IV. — LE RAHEAQ OCCIDENTAL
Toutes ces qualités d'énergie et de puissance collective particulières à la population du Haut- Valais sont un apport de Tinflltration allémanique qui se fit par les passages du Grimsel et de la Furka', comme le secret de son indépendance politique fut celui d'une action concertée entre les dixains, groupés selon le système fédératif propre à ces ressortissants des pays du Nord.
Pourquoi un semblable accord a-t-il toujours été et demeuret-it impossible entre Bas-Valaisans î C'est qu'ils n'ont point possédé les exemples constants de voisins immédiats comme ceux dé la Suisse primitive, ni l'immixtion d'immigrants septentrionaux issus de ce régime du faisceau fédératif.
En effet, les Celtes, descendants des nomades de l'Asie, ne connaissaient que la tribu qui les groupait, et non la patrie, qui
' Les relations des Conchards avec les canlons de la Suisse primitive étaient anciennes. Ed 1378, une diète réunie k Lucerne décide de porter devant le Conseil de cette ville les dittérenda, aniniosités, préventions et réclamations qu'ils ont vis-à-vis des juges, bourgeois et patriotes du Valais en dessus et en dessous du Deischberg.
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était partout où ils plantaient leurs tentes. « Il y avait des peuplades, il n'y ai'ait plus de nation celtique, déclare M. L. WilP; c'était une dislocation lamentable; les différents peuples, dépourvus de tout sentiment de soirdarité, étaient incapables d'un effort <^ommun. Jaloux les uns des autres, ils formaient, il est vi-ai, de vastes confédérations s'étendant dans des régions entières, mais ces vastes associations n'étaient faites que dans le but de disputer la suprématie aux confédérations rivales ".
Or, les deux races qui vinrent se superposer aux Celtes dans le Bas-Valaîs n'importaient pas de système politique aussi accentué que celui des AUémans; d'où il résulte que l'instinct celtique s'est si parfaitement conservé, que les Valaisans du Bas sont restés particulièrement jaloux et qu'ils ne s'unissent que pour abaisser ceux qui les gênent ou les ombragent, prêts à se diviser sitôt cette besogne accomplie.
* En effet, dit également M, Will, tous les peuples gaulois se trouvèrent placés dans la clientèle de Rome sans que leur position politique eût été sensiblement modiftée... La politique des Homains ét^t bien simple et très rationnelle : ils se contentaient de ruiner la patrie nationale et de faire prospérer la patrie municipale «.
Quant aux Burgondes, qui pénétrèrent cette branche de la race valaisanne par la région du Léman, ils ne cherchèrent point à exercer d'influence politique; ils se laissèrent gagner par la civilisation supérieure des Romains, adoptèrent leur langue et prirent leurs lois pour modèle; « au bout de peu de générations, dit M. van Muyden, leur romanisation fut complète».
La politique bas-valaisanne est restée, jusqu'à nos jours, toute empreinte de ces différents caractères. Ses hommes politiques sont issus d'un clan local on de marchandages entre deux ou plusieui-s de ces clans, lesquels tiennent rarement
' La Grande Enct/dopédie (Celtes).
compte des supériorités. Lorsqu'on établit une liste, on veille à faii'e ta part de chaque district, de chaque commune ou de chaque hameau, et, si le plus faible des éléments n'est pas représenté dans le corps politique par un des siens, il ne tarde pas à se désintéresser : à quoi bon la patrie si on le néglige, lui 1
Il y a peut-être quelque à-propos à rappeler ici une observation faite déjà, à savoir que le Valaisan du Haut a érigé le moindre des hameaux en commune, ce qui a atténué ces petites compétitions et renforcé en même temps le cadre du district. Dans la partie romande, le district est au contraire tenu pour une subdivision vague ; l'on y est surtout préoccupé de la commune, et, si celle-ci n'a que 100 habitants, ce qui est rare, elle ne se pose pas moins en égale de celle qui en compte de 4 à S.OOO.
C'est la politique de clocher, la plus pure qui se rencontre au monde, une politique entêtée, jalouse et mesquine, qui ne tient aucun compte des circonstances extérieui'es. Les montagnards du Bas- Valais qui se battent aux élections communales, s'intéressent très peu aux affaires générales du canton ; s'ils votent pour la députation au Grand Conseil, c'est qu'il vaut autant donner les places à leurs hommes que de les laisser aller à d'autres, à des « inconnus ».
Les ch-eonstances subséquentes n'ont fait que maintenir et compliquer la difficulté de toute action commune entre Valaisans du Bas en vue d'arracher à leurs anciens dominateurs les vestiges de leur prépondérance. Quand l'heure arriva d'entrer dans la dernière étape de leur émancipation, le clei^é, dont les Valaisans du Haut avaient eu l'habileté de ne point se séparer, en dépit de divers précédents historiques, scinda net le mouvement et force fut aux partisans de l'émancipation politique, qui n'avaient pas la force de se passer de lui, de renoncer à la poursuite de leurs revendications.
En résumé, le Haut- Valaisan est arrivé à concilier sa politique avec les vues du clei^é, devenues unitaires depuis la Révolution, tandis que le Bas- Valaisan, bien qu'il soit seul à alimen-
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ter l'opposition, en demeure bon gré malgré le serviteur. C'est pourquoi la région allemande, en particulier, a toujours réussi è se garder plus d'influence dans le gouvernement, dans le clergé et dans la bureaucratie. Nous rencontrons bien là, une fois de plus, ce même type de ressortissant du dixain qui, ayant partagé durant des siéoles le pouvoir des princes-évêques dont les droits temporels et spirituels lui ont de tout temps paru un peu difficiles à démêler, a su abdsser leur puissance, mettre fin à leurs empiétements et résister à leurs efforts sans pour autant cesser de transiger avec l'Eglise. La résistance rencontrée par le cardinal Schiner prouve, en particulier, leur esprit d'indépendance.
Il est vrai que les représentants du Bas ont su s'entendre depuis 187f> pour nommer des évêques ressortissants de leurrégion, mais le chapitre de la cathédrale veille encore avec le plus grand soin à se conserver les avenues et du canonicat et de l'épiscopat. D'ailleurs n'avons-nous pas vu que l'argument invoqué pour justifler cette préférence systématique est d'ordre purement matériel, puisqu'il repose sur le désir d'assurer à des familles bas-valaisannes la transmission des héritages épiscopaux.