II. — LES PRODUCTIONS DU SOL
C'est donc sur de brusques pentes déroulées aux flancs de la double chaîne alpestre que les premiers colons du Valais durent à la fois rechercher leurs ressources et l'unique sécurité alors possible. Tous les hameaux et villages des hauts coteaux.
que nous voyons aujourd'hui s'Étaler et prospérer diversement entre les marais du (leuve et la région des forêts racontent ce durent être les moyens d'existence de ces anciennes peuplades. Corbeyrier, Torgon, Morcles, Alesse, les Monts-de-Ful)y, Vercorin, les plateaux de Rarogne et le Mont-de-Brigue en sont les témoins les plus fidèles. Mfds c'est surtout parmi les faibles groupements, dont Alesse apparaît comme le moins altéré, qu'il convient de rechercher le prototype du Gelte-Valaisan. Mieux que nul autre site alpestre, ces terres déclives semblaient faites pour con-espondre aux projets routiniers de ces petites tribus accoutumées à suivre leur troupeau au gré de ses appétits et du cours des saisons. Plus ce maigre gazon qu'un pâle soleil de février suffira è faire reverdir autour de leurs huttes sera ingrat, mieux elles y trouveront le souvenir de leurs steppes perdues. Cette avarice même du sol choisi flattera secrètement leur humeur errante : en effet, elle les obligera, ^our compléter l'alimentation de leur troupeau, à s'élever dans la montagne au cours de l'été et à rechercher encore ta grosse réserve des landes marécageuses. Dès le commencement de la bonne saison, à mesure que fleurissent les pentes et les vallons élevés, elles suivront leur bétail d'étape en étape, montant chaque jour un peu plus haut, se hissant même jusqu'aux épaulements supérieurs, parmi les replis déserts des profondes ramifications latérales, quitte à reculer devant une chute de neige, puis à reprendre haleine, à remonter le lendemain et à gagner par degrés le seuil du glacier.
Ainsi, petit à petit, ces tribus s'accoutument è cette forme nouvelle de leur existence nomade, recherchant, selon le moment, le séjour de la forêt et des haute vallons à herbe fine et odorante ou celui qui les rapproc^he des grosses productions fourragères des coteaux inférieurs, complétées par celles des rives marécageuses du Rhône. On comprend comment, par la variété simultanée de tant de sites différents, ces pentes accidentées arrivent à nourrir les bestiaux en liberté durant sept mois de l'année, car l'altitude moyenne du fleuve — 300 mè-
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très — est encore inférieure de 2000 mètres aux prolongements les plus élevés de la zone pastorale '.
Ces déplacements répétés, joints à de pénibles transports, compliqués par l'utilisation des alluvions des nombreux torrents, forcent évidemment les hommes à se ménager des abris loin de leur domicile principal et nous trouvons là rorig:!nc de ces grangettes, « raccards o ou « mazots », que le Valaisan a semés sur toutes les pentes afin de ménager ses forces et son temps à l'heure de la récolte et d'ajourner ses transports ô la saison des neiges.
C'est au sein de cette organisation, c'est-à-dire dans la plénitude de l'exercice de l'art pastoral, que la Rome conquérante vient surprendre les Celles de la vallée supérieure du Bhôue, répartis en quatre peuplades : Vibères (Viégc), Séduniens (Sion), Véragres (Martigny) et Nantuates (Saint-Maurice-Aigle).
Placé au débouché dans la vallée du Rhône de la voie du Mont-Jou (Grand Saint-Bernard), Octodure devient le véritable chef-lieu de ces contrées et, à la tète des bourgs secondaires, il subit la rapide superposition de la race et des usages de la métropole. C'est sous cette domination, d'une durée de prés de quatre siècles, que petit à petit l'art pastoral cède une certaine place à la vigne. La nature rocheuse des pentes des Alpes ne leur peimettant pas d'être utilisées en totalité, malgré les merveilleux efforts accomplis pour les irriguer, l'indigène n'attendait que de connaître le labour pour en tirer parti'. Or, non
' Sur les deus rives du torrent se pressaient alors quelques huttes de pierre et de chaume : le hourg d'Octodui'e; les Véragres s'y bloltissaient avec leurs troupeaux quand la froidure les chassait des grandes altitudes, leur séjour ordinaire. De là devait partir la voie romaine projetée pour mettre l'Italie en communication directe avec l'Helvctie et la Gaule septentrionale. — B. Joris. Une page de l'histoire du Valais.
* Les habitants du Valais, abandonnant leur manière primitive de vivre, s'adonnèrent il la culture des rhamps et de la vigne. On leur apporta des pays chauds éloignés toutes sortes de semences ;
seulement les céréales et le vin pouvaient développer son bienêtre et varier son régime alimentaire, mds ils lui permettaient de gagner è la culture maint coteau stérile et de nombreuses étendues d'aJluvions. La constitution capriciease du terrain, l'exposition diversifiée des lieux, la direction capricieuse des courants : autant de causes qui influeni^eat la répartition des cultures. Comme pour favoriser l'action de ces faetem« naturels, l'art romain venait apporter la pratique de ces longues voies d'irrigation, dont le Valaisan a su tirer un si bon parti pour les pentes moyennes et inférieures de ses vallées rapides. Ajoutez à cela que les barrières rocheuses font à l'ensemble du pays une sorte de berceau dans lequel viennent se concentrer les rayons solaires et qu'elles l'abritent tout entier du côté du nord contre l'àpre bise' qui souffle des plateaux de l'Helvétie centrale. M. BUhrer constate que la configuration de la partie moyenne de la vallée a une influence indéniable sur le régime des pluies et, par suite, sur la végétation. Et, selon lui, ces divei-ses causes produisent une pureté du cie! tout à fait exceptionnelle pour cette latitude en Europe'. La sécheresse du climat de la vallée du Rhône va, suivant les expériences de cet auteur, en augmentant de Martigny à Brigue. Non seulement les cerises mûrissent, en plaine, dès la fin de mai et le seigle est récûlté au commencement de juin, mais cette précocité de la moisson se constate sur divers points privilégiés des
les soldats d'Aurélius Probus se distinguèrent par des dons p&reils (276-282 de J.-C. . — Histoire du Valais, par le P. Fubrbr.
' Dans certaines parties abritées, le climat eel aussi tempéré que dans les plaines de la ProTence et on peut y cultiver sans mécompte la vigne, le figuier et m^me l'amandier. — Lenthéric, ie Rhône., t. I, p, 172. — Au levant, les fleurs du printemps, au midi, les fruits de l'automne, au nord les glaces de l'hiver. La nature réunissait toutes les saisons dans le mi^me instant, tous les climats dans le mi'me lieu, des terrains contraires sur le même sot... J.-J. RoussRAU, La Nouvelle Hélolie. Lettre XXII.
' Le Climat du Valais (Sion — Imprimerie Schmid).