‹ Le peuple du ValaisChapitre 6 sur 66 · RHÔNE ET SES AFFLUENTS · texte numérisé non relu

RHÔNE ET SES AFFLUENTS

ses flots boueux jusqu'à la base de ces deux barrières parallèles.

Deux facteurs bien distincts ont concouru l'un après l'autre & la formation de ce fond plat de la vallée du Rhône : la cluse glaciaire d'abonl, la cluse alluviale ensuite, La première fait que la gorge centrale du Valais présente une série d'affaissements et d'étranglements très caractéristiques. M. Lenthérïc place le premier seuil entre Fiesch et Emen, le second au-dessus de Brigue, au confluent de la JWassa, le troisième à Sierre, le quatrième à Sion, le cinquième à Martigny et le sixième vers le château de Saint-Maurice. Ainsi que le même auteur en fait la remarque, a cette pente ne décroît pas d'une manière régulière et continue ; et c'est par une série de cfiutes et de brusques dénivellations que le Rhône franchit les quarante lieues qui séparent sa source et le lac Léman en passant de l'altitude de 1773 mèti-es à celle de 375 mètres ».

Toutefois, si ces cluses n'ont pas toutes conservé au même degré leur relief extérieur, c'est qu'en maint endroit, surtout à Martigny, les traces les plus frappantes ont été effacées sous l'intervention du second de ces facteurs, la cluse alluviale, dont il nous est plus aisé d'analyser l'œuFre parce qu'elle s'est répétée à travers les temps historiques. Elle ne cesse même de se répéter encore, bien que l'effort humain contribue puissamment à en atténuer les effets. Cette seconde série de dénivellations est constituée par ces alluvions qui se précipitent hors des crevasses, des gorges ou des vallées ouvertes ans flancs des deux chainons et qui, en formant un lac derrière leurs amoncellements, viennent contrarier le débit normal du fleuve. Tel est le eas pour le torrent de Saint-Barthélémy, en amont de Saint-Maurice : ses fonnidables déjections sont parvenues à niveler toute ta section de ta vallée comprise entre le village d'Evionnaz et les marais de Riddes: pour la Losencc et ia Lizerne dont les barrières juxtaposées ont créé tes vastes marais des Pi'az-Pourris au couchant de Sion ; pour l'Illgraben qui a formé en amont de Loèche la plaine fangeuse des Soupirs, tdnsi que pour )a Gamsa, entre Viège et Brigue.

14 ].K PKUPLB DU VALAIS

Le moindre regard jeté sur le travail de ces divers affluents permet de remarquer que, parmi leurs nombreux champs d'allurîons, les plus résistants sont précisément ceux des torrents à chute courte et rapide que aous venons de mentionner, car leurs déjections, pétries dans un trf^s faible débit liquide, maintienneût le fleuve étranglé à la base de la chaîne opposée et lui rendent pour un instant son allure tori'entueuse.

Tailladée par tranches ^généralement plus allongées que celles du nord, la chaîne méridionale compense toutefois le mal que font à la plaine du Rhône les ravagées de ces cours d'eau, en lui apportant de larges couches de terre végétale enlevée aux vallons supérieurs. Mais, charriées par des torrents au débit liquide considérable, plus régulier et sans cesse grossi le long du parcours, ces dépôts parviennent à surélever le niveau de la plaine d'une manière insensible et graduée en formant ainsi des champs de culture unis, d'un labour facile, d'une fertilité plus égale.

Ces alluvtons, fournies par des irruptions aussi întei'mittentes qu'irrégutières, résultent du travail patient des siècles et il est ainsi permis de se représenter la distribution générale de la partie plane de la vallée du Rhône telle à peu près vers l'époque de l'arrivée des Celtes que la connurent encore nos arrière-grand-pèrPs : une plaine aux trois quarts recouverte d'eau morte, que les chaleurs de la bonne saison sont impuissantes à dessécher et que les crues fluviales viennent renouveler de temps à autre en jetant une nouvelle nappe grise sur les glauques étangs chargés d'algues. Sur ce fond régulier, tendu entre deux barrières distantes d'une lieue et hautes de 3000 à 4000 mètres, un fleuve se livre à toute son humeur vagabonde, promenant ses méandres et ses dépôts au gré du moindre caprice ou du plus léger obstacle : une oseraie plantée sur un chétif ilôt, un saule, un pin, une branche sèche, nubien évcntrant ici et là quelque champ de roseaux longtemps nourri de ses dépôts vaseux.

En achevant la première étape de cette course vagabonde, le Rhône semble vouloir élargir son chemin. Entre le Grand-

Page 1