LES PRODUCTIONS DU SOL
Chavalard et la Rerre-à-Voir, il s'apprête à s'étaler de plus en plus, lorsque soudain sa marcbe est entravée par l'interrention d'un obstacle împréni. La Dranse, le plus puissant de ses affluents alpestres, apparaît au détour d'un promontoire, se précipite au-devant de lui et réussit à le refouler avant de lui abandonner ses eaus. Alors, comme surpris de rencontrer une force rivale dans ce dédale montagneux dont il s'est jusque là cru le seul maître, le fleuve tourne pour ainsi dire sur lui-même comme un lion dompté qui cherche l'issue de sa cage. Ëperdu, il vient briser son flot au socle de marbre du Mont-Ravoire, l'une des extrêmes sentinelles qui veillent à la garde du Mont- Blanc, et, sensiblement grossi par ce renfort inopportun, il se résigne à abandonner la direction qu'il avait jusque-là suivie comme pour gagner plus vite les plaines méridionales et la Méditerranée. Il trouve un étroit goulet qui va le rejeter vers le Nord, il s'y engage par bonds irr^uliers et, bientôt échappé des hauts massifs, il semble vouloir encore assouvir sa rage ei^ se précipitant vers le Jura qui barre tout au loin le fond de son nouvel horizon. C'est dans ce mouvement d'impétuosité qu'il franchit le défilé de Saint-Maurice. Mais à mesure que ses hautes di§:ues naturelles vont s'écartant et s'abaissant, le courant s'amollit, perd graduellement de sa force, et, bientôt, vient s'épuiser dans le vaste berceau du Léman dans lequel il somnolera jusqu'à Genève, où- par un subit réveil au souvenu' de son origine, il se hâtera de se refâre torrent pour aller heurter et franchir en bouillonnant les monts du Credo et du Valromey.