autour du trône du Vatican ne se doutent évidemment pas qu'ils sont les humbles continuateurs d'un instinct social antérieur au chiistianisme lui-même,
La première altération profonde infligée à la race autochtone serait ainsi l'œuvre de Jules-César et de son lieutenant Galba. Longtemps, le fait que les monuments de la puissance romaine se sont conservés plus nombreux dans la partie occidentale de la grande vallée, avait tendu à accréditer l'idée que cette région inférieure, où l'on parle romand, avait été seule à bénéficier de cette première civilisation et que, beaucoup plus tard seulement, la partie orientale, où est parlé l'idiome germain, dut <^tre colonisée par des immigrés du nord échappés des hauts plateaux du 6othard.
C'est là une ancienne version que les découvertes faites dans la vallée de Binn par M. Bernouilli, de Bâle, et en divers autres endroits par M. Reber, de Genève, ont achevé de détruire en démontrant qu'il n'est pour ainsi dire pas de retraite alpestre où le Gallo-Romain n'ait fait souche. En sorte que si, plus tard, l'émigration allémanique a trouvé le moyen de s'infiltrer sans difficulté apparente parmi les peuplades primitives du Haut- Valais, c'est vi'aisemblablement là une particularité applicable au bassin de Couches et à la vallée de Loetschen, contrées où, en raison du froid et de la pénurie des ressources, les indigènes étaient inévitablement claii-semés. Au reste, quoique beaucoup moins fréquenté que celui du Mont-Joux, le passage du Simplon — et sans doute avec lui ceux du Gries et du Nufenen — était déjà pratiqué par les Romains. Il est parfaitement acquis d'ailleurs que les relations entre le Haut- Valais et l'Italie furent, durant presque tout le moyen-âge, très actives et très suivies, comme elles l'étaient encore il y a un siècle à peine, c'est-à-dire avant que l'ouverture de routes carrossables et l'accès des voies ferrées eussent mis fin au trafic régulier par les cols élevés.
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Après la chute de la puissance romaine, ce pays devint un des théâtres les plus actifs des exploits des hordes dévastatrices accourues du Nord et de l'Orient. Outre les Allémans et les Burgondes, dont la pénétration fut manifeste et qui lui apportèrent quelque chose de leurs mœurs et coutumes, la race galloromaine subit encore, en un t«mps relativement court, différentes altérations. Car ces étroites vallées latérales, aux gorges profondes, alors enchevêtrées de forêts, devaient offrir d'impénétrables refuges aux hordes cernées ou débandées des Barbares. C'est ainsi que les Huns passent pour avoir défriché leshautes solitudes de Nendaz et d'Anniviers — ce qui engagerait à leur attribuer en plus la vallée d'Hérens, puisqu'elle sépare les deux précédentes. Les Sarrasins, un moment maîtres des cols supérieurs du Valais, auraient, selon différentes traditions, colonisé les deux principaux embranchements latéraux : les vallées de la Viége et celles de la Dranse. Leur présence, à peine justifiée au pied du Mont^Rose par des étymologîes discutables et d'ailleurs contestées ', est historiquement démontrée dans le voisinage du Grand-Saint-Bemard dont, pendant plus de deux cents ans, ils occupèrent les défilés ; Reinaud dit même que « non seulement ils épousèrent des femmes du pays, mais qu'ils commencèrent à s'adonner à la culture des ter-
En résumé, la plupart de ces vallées retirées se voient assigner des colons de provenances diverses, dont les ti'aits spéciaux n'auraient cessé de subir en plus l'influence continue des. races qui peuplent les contrées limitrophes du centre de la
' M, BicHTEH, professeur à Salzbourg, conteste l'oi-igine arabe de la plupart de ces noms propres géographiques, lois qu'Ailmagell, Mischabel, Allalin, etc.
' Rrinaud, Invasions des Sarrasins, p. 178-179. Elisée Reclos, fait cette réserve : « Mais ils furent trop peu nombreux pour queleur influence ethnologique puisse avoh* été considérable. >i
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Suisse, de la Savoie, du Piémont et de la Lomtiardie. H n'y a pas à s'étonner pai" conséquent, si les conjectures vont grrand train sur la composition de cette race et si les savants ont tenté de lui appliquer, comme ô tant d'autres, le classement plas ou moins approfondi en dolychocépbales, brachycéphaies €t dérivés. Mais cette différenciation entre crânes élargis ou allongées, que Metchnikoff dît être restée imprécise où qu'on ait voulu l'appliquer, n'ofEriraît pas en Valais de conditione plus spécialement frappantes. Il est bien vrai que H. Bedot a été induit, par une série d'expériences, a établir un système de répartition du peuple du Valus en cinq races, mais un observateur valaisan, M. Maurice Charvot, bien placé pour suivre et contrôler au jour le jour et étape par étape les différents facteurs qui ont pu servir de base à ce système, se montre moins affirmatif. Il relf^ve, et selon nous avec raison, que les otiservations de M, Bedot ont été limitées en un trop court espace de temps et qu'elles ne sauraient comporter jusqu'ici qu'un seul fait bien établi, c'est-à-dire que • les localités de la vallée du Rhône qui ne sont pas alimentées par l'immigration des vallées latérales correspondantes sont habitées par une race à ti":te petite et allongée n. M. Chai-vot dégage aussi le fait que, dans la hilte de ses recherches, le savant genevois n'a pas tenu compte de la migration continuelle de la montagne dans la plaine '.
En se livrant au eapric* de tant de faits historiques, d'observations objectives, d'hypothèses basées ici sur les traditions et là BUT des vraisemblances, on pourrait subdiviser â l'infini et disperser sans cesse de rameau en rameau le réseau des races
' Le Valais romand. — Causerie scientifique, no* des 15 mai et 1er juin 189B, — Alin de ne pas nous attarder hors du cadre de notre étude, nous renvoyons ceui de nos lecteurs que cette question spéciale pourrait intéresser aux études el rapports ethnographiques de M. Eugène P[ttahd, qui a pousse ses expériences beaucoup plus loin.
ICTITÉ PERSISTANTE OB LA BACB 219
■et des a sous-races •• qui sont entrées pour quelque chose dans la fonnation du type valaisan actuel. Maïs outre que « la race, ■comme l'a fort bien dit Elisée Reclus, n'est pas une cause, mais un effet, qu'elle est fille de la Terre et que ce sont les milieux qui la forment n, nous tenons à rappeler que cette œupre n'est point une entreprise historique charg:ée d'analyser les moindres faits et d'apporter la preuve de chaque point soulevé. Ce dernier chapitre, bien que consacré à l'histoire, n'est qu'un anneau final nécessité par l'enchaînement naturel et logique des précédents et son but consiste à dégager, d'entre les faits, ceux par lesquels a été influencée la formation du type et de ses deux principales branches.
Il- UNITÉ PERSISTANTE DE LA RAGE
La vérité est que le Valaisan, produit d'une région parfaitement délimitée et de physionomie très particulière, unique, ■distincte, constitue dès l'origine un type social propre, c'est-à dire un « peuple » . Nous allons voir de quelle manière, en dépit des incidents de l'histoire, cette unité tend sans cesse à se rétablir. Car il ne saurait en être différemment. D'une extrémité du pays à l'autre, la constitution générale du sol, sou rapide ■étagement, son régime d'adaptation et de culture, la forme et l'agencement des demeures, leur ornementation et leur mobilier, le vêtement et jusqu'aux sculptures naïves conçues par l'imagination ou exécutées par l'art populaire, tout révèle une même influence, un mode semblable d'existence, un ordre ■commun de préoccupations. Rien ne ressemble plus à un village élevé de l'Entremont que tel hameau des hautes vallées de Viège, de Lœtschen ou de Couches. Les chapelles ellesmêmes, avec leurs angles de tuf, leurs parvis voûtés, leurs
portails à grand cintre, barrés de colonnettes de bois ou croisillonnées de fer foi^é, le grossier relief de leurs images, les tons crus de leurs peintures, les lourdes croix massives qui tantôt les escortent, tantôt vont monter la garde près des abîmes, tout exprime en définitive les soucis connexes d'une même âme. Je n'étendrai pas le rapprochement à l'architeeture extérieure des églises, ordinairement édifiées par des maîtres, étrangers et d'époques diverses.
Au reste, durant toute la première période de la féodalitér les destinées politiques des Vataisans de l'est et de l'ouest semblent confondues ; les mœurs ne diffèrent qu'en raison du contact et du voisinage respectif. L'évfiché valaisan, destiné à grouper en faisceau ces peuplades fédérées par la communauté de position orographique, stratégique et économie effet naissance dans le monastère d'Agaune (S: dont le chef réunit les deux titres et tes deux fond les intérêts de l'épiscopat se séparent de c«ux du l'évêque transfère son siège à Octodure, centre de tion romaine, en laissant aux moines le soin de s( autre direction que la sienne,
Kntre temps, l'éclat de la métropole s'est affail l'empire a pâli, tandis qu'abandonnées de nou mêmes, les forces de la nature viennent submerg Puis suivit l'horreur des guerres civiles. Sentai de son siège et celle de sa propre vie menacée, l'éi son séjour pour s'éloigner davantage d'Agaune, ( ché du Valais installé à Sion, où nous l'avons reti après quatorze siècles.
Cette rupture complète entre l'èvèchè et le gra nous livre ta clè d'un fait historique qui va déson toute l'histoire du Valais, Durant plus de mille a jaloux de ses immunités et de son indépendance, I les évêques dont il tentera même d'écarter Ii spirituelle sur ses sujets.
De ce conflit persistant il reste à retenir qm