‹ Le peuple du XXe siècle aux États-UnisChapitre 20 sur 23 · WORLD'S PAIR WASHINGTON. BOSTON. NEW- YORK · texte numérisé non relu

WORLD'S PAIR WASHINGTON. BOSTON. NEW- YORK

De Californie en Arizona, le grand désert américain : un infini de solitude et d'aridité. Dans le sable et les caiUamx^ luie végétation rabougrie, tourmentée, perce avec peine j les montagnes ne sont que des tas. de pierres, sans un beau rocher ^ sans, un brm d^herbe ; cependant tes jeux de la lumière, la bizarrerie des horizons, l'écrasante immensité, do^nesut de Fiatérèt an voyage.

Sur le SaniahFé R.R., il n'y a pas de wagonsrestaurants (dining cajrs) ; les repas se prennent aux buffets des gares, qui sont bofiâ. ijes Indiens pro> fitent do ces arrêta pour vendre fort cker de prétendues cuEriiOsités ; les femnaes portent leurs en* faiits sUiT leur dos et sont suivies de chien s indigènes : le seul askim»al dômes tiqu.e diA NeMJveau Monde avant l'arrivée des Européens. Les hotmiixies travaillent k la voie ferrée, consolidant la puissance des blancs auj ont détruit leur racei. Us sont kidss,, avee un air doux et servile. Ils acceptent t' esclavage sur le soi où levtrs pères vivaient librement ; ils nre méritent miiL intérêt.

En quittant la grande irokt k Williams,, il faut

trois heures pour arriver à Bright Angel, sur le bord du Grand Canon. C'est la nuit ; on va dormir sous une tente sans avoir rien vu, rien soupçonné. Au réveil, on a sous les yeux la merveille des Etats- Unis. Certes, ici, pas de déception. Rien de ce qu'on admire en Europe ne peut donner une idée de ce spectacle. Dans un énorme plateau, le Colorado s*est creusé un lit où les montagnes semblent des taupinières. Au fond de cet abime, à dixhuit cents mètres au-dessous des forêts planes, le fleuve roule ses eaux épaisses, chargées de sables rouges. Le canon s'allonge sur 350 kilomètres ; d'un bord supérieur à l'autre, la distance varie de 10 à 20 kilomètres ; dans cet espace s'entasse un invraisemblable chaos de monts et de rocs rongés, sculptés, fouillés par les eaux.

Les couleurs sont moins éclatantes et moins variées qu'au canon de Yellowstone river; toute cette partie de la croûte terrestre a été soulevée d'un bloc, et les couches successives de marbres, de sables, de granits, les colorations rouges, grises, jaunes ou verdâtres, sont parfaitement horizontales, comme leur couronne de forêts sombres. Ni la peinture, ni la photographie, ni la langue ne peuvent donner la plus faible idée de cet ensemble. Les littérateurs américains ont. vainement accumulé les épithètes, les métaphores et les hyperboles ; ils ne sont pas même parvenus à diminuer l'impression du voyageur qui découvre le canon, parce que la grandeur du spectacle est réellement surhumaine.

Les monuments de tous les âges et de toutes les civilisations, pyramides, sphinx, pagodes, mosquées, cathédrales, châteaux, citadelles de toutes formes, sont réunis pour la stupéfaction du peintre et de l'architecte. Que d'idées, que de leçons, que

de suggestions pour un artiste I Le simple touriste admire, et se recueille.

Dans ses passionnantes Lectures^ si populaires aux Etats-Unis, JohnL. Stoddard envie les impressions qu'aurait éprouvées l'homme, s'il avait pu contempler les convulsions géologiques, le travail des eaux et du feu qui ont enfanté de tels prodiges. Envions simplement la sensation des premiers pionniers qui, marchant sans défiance parmi les forêts, sur un terrain presque plat, sont arrivés soudain au bord du grand caûon. Quel choc!...

Il faut souhaiter qu'ici, comme au Yellovs^stone et au Yosemite Parks, le gouvernement des Etats- Unis prenne des mesures pour garder intactes les beautés de la nature. Tous les laux chefs-d'œuvre humains que les millionnaires américains réuniront dans leurs musées n'auront jamais la millionnième partie de la puissance du grand canon pour enseigner l'art, et pour exalter le sentiment artistique.

Mais il faut rentrer dans la société, quitter ces nobles déserts, ces paysages sublimes où l'àme s'apaise, où le cœur se purifie. Redescendons chez les hommes, dans la puanteur des villes, dans les batailles, dans la haine.

Après Williams, encore le désert, semé de collines escarpées et rases, aux flancs rouges. Les gares sont construites dans le style espagnol. Les villages indiens, avec leurs toits plats, leurs fenêtres étroites, leurs bandes de chiens à demi-sauvages, ressemblent aux villages arabes. Maintenant, les Indiens sont moins laids ; ils ont les pommettes saillantes, les yeux bridés ; leur type atteste que les Chinois avaient découvert l'Amérique avant les Européens.

A mesure qu'on avance vers l'ouest, par le Nou-

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veau Mexioue^ le Colorado, le Kansas, la population redevient plus dense, la terre plus féconde ; dans le Missouri, les gras pâturages, les ombrages épais^ les champs de maïs vastes comme des mers, témoignent d'uae richesse illimitée.

Saint<-Lo«ds ! ce n'est plus le Grand Canon. Non. C'est un petit Chicago. Encore un nom bien français ; encore une ville tout allemande. Les journaux proclament que les mots c Saint-Louis » ne doivent pas être prononcés « à la manière molle et efféminée des Français, mais avec l'expression virile et robuste qui convient aux idées Anglo- Saxonnes (! ! !) ». Sur un peu plus de 600.000 habitants, il y a au moins la moitié d'Allemands, et cinquante mille nègres. J'y arrive la veille du Labor Day^ que j'ai décrit dans un précédent chapitre. Les ouvriers nègres célèbrent le Labor Day de leur côté, sans être mêlés aux travailleurs blancs. La fraternité socialiste des. ouvriers américains, comme la fraternité chrétienne des Y. M. C. A., ne va pas jusqu'à rapprocher les fils de Japhet des fils de Cham. Et dans les cavalcades^ les ouvriers en liesse traitent leurs chevaux comme ik se plaignent d'être traités par leurs patrons. Ce n'est pas Labor Day pour nos compagnons: de misère!...

Dans les sIutus et même, la nuit,, dans les rues de la ville, les nègres sont d'un;e tenue fort peu modeste. Au For est Park^ où défile le dimaiMîhe le cortège des. élégances provinciales, les négresses en toilettes de perroquets vomt moutrer à letïrs enfants les coons prisonniers dans des cages. Belle revanche ! Elle me fait songer an titte bufïalo reclus dans File d'Yellawstone lake. Enjchainer,. enfermer : suprême plaisir de l'honkme, fût-ill k peine sorti lui-même de captivité:.

- Saint-Louis est «ne vîtie amKtiecœe. Elle se

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virnte ée posséder « cinq mille fabriques^ la plus grande gare de > marchandises du monde, vingtquatre têtes de lignes de (diemias de fer, la plus grande fabrique de biscuits du monde,^ la plus grande plomberie et la plus grande briqueterie du monde, la plus grande quincairierie et la plus grande manufacture de poêles du monde,* les plus grandes usines de fer, de rails et de tramways du monde, les deux plus grandes manufactures de tabac et la plus grande droguerie du monde, le plus^rand marché du monde pour les chevaux et les mulets, les plus grandes fabriques de boîtes et de cercueils »du monde, etc. » L'énumération continue sur 13 pages in-16. Saint-Louis se contente du second rang dans le monde pour la production de la farine, et du troisième rang pour l'épicerie. Mais par pure humilité. Elle insiste pour qu'on la reconnaisse comme la vilLe « la plus entreprenante et la plus progressive dans le monde entier ». Elle se proclame le cœur du pays américain. Comment concilier ces « revendications )> avec celles de Chicago ?

L'Exposition de 1904 a précisément pour but d'éclipser l'Exposition pan-américaine de Chicago (1893). Elle est organisée pour fêter le centenaire de la cession de la Louisiane aux Etats-Unis ; elle devait donc avoir lieu en 1903 ; mais les travaux commençaient à peine au milieu de 1902 ; on fera l'ouverture officielle en 1903, et l'Exposition réelle est ajournée à 1904.

Le programme est simple : faire tout plus grand qu'à Chicago. L'Exposition de Chicago couvrait 600 acres ; celle de Saint-Louis en couvrira 1.200. A Chicago, il y avait neuf grands bâtiments ; à Saint- Louis, il y en aura quinze, et les architectes ont dû s'engager à dépasser d'un nombre raisonnable de

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pieds, dans chaque mesure de détail, les mesures correspondantes des constructions de Chicago.

Voici deux traits particulièrement intéressants du règlement :

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