‹ Le peuple du XXe siècle aux États-UnisChapitre 4 sur 23 · millions de ft^ancs · texte numérisé non relu

millions de ft^ancs

Le trusty au capital de 7 milliards de francs, tire plus de 5 millions par mois de son charbon et de son coke ; la propriété de ses moyens de transport lui fait économiser 50 millions par an. Il avoue 700 millions de recettes annuelles et 155 à 160 millions de dépenses. Le bénéfice net sur 700 millions est de 75 %.

Un des plus notables spéculateurs, M. Gates, expliquait de son côté que, dans ses affaires métallurgiques, il avait réalisé des profits variant

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(le 100 pour 100 par mois à 100 pour 100 par semaine.

Elant à Chicago, en juillet, je fus témoin d'un <( coup » exécute par ces hommes sur le maïs, au moment où des pluies diluviennes semblaient menacer la récolle prochaine. Dix d'entre eux formèrent un syndicat (jwol) qui représentait 650 millions de francs, et raflèrent 20 millions de bushels (7.200,000 hectolitres); en un mois, les prix montèrent de 50 7o» de 1 dollar 60 à 2 dollars 40,

En octobre 1902, à Theure même où l'attitude des propriétaires de mines dans la grève de Pennsylvanie leur avait aliéné l'opinion publique et fournissait un aliment aux plus violentes campagnes contre les trusts, audacieusement, à Trenton (New-Jersey) se faisait enregistrer le trust de la viande, United States Packing Company, dont le nom populaire est Beef trust. Le capital nominal est de 5 raillions de francs, et les noms insérés dans l'acte sont ceux d'hommes de paille. liC capital réel est de 350 millions, et sera porté graduellement à 2.500 millions. La combinaison comprend huit entreprises dont les principales, Swift et C* et Amour et C®, faisaient chacune un milliard d'affaires annuellement. Toutes les entreprises étrangères à la combinaison sont condamnées d'avance à la ruine. Le Beef trust est le seul de cette importance où J. Pierpont Morgan ne soit pas intéressé. Le garant est John D. Rockefeller.

Contre de pareilles coalitions, il n'jr a pas de lutte possible. Les concurrents sont éliminés du premier coup. Ils sont trop heureux quand le trust daigne leur accorder une petite indemnité d'expropriation ; s'ils ont l'imprudence d'hésiter, de marchander, de résister, ils n'obtiennent plus rien et sont étranglés sommairement : le trust vend à leur

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,porlc a vil prix, des produits pareils aux leurs, jusqu'à ce qu'ils aient sauté. Puis, la concurrence supprimée, le trust rattrape facilement ses avances en fixant les prix à son gré.

Maîtres des marchés, les trusts interceptent tous les avantages que le progrès apporterait au premier producteur ou inventeur, et au consommateur. Les trusts de transports prélèvent intégralement, sur la production agricole, le bénéfice des bonnes récoltes. Les trusts de fabrication ne laissent pas profiter le public ou le travailleur du perfectionnement de leur outillage et de leurs méthodes. 11 y a dix ans, par exemple., la tonne de rails acier se vendait a New-York de 120 à 125 fr. ; elle vaut à présent 140 fr. ; le coût de production a diminué très sensiblement ; mais le monopole d'un trust élève brutalement le prix de vente.

Plus la production se centralise, plus les frais

{généraux sont réduits, plus la machinerie s'améiore, moins il y a de déchet de toute sorte. Cependant, le total des salaires diminue en même temps que la quantité de main-d'œuvre employée, et le consommateur paie tout plus cher. La concurrence étrangère, qui sauverait le public de cette ellroyable oppression, est supprimée par le tarif douanier, presque prohibitif. Et les politiciens, simples agents des trusts^ élus avec l'argent des trusts, rentes par les trusts ^ se gardent bien d'ouvrir une brèche dans le système en abaissant les taxes.

On estime à 3.500 le nombre des millionnaires, c'est-à-dire des personnes qui possèdent au moins 5 millions de francs. Mais ces chiffres ne disent rien, parce que la plupart dé ces millionnaires sont des multi-millionnaires, et que beaucoup d'entre eux détiennent les millions par centaines ; quelques-uns dépassent le milliard. A New- York et à

Chicago, on n'appellerait pas « riche » une personne au-dessous de 50 millions. Il n'y a pas de « placements de pères de famille », attendant la banqueroute finale dans des caisses officielles. Tous les capitaux travaillent ; ils sont engagés dans des affaires industrielles, agricoles commerciales, ou dans des spéculations. L'Américain s'enrichit promptement, se ruine de même, et recommence. Cette circulation fantastique de la richesse détruit la notion de sa valeur, comme le maniement des jetons, au tripot, détruit chez le joueur la notion de la valeur des pièces réelles.

La plupart des Américains ont uniquement l'idée et la volonté de s'enrichir ; ils ne sont venus d'Europe, eux ou leurs ascendants, que dans ce but. Le riche sait qu'il peut être pauvre, et le pauvre espère qn'il sera riche, demain. Il en résulte une égalité absolue entre les riches et les pauvres, sous certains rapports. Les castes, ou simplement les classes, n'ont pas le temps de se constituer. Des fortunes énormes s'édifient en quelques années, en quelques mois ; d'autres sombrent en quelques jours. Chaque numéro de journal contient les noms de plusieurs millionnaires qui viennent de faire faillite, et de plusieurs pauvres diables qui viennent de se réveiller millionnaires.

Ces nouveaux enrichis usent de leur fortune, avec peu de réserve. Ils veulent qu'on les sache riches; ils sont pressés de jouir avant une catastrophe. Il jettent l'or à poignées pour satisfaire les caprices les plus saugrenus. Ils n'admettent pas de résistance, pas de retard. Ils tiennent un langage que les sei-

reurs féodaux auraient jugé bien impérieux. Dans grève de Pennsylvanie, les propriétaires ont invoqué « leur droit divin » ; ils ont sommé très rudement le chef de l'Etat de mettre l'armée na-

tionale à leurs ordres. Or, les plus intransigeants de ces potentats étaient justement £ anciens ouçriers, qui ont commencé la pioche ou Je marteau à la main. La théorie du droit divin leur est venue avec Targent. Ils réclament avec instance des soldats et des fusils pour mater leur anciens camarades qui n'ont pas fart fortune.

Le président du Steel Unisty M. Charles Schwab, était un très pauvre employé, il y a peu d'années, quand un millionnaire se prit d'intérêt pour son jeune ménage. Il reçoit maintenant un salaire fixe de 5 millions par an, plus un nombre illimité de millions sur les bénéfices. Le travail est toujours récompensé, M. Charles Schwab, trouvant indignes de lui les demeures princières de la 5® Avenue, se fait construire un palais qui réunira les ce châteaux de Blois, de Chenonceaux et d'Azay-Ie-Rideau ». En France, M. Casimir Périer, patron d'Anzin, se contente du château deLesdiguière, à Vizille ; quand nous aurons mis à sa place un mineur, ce nouveau millionnaire voudra probablement se bâtir un Louvre.

Voilà le côté capital.

Voici le côté travail.

Les trusts capitalistes ont pour but de monopoliser les diverses l)ranches de la production, du commerce et des transports, et d'étrangler la concurrence libre pour fixer arbitrairement les prix de toute marchandise.

Les trusts ouvriers ont pour but de monopoliser la main-d'œuvre et d'étrangler le travail libre pour fixer arbitrairement le taux des salaires.

La Fédération Américaine du Travail comprend 90 « National Unions », 20 « State branches ^y 320 « Central Unions » et plus de 1.200 Unions locales, réunissant un million d'affiliés. En dehors

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de cette organisation fonctionnent des organisations rivales : les Chevaliers du Trai^aUy qui comptent 200.000 membres, et 12 ou 15 Associations ou Fraternités puissantes, d'employés des chemins de fer, d'employés des postes, de facteurs, de tailleurs de pierres, maçons, poseurs de briques, etc.

Il y a aussi des organisations politiques, le parti socialiste du travail, le parti national socialiste du travail, etc. : comme ces organisations politiques n'ont que peu de ressources et d'influence, les Américains entretiennent l'illusion que le socialisme « n'existe pas » aux Etats-Unis.

L'arme des organisations ouvrières est, bien entendu, la grève. Depuis vingt ans, il y a eu 22.793 grèves. En 1881, il y en avait 441 ; en 1890, il y en a eu 1.883 ; en 1900, il y en a eu 1.779. Les deux tiers ont éclaté sur l'ordre des Unions ouvrières. La moitié ont triomphé complètement, et 15 7q partiellement. Les causes les plus fréquentes sont, comme partout, une demande d'accroissement de salaires, un refus de réduction de salaires, une demande de réduction des heures de travail ; très souvent aussi, la volonté de boycotter les ou- ] vriers non affiliés aux Unions, d'imposer les règles et tarifs des Unions, ou d'appuyer une grève déclarée ailleurs.

D'après les compilations officielles , le salaire moyen dans les usines était de 1.235 francs par an au milieu du dix-neuvième siècle, et il est de 2.500 francs au commencement du vingtième. Mais les moyennes ne signifient pas grand'chose. H ^^^^ considérer les espèces. L'Union des poseurs de briques {bricklayers) se vante d'avoir accru ses salaires comme suit ; en 1776, les hommes de cette profession recevaient 50 sous pour 14 heures de

travail ; en 1850, ils recevaîent 8 fr. 75 pour 12 heures ; aujourd'hui, 24 francs pour 8 heures. On lit partout l'annonce dans les journaux : « Poseurs de briques demandés, 3 francs l'heure».

En réalité, les poseurs de briques gagnent souvent davantage; j'ai vu des cas où ils recevaient 40 et môme 60 francs par journée de 8 heures. Je

Sensais alors à nos ouvriers français, des champs et e l'usine, à nos professeurs, instituteurs, petits médecins ; je pensais à des naïfs de ma connaissance, qui gâchent leur propre vie pour « améliorer le sort des travailleurs manuels » .. 60 francs par journée de huit heures !

Et les bricklayers ne permettaient pas qu'on appelât dans la ville des ouvriers d'une autre localité ; ils ne permettaient pas qu'on iit exécuter une partie quelconque du travail par un ouvrier non affilié à leur Union ; ils ne permettaient pas qu'on formât des apprentis au-delà du nombre fixé par leur Union. C'est-à-dire qu'ils accaparaient un certain champ de travail comme ils reprochent aux capitalistes d'accaparer un certain champ de pétrole ou de charbon. Ils étaient aussi impitoyables pour exclure leur frères du pain quotidien que les spéculateurs capitalistes pour écarter un concurrent.

Leur trust est aussi scandaleux que le trust de la viande ou le trustât l'anthi^acite. Il est plus odieux : car les spéculateurs capitalistes invoquent franchement la doctrine de la lutte pour la vie, tandis que les monopoleurs ouvriers se réclament des principes de fraternité... Je dirai ailleurs comment ils pratiquent la fraternité à l'égard des frères noirs ; ils l'ont pratiquée à l'égard des frères jaunes en exi-

feant leur proscription absolue ; ils la pratiquent 'une manière plus énergique encore à 1 égard des

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frères intrus venus d'Europe aux mines de Penn* sylvanie.

En Californie, des quantités immenses de fruits, qui accroîtraient le bien-être des populations ouvrières dans les villes de TEst, ne peuvent être cueillies et pourrissent sur place parce que les ouvriers agricoles ne permettent pas Temploi de main-d'œuvre étrangère. Non seulement ils accaparent tout le travail qu'il peuvent faire, mais ils interdisent le travail (ju'ils ne peuvent pas faire. Tant pis pour les ouvriers sans ouvrage qui gagneraient là un morceau de pain. Tant pis pour les ouvriers mal nourris qui se nourriraient mieux dans les villes.

Dans la Nouvelle-Angleterre, des ouvriers tailleurs veulent faire un pique-nîque à la campagne ; il faut emporter de la bière. Mais, les marchands de bière à qui leur Union de tailleurs leur permet d'en acheter ne la vendent qu'au tonneau. Alors ils achètent un tonneau de bière et la mettent euxmêmes en bouteilles. Ils emmènent avec eux trois ouvriers cigariers. Sur la dénonciation de l'un, les deux autres ouvriers cigariers sont frappés chacun de 125 francs d'amende par leur Union, pour avoir bu de la bière qui n'avait pas été mise en bouteilles par des ouvriers de la corporation spéciale. Il maur quait, sur les bouteilles, l'étiquette (label) dfe l'Union des metteurs en bouteilles.

Défense à tous membres des Unions d'acheter quelque objet que ce soit qui ne porte pas le label d'une autre union. A Chicago, les ouvriers exigent

Îue le bâton {club) des policemen porte l'étiquette e ITJnion ; ils ne veulent être bâtonnés qu'avec des clubs fabriqués par des ouvriers unionistes.

Aux Etats-Unis, les domestiques ne cirent pas les chaussures ; on se fait cirer les bottes dans la

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rue par les membres d'une corporation spéciale. Les cireurs de bottes sont organisés en Unions et, dans plusieurs villes, ils ont fait doubler le prix de l'opération. Les chaussures sont assez bon marché ; mais à 10 sous le coup de brosse, elles ont vite doublé de valeur... On jette aux écureuils, dans les parcs, et les enfants croquent toute la journée, une mauvaise petite amande appelée peanut ; à San-Francisco, les gamins qui vendent les pcanuts sont syndiqués, et je les ai vus rosser cruellement un marchand de peanuts non affilié.

A Los Angeles, un grand journal a la prétention d'employer des travailleurs libres ; il paie de 18 fr. 75 à 22 fr. M) les ouvriers à la journée ; il paie de 20 francs à 27 fr. 50 les ouvriers aux pièces ; il distribue 875.000 irancs de salaires ouvriers par an. Mais les Unions lui ont déclaré la guerre et la lui font par tous les moyens : ou le directeur ou le journal sautera.

Les Unions traitent directement avec les particuliers et les Compagnies au nom de toute la corporation. Voici un spécimen de ces contrats. A Chicago, rUhien des camioc^neurs pour la distribution des bagages et paquets conclut, avec la Compagnie Frank Parmelee, un engagement valable douze mois, et renouvelable trente jours avant l'expiration, à ces conditions :

CamioiiBeurs, 300 francs par mois; auxiliaires, 250 francs; cochers d'omnibus et de cabs, 250 francs.

Ch.iqne troisième dimanche, congé avec paie entière.

S'il y a des hommes qai reçoivent actuellement davantage, ils ne seront pas diminués.

Pas de travail le Jour du Trarail (Lahor day, !•»• septembre), sauf autorisation spéciale du Président de l'Union.

Prenons les constitutions et règlements de Tune

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de ces Unions, les « Amalgamated Painters and Z)ecorators de New- York et environs », par exemple, qui comptent dix mille membres dans l'industrie du bâtiment. Ce document peut servir de type.

Il est résolu que les salaires ne seront en aucun cas inférieurs à 20 francs par jour pour les peintres, à 22 fr. 50 par jour pour les décorateurs ou doreurs. En fait, les salaires des décorateurs sont plus élevés ; ils vont jusqu'à 75 francs et 100 francs par jour. L'Union a fixé ces minima « pour mettre ses membres à même de remplir les obligations qui leur sont imposées par les responsabilités toujours croissantes du citoyen (èy the e9er increasing responsibilities of citizenship) ». La journée de travail est de huit heures : de 8 heures à midi, et de 1 heure à 5 heures. Le samedi, demi-journée seulement, de 8 heures à midi.

Défense d'arriver au lieu du travail plus d'un quart d'heure en avance, sous peine d'amende. Défense de transporter un outil entre midi et une heure, sous peine d'amende. Défense absolue de travailler un dimanche ou un jour de fête, sous peine d'amende. Défense absolue de travailler le samedi après midi sonné, en aucun cas, sous peine d'amende. Ordre de prendre sur les heures de travail le temps nécessaire pour aller toucher la paie. Ordre de se faire payer chaque semaine, et d'informer l'Union en cas de retard. Déiense de travailler pour des patrons non approuvés par l'Union. Défense de travailler, loin de New-York, mais pour une maison de 'New-York, avec des ouvriers non unionistes. Ordre de faire payer le temps de tout déplacement sur le même taux que le temps de travail. Toujours sous peine d'amende. Et ces amendes ne sont pas des bagatelles : 25 francs, 50 francs, 125 francs pour les infractions léfi^ères;

jusqu'à 1.250 francs et 1.800 francs pour les infractions graves. En cas cV excommunication complète, bien entendu, boycotUige.

On le voit : si la Constitution des Etats-Unis assure aux citoyens le maximum de liberté, les constitutions ouvrières y remédient énergiquemcnt.

Les fonctionnaires élus de l'Union touchent des indemnités et des jetons de présence. L'Union donne 5 francs par jour en cas de grève commandée ; 50 francs par semaine en cas d'accident; 250 Irancs à la famille en cas de mort. Tous les membres de l'Union qui entréprennent un travail doivent immédiatement informer le Bureau du lieu, des heures, du salaire, iaire connaître les noms des patrons, des autres ouvriers, des .apprentis. La liste des patrons autorisés est continuellement revisée. Les chefs de l'organisation ont toujours sous la main la formule suivante :

▲TIS A COMPABIITRB DRVAnT LE COMITÉ EXÉCUTIF

Cher Monsieur et Frère,

Vous êtes cité par la présente à comparaître devant le Comité exécutif de rorgauisation, au quartier général... le.,. à 8 heures du soir exactement.

Faute d'obtempérer à cette notiGcation, vous serez passible d'une amende. Je reste

Fraternellement vôtre.

Le Secrétaire,

Dans ces Unions, j'ai tenu à me renseirrner sur la valeur des arguments que j'avais cent fois employés moi-même pour proposer la réduction des heures de travail.

J'ai demandé si la réduction de la journée de travail permettait aux ouvriers de s'instruire, d'aller dans les innombrables bibliothèques et dans les

musées de lire et de dessiner, de suivre des conférences, de consacrer plus de temps à leur home et a leur famille. On m'a répondu : ce Mais pas du tout ; vous voulez rire ? Il est beaucoup plus utile de discuter avec les camarades au saloon que d(e se disputer avec une femme à la maison. »

J'ai demandé si la réduction du temps de travail entraînait une plus grande elficacité de ce travail. Beaucoup de patrons m'avaient répondu affirmativement et déclaré que la production reste la même, en moins d'heures, parce que le producteur est plus dispos. Les ouvriers m'ont dit encore : a Mais pas du tout ; vous plaisantez ! Dans un métier manuel, on prend une certaine allure de travail ; elle reste la même quelle que soit la durée totale. Notre but, en travaillant moins d'heures, est d abord de produire moins, afin qu'il y ait du travail pour plus longtemps et pour plus d'ouvriers. Pas autre chose. Si nous produisions en 8 heures autant qu'en 10 heures, nous n'aurions rien gagné.

Les statisticiens (!) ont établi (?) qu'il suffirait de faire travailler pendant 1 h. 17 par jour tous les hommes de vingt et un ans à quarantecinq ans pour subvenir aux besoins actuels de l'humanité. Eh ! bien, nous tendons vers cette limite. ^>

L'ouvrier américain étant organisé, discipliné de la sorte, et muni de fortes réserves d'argent, on imagine quelle sera sa force d'action dans un temps donné ; les ouvriers français n'en sont pas là ; beaucoup peuvent répéter la fameuse phrase :

« On ne se révolte pas, parce qu'on est trop fatigué. » Les ouvrières françaises, qui gagnent de 15 à 20 sous pour quatorze heures de travail, ne menacent pas sérieusement leurs patrons. En Amérique, c'est différent.

Le 1®^ septembre, aux Etats-Unis, est le Jour du Travail. Le chômage est à peu près généraL Les Unions ouvrières organisent des fêtes et des défilés dans toutes les villes industrielles. Les membres de l'Union sont tenus d'y assister sous peine d'amende. Les maires et municipalités président généralement à la cérémonie, car leur élection en dépend. La circulation est interrompue dans les principales rues, et 20, 50, 60 ou 100.000 travailleurs se promènent en corps pendant plusieurs heures, avec lanfares, bannières, insignes de toutes sortes. J*ai suivi la grande parade à Saint-Louis ; chaque corporation était vêtue d'une sorte d'uniforme ; les musiques ronflaient, les chefs galopaient siir des chevaux ornés de rubans et de guirlandes dorées ; ils faisaient entendre des commandements comme à la tète d'un bataillon ; la consommation de bière et de cigares était prodigieuse ; les états-majors trônaient sur des chars ; les ouvrières de plusieurs professions suivaient le cortège sur des mail-coaches à quatre chevaux, en toilettes charmantes : quel spectacle c'eût été pour le personnel féminin de nos ouvroirs !

Pendant l'été de 1902^ l'attention publique était absorbée par la grande grève de Pennsylvanie. Mais il en éclatait d'autres quotidiennement dans toutes sortes d'industries, dans d'autres mines, dans le personnel des chemins de fer. En plusieurs cas, l'intervention de la troupe fut requise, notamment sur le réseau de l'Hudson Valley Rail Road. En d'autres cas, au contraire, les différends étaient tranchés par la médiation des bureaux d'arbitrage. On avait vu, en quelques jours, les charpentiers de New-York pousser leurs gages quotidiens de 20 fr. à 22 fr, 50 ; les constructeurs d'escaliers, de 19 fr. 20 à 22 fr. 50; les menuisiers de 15 francs

à 18 fr. 90 : le temps de travaîl étant de 44 heures )ar semaine pour les uns et les autres. Le l*"" juilet, sans grève d'un instant, par négociations entre les patrons et l'Union des ouvriers, le salaire des plombiers et des gazicrs monta de 18 fr. 75 à 21 fr. 25 par journée de huit heures.

Les compagnies n'ont pas la ressource d'importer d'Europe même les ouvriers techniques dont elles auraient besoin pour remplacer les grévistes : car le gouvernement des Etats-Unis s'y oppose et les contraint de rapatrier ces immigrants à leurs frais. Les grèves « par sympathie » sont fréquentes, lorsqu'une corporation décide d'appuyer le mouvement d'une corporation voisine. A Chicago, en juillet 1902, j'assistai à la grève des déchargeurs de wagons ifreight kandlers), qui paralysa pendant dix jours l'immense commerce de cette ville ; les denrées pourrissaient dans les

§ares ; toutes les transactions étaient arrêtées ; la isette allait commencer ; au moment où la défection d'une partie des grévistes amena les autres à capituler, 20.000 camionneurs [team&ters) s'apprêtaient à déclarer aussi la grève par solidarité [sympathedc strike).

Il est singulier que les Unions ouvrières n'aient jamais réclamé une législation uniforme pour déterminer la responsabilité de l'employeur dans les accidents du travail. Les mesures adoptées en Allemagne, en France, en Angleterre n'ont pas d'équivalent dans le code national des Etats-Unis. La matière est régie par le droit commun, que les législatures de certains Etats ont tâché de préciser ou d'élargir, et qui donne lieu à beaucoup de contradictions dans la jurisprudence. Les bulletins périodiques des bureaux du travail, à Washington, Albany et ailleurs, reproduisent les décisions des

cours ; maïs ce ne sont que des espèces, et Ton n'en peut dégager une seule règle générale.

De même, il n'y a pas de loi nationale pour réglementer le travail des femmes et des enfants. Certains Etals ont adopté des mesures protectrices ; d'autres n'y ont point avisé. L'absence de restrictions a permis, en quelques régions, de criminels abus.

Ainsi, dans la Caroline du Sud où l'esclavnge des nègres est aboli, on établit l'esclavage des petits enfants. Les esclaves noirs représentaient un capital, que le propriétaire avait intérêt à ne pas détruire, à ne pas endommager. Les petits enfants de libres citoyens n'ont aucune valeur : détruits, on les remplace par d'autres. Les tis&ages de coton sont peuplés de petits « ouvriers » de dix, de huit, de six ans, qui travaillent de 6 heures du matin à 7 heures du soir. Ils surveillent les navettes et rattachent les fils rompus sur les métiers. La fatigue les hébète à tel point qu'ils ne peuvent plus apprendre à lire ; leur développement physique et leur développement intellectuel sont arrêtés net ; ils deviennent promptement poitrinaires et succombent. D'autres victimes sont amenées aussitôt par leurs parents.

Tous les témoins ont exprimé leur effroi à la vue de ces pauvres créatures aux yeux vagues, au visage livide, au front flétri. Plusieurs tentatives o nt été faites pour arracher une loi tutélaire à la législature, mais en vain. Une partie de la presse locale justifie ce Massacre des Innocents parce que « c'est le droit des parents de disposer de leurs enfants », parce que « les enfant i pauvres sont beaucoup mieux à l'usine qu'à vagabonder dans la campagne », etc.

En 1900; il y avait 24.000 enfants au-dessous de

seize ans, condamnés aînsi à une mort précoce. Eu 1903, cette industrie ayant donné de bons résultats, les tissages de coton en emploient 50.000 dont 5.000 au-dessous de dix ans, dans les deux Carolines et la Virginie. Beaucoup d'enfants ainsi atrophiés n'ont jamais paru dans une école, ne

rfcuvent dire ni leur âge ni leur nom de famille. Is restent nains, idiots, et les petites filles de douze ans ont l'air de vieilles femmes... Miîs, par ce moyen, les tissages fonctionnent à cinq fois moins de frais que dans le Massachussets. On a vu des actionnaires tripler leur capital en quatre ans. Et le trait le plus édifiant de l'affaire, c'est que la plupart de ces entreprises ont été montées avec des capitaux de la Nouvelle-Angleterre, c'està-dire sur l'initiative et pour" le profit des Puritains qui ont affranchi les esclaves, et qui interdisent le travail des enfants dans leurs propres Etats.

Dans le New-Jersey, aux portes de New- York, ce sont des verreries et fabriques de bouteilles qui déciment la population enfantine.

Il y a pourtant une large catégorie d'employeurs qui n'approuvent pas ce gaspillage des forces humaines, et qui s efforce sincèrement d'améliorer la situation de leurs employés : non pour un motif de religion, de morale ou de philanthrophie, mais par intérêt bien entendu. Ils le déclarent franchement, dans leurs écrits et dans leurs discours : la charité chrétienne est l'affaire des prédicateurs ; mais, comme patrons, ils ont reconnu qu'il est aussi avantageux d'améliorer l'outillage humain

3ue l'outillage matériel, aussi avantageux d'avoir es ouvriers mieux portants et plus instruits que d'avoir des machines plus perfectionnées. En conséquence, ils font les mêmes sacrifices d'argent

pour lôuf personnel que pour leur matériel. Tandis que les gouvernements d'Europe disent aux jeunes gens : ce Développez-vous, rendez-vous forts, parce que nous avons besoin de vous faire tuer sur les champs de bataille », — ces patrons américains disent aux ouvriers : « Portez-vous bien, tâchez de vous instruire, afin de produire plus et mieux dans nos usines ». A la bonne heure. II n'y a pas d'hypocrisie.

Dans un banquet delsi League for Social Service et du Get together Club, un des orateurs résumait ce système dans une métaphore très pittoresque, empruntée à sa propre industrie : « Si vous voulez que votre vache donne beaucoup de lait, traitez-la comme une lady, » Les chevaux bien nourris, proprement tenus et menés doucement, fournissent un bien meilleur travail. De là, dans beaucoup d'usines, les réfectoires et cuisines confortables, les bains, bibliothèques, casinos, corbeilles de fleurs, les flots d'air et de lumière, les vacances payées, les congés de maladie avec salaire, les congés des femmes à certaines époques, les délassements ou divertissements de diverses natures. De là aussi les parcs, les écoles salubres, les piqueniques et voyages pour les enfants : car, pour avoir de bons chevaux, il faut soigner les poulains.

Quelques Compagnies ont une admirable invention : elles offrent des primes, périodiques ou permanentes, aux meilleures <i suggestions » des ouvriers pour le perfectionnement de l'outillage ou des procédés de fabrication. Moyennant 5 ou 25 dollars, et par vanité, l'ouvrier apporte ses idées : la plupart ne valent pas cher, certaines sont très

f précieuses. Le patron dépense ainsi quelques miliers de francs pour économiser des milliers de dollars ou gagner des millions*

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De 1890 à 1900, les Etats-Unis ont produit de la richesse équivalente à la fortune du monde entier k l'époque de leur naissance (1776). Mais l'ouvrier industriel d'aujourd'hui produit cinquante lois autant que l'ouvrier de ce temps-là : et il se demande s'il reçoit une part proportionnelle dans le profit. Voilà la question sociale posée. C'est en Amérique, pour les raisons énumérées plus haut, qu'elle se discutera le plus nettement et se résoudra le plus brutalement.

La solide organisation, la discipline et les ressources des Unions ouvrières américaines menacent le régime capitaliste plus sérieusement que nos clubs de petits politiciens. Jusqu'ici, la prospérité

f générale, et la facilité avec laquelle ils obtiennent 'augmentation de salaires déjà très élevés, ont énervé les ouvriers ; qu'une période moins grasse vienne à s'ouvrir, et les chocs se produiront tout de suite. La lutte entre les gigantesques trusts du capital et les gigantesques trusts de la main-d'œuvre sera formidable.

Les politiciens fomenteront les conflits ou les envenimeront. Déjà dans la grève de Pennsylvanie, leur intervention a prolongé le mal. Sur les 147.000 grévistes, il y avait 100.000 électeurs dont le suffrage suflîrait à faire pencher la balance en faveur de l'un des grands partis. A plusieurs reprises, les chefs de la grève ont eu la sensation qu'ils tiraient les marrons du feu pour quelques Machiavels (that they were used as a cats paw to pull political chesnuts out of the fire). Toute une campagne électorale s'échafiaudait sur la famine de charbon. L'expérience ne saurait être perdue.

Les trusts capitalistes sont des agents de socialisme au moins aussi eificaces que les organisations ouvrières. D'abord parce que leur rapacité exas-

père beaucoup de gens qu'indignerait la tyrannie des trusts du travail. Ensuite, parce que la centralisation de certaines propriétés et de tout l'outillage industriel en facilitera la nationalisation.

Aujourd'hui, un petit nombre de trusts capita^ listes représentent de 30 à 35 milliards de valeurs ; c'est à peu près ce que représente, en France, It, Grand Livre de la Dette publique. Mais la destruction du Grand Livre est rendue presque impossible par la démocratisation de la rente, répartie entre des millions de petits rentiers. Tandis que la nationalisation des propriétés accaparées

Sar les trusts ne lésera plus qu un nombre infime e propriétaires. Les voies sont beaucoup plus ouvertes au collectivisme dans les Etats-Unis qu'en France.

Les théories socialistes, que la presse socialiste proprement dite expose devant un public assez restreint, sont répandues dans le grand public par des journaux à tirage énorme^ sans étiquette alarmante. Ainsi, quand M. Shavsr, Secretary of the Treasury, met en circulation 100 millions espèces pour tirer d'affaire les banquiers et spéculateurs de Wall Street, à court de numéraire, ces journaux disent : « A merveille ; maintenant, il faut en faire autant pour les Corporations ouvrières; si l'Etat fournit de For aux financiers en détresse, il doit fournir du travail aux ouvriers en chômage ». Le public approuve et fait du socialisme sans le savoir, comme M. Jourdain de la prose.

La grève de Pennsylvanie, l'attitude arrogante des compagnies et la crainte des souffrances prochaines, ont fait jaillir de toutes parts des propositions pour la reprise et l'exploitation des mines par l'Etat. Dans la presse, dans la chaire, dans les conventions politiques, les écrivains, les ministres

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du culte et les caDdidats ont réclamé la nationalisation. Une couyention de nombreuses municipalités, tenue à Détroit au mois d'octobre, émit des résolutions en ce sens. Le mouvement s'est étendu au Canada, sur l'initiative de la municipalité de Toronto. Le programme du parti démocrate, aux élections de l'Etat de New- York, résumait la campagne en ces termes (New-York State Démocratie platform) :

Nous demandons que la Nation possède et qu'elle exploite les mines d'anthracite, en vertu du droit de domaine éminent, avec juste compensation aux propriétaires.

90 ^/o des dépôts d'anthracite du monde se trouvant dans l'Etat de Pennsylvanie, la nationalisation ne peut qir^être dans l'intérêt de tout le peuple.

Le combustible, comme Teau, étant une nécessité publique, nous demandons l'appropriation et l'exploitation des mines par la Nation comme une solution du problème propre à soulager le pays des souCFrances qui résultent de la querelle entre le capital et le travail dans les champs d'anthracite. Cette mesure assurera la paix dans les régions minières et écartera la cause de différends qui conduisent non seulement à la souffrance, mais souvent à l'effusion du sang et à l'insurrection.

Elle soulagera les consommateurs de charbon non seulement dans cet Etat, mais dans tout le pays ; elle assurera au labeur un emploi solide et d'amples compensations ; elle transférera les enfants des mines aux écoles ; elle assurera, fortifiera et maintiendra la stabilité des intérêts d'affaires et des institutions populaires de notre pays.

Quelques différences d'opinion qui puissent exister sur d'autres propositions de propriété nationale, la convenance de cette politique appliquée aux mines d'anthracite doit apparaître à tout ciloyen.

On le voit, le jargon des politiciens est aussi broussailleux dans Tautre République que dans la nôtre. Mais la manifestation est d'une importance capitale : ce n'est plus seulement le parti socialiste ouvrier, c'est le grand parti démocrate qui

adopte les solutions collectivistes. Peu importe qu'il se limite, pour le présent, à la question du charbon. Les mêmes arguments pourront servir demain en toute autre matière. Le premier pas franchi, le reste n'est qu'une affaire de temps et d'occasions.

Les chefs socialistes ont saisi tout de suite l'arme qui leur était offerte et ils ont dit aux électeurs démocrates : « Puisque vos chefs démocrates vous recommandent des solutions socialistes, soyez donc logiques ; venez au parti socialiste ; votez pour les candidats socialistes ».

Un grand journal de la Nouvelle-Angleterre prévoit le rapide succès de cette première expérience socialiste, pour des raisons nombreuses : « La nationalisation des mines séduira les politiciens, parce qu'elle mettra un nombre considérable de situations et d'emplois à leur disposition ; elle enchantera les clients des politiciens, parce qu'elle leur promet un nombre considérable de sinécures à se partager ; elle plaira aux instituteurs, parce qu'ils aui*ont à glorifier devant leurs élèves l'héroïsme du Mineur national ; elle plaira à tous les gens qui n'ont pas réussi dans leurs affaires privées, parce qu'ils se trouveront associés du coup, comme citoyens, à une entreprise plus grandiose que celles de Morgan. Les patriotes de toute classe et de toute condition se réjouiront à la pensée que tout ce que font les Etats-Unis est bien fait. On pçut prédire raisonnablement que les mines d'anthracite, une fois exploitées par le gouvernement des Etats-Unis, ne seront distancées dans l'amour du peuple américain que par notre glorieuse armée des Philippines ^>.

Cependant, les politiciens ne sont pas à l'aise. Dans les assemblées législatives et dans le Con«

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lès, ils sont les agents des trusts qui défrayent cur éleclion. Le scn.'\teur Cbaunccy Depew répète volonliers a qu'il regarde son élection au Sénat comme un simple incident dans sa carrière de chemins de fer » ; il est un railroad man; il est entré au Sénat parce que ses affaires de chemins de fer et ses patrons exigeaient sa présence dans cette assemblée. Or, si la masse électorale s'engoue de la nationalisation des mines, les trusts y résisteront, el ce sont les trusts qui tiennent les cordons de la bourse.

On a vu le pauvre président Roosevelt affreusement perplexe, quand tout le public le sommait de terminer la grève de Pennsylvanie en menaçant les compagnies minières. Les gros commanditaires du parti allaient couper les vivres. Et, donnant l'exemple, M. J. Pierpont Morgan refusait tout net son chèque habituel au trésorier du parti républicain pour TEtat de New-York. Embarras cruel!

Faut-il s'aliéner le public, dont les suffrages procurent le pouvoir et l'argent ? Faut-il s'aliéner les Sens des trusts, dont l'argent procure les suffrages u public?... Tout n'est pas gai dans la vie politique !

Dans la grève de Pennsylvanie, le public américain était presque tout entier favorable aux grévistes ; il les soutenait de ses souscriptions ; mais il payait l'anthracite quatre ou cinq fois son prix normal aux compagnies ; il faisait donc tous les frais de la guérite, souffrait du froid, souffrait de la fumée, souffrait du renchérissement de toutes choses, et fournissait des munitions aux deux camps qui se battaient sur son dos.

Dans la lutte générale entre les trusts du capital et les trusts du travail, ayant les uns et les autres à leur service les politiciens les plus corrompus du

monde, c'est encore le public qui fera les frais. Le peuple américain a 1 air, en ce moment, d'un nageur entre deux bandes de requins. Quoi qu'il advienne il est sûr d'avoir de l'agrément.

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