LA QUESTION CLÉRICALE
Dans la soîrée de réception des nouveaux (freshmen), a Harvard Collège, au début de Tannée scolaire, le docteur Peabody, chapelain, racontait les impressions d'un élève : « En arrivant à TUniverslté, on croit reconnaître qu'il n'y a de la religion nulle part; au bout de deux mois, on s'aperçoit qu'il y en a partout. »
Je ne suis pas très sûr qu'il y ait de la religion partout à Harvard ; mais il y en a certainement partout dans la République américaine.
Dans les chemins de fer, dans les trams électriques, sur les bateaux, dans les boutiques, dans les restaurants et les lunch rooms, l'œil s'arrête à chaque instant sur des inscriptions pieuses^ suspendues entre deux réclames de marchands ou de spéculateurs : Mon berger est le Seigneur très haut et tous mes besoins seront satisfaits. Ce qui a l'air d'un renvoi à l'annonce voisine. Ou bien : Quand la trompette du Seigneur sonneray et que le temps ne sera plus et qui! on appellera toute la liste ^ je serai là !
Les « Missions du Peuple » tiennent séance dans tous les quartiers populeux. Dans les régions les moins édifiantes des grandes villes, entre les Saluons y les Music-halJs de bas-étage, les expositions de photographies décolletées, et les concours de
Kicking (lever la jambe), il y a toujours des boutiques ornées de devises religieuses, où Ton fait des sermons toute la soirée ; entrée libre ; des dames respectables et bien vêtues tiennent l'harmonium, dirigent le chant des psaumes ; des gens de toutes conditions, bourgeois, commis, ouvr'ers très pauvres, poussent la porte, s'asseoient sérieusement, chantent avec les autres, écoutent une demiheure de prêche et s'en vont.
Dans les hôpitaux, la religion du malade est notée sur sa pancarte, et cet avis est aflîché partout : « Les infirmières doivent envoyer chercher le chapelain quand les malades sont en danger, d
L'idée d'un homme sans religion du tout n entre pas dans le cerveau américain, au moins dans les cerveaux officiels. A Philadelphie, le généreux Girard, en fondant Girard-College pour les orphelins, avait stipulé qu'aucun ministre d'aucun culte n'y pénétrerait jamais. Cependant les administrateurs y ont construit une chapelle et font célébrer des espèces de service par des laïques !...
Mais le principe religieux une fois posé, la plus grande liberté règne pour la pratique. Les Etats- Unis sont le pays de la tolérance. Chacun peut avoir sa^religion personnelle, ou fonder une reli-
Sion nouvelle si bon lui semble. Il y a quelquefois es démêlés de concurrence commerciale entre les sectes ; il n'y a jamais de luttes doctrinales violentes. JusauUcif toutes vivent en paix et fraternisent de la façon la plus surprenante.
Dans les mêmes hôpitaux où l'assistance d'un chapelain est requise auprès des malades, j'ai vu une chapelle qui sert a tous les cultes. Il y a un autel pour le prêtre catholique et, de l'autre côté de la pièce, un autel pour le ministre protestant ; on n'a pas voulu me dire s'ils opéraient en même temps.
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Dans les Universités, la même chapelle sert aussi k tous les cultes. Sous la grande tente du Quadrangle, à l'Université de Chicago, j'ai entendu non seulement des sermons de toutes les sectes protestantes, mais encore un prélat catholique, l'évêque de Peoria, prêchant au milieu d'un cérémonial protestant très bariolé, entre un psaume anglican et un psaume luthérien.
Ce sont des scènes auxquelles on n'assisterait pas en Europe. Il est possible que ce soient les scènes les plus caractéristiques de la vie américaine pour un spectateur européen.
A Louisville (Ky.), le Rev. Fuller Rice monte en chaire et fait la prière d'ouverture. Un gentleman s'approche et lui dit :
— Je vous demande pardon, c'est mon église, ici, Monsieur.
— Comment ! cela ne se peut. On m'a dit de venir ici et de prêcher. Je suis du séminaire Baptiste.
— L'église Baptiste est juste en face ; ici c'est une église presbytérienne.
— Mon frère, je crains que vous ne soyez dans la mauvaise stalle.
On rit, chacun retourne à sa vraie place et fait son métier. En Europe, il y aurait eu un cadavre avant la fin de l'explication.
La foi religieuse, sincère et vive, ne va pas sans fanatisme. Un homme qui est sûr de posséder la vérité divine sent le devoir impérieux de la faire pénétrer dans les âmes de gré ou de force, et de traiter en criminels les impies qui font obstacle. La tolérance absolue suppose une large dose de scepticisme, une grande tiédeur de la foi.
Les ministres des innombrables sectes protestantes savent peut-être en quoi leur credo diffère de celui du voisin j les fidèles le savent rarement ;
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ceux qae j'ai interrogés n'ont jamais pn préciser les nuances qui séparaient leurs sectes respectives.
La plaie du monde protestant est le dimanche. Dans une grande pai-tie des Etats-Unis, deux ou trois dimanches conduiraient un étranger au suicide. Il est difficile de trouver à manger. Les théâtres ne jouent pas. Afin d'occuper la journée entière, les journaux publient des numéros de 40 à 90 pages, avec tout ce qu'il faut pour amuser les femmes et distraire les erifants. Nulle autre ressource. Les travailleurs qui ne peuvent pas prendre certains plaisirs en semaine, parce qu'ils sont pris à l'usine ou au bureau, ne peuvent pas les prendre le dimanche parce que c'est dmanche. Les musées sont fermés, les bibliothèques sont fermées La poste ne fonctionne pas ; toutes les lettres sont arrêtées, avec quelque impatience que les attende le destinataire.
A Chillicothe, le conseil municipal a essayé de réduire les amendes et autres pénalités qui frappent les directeurs de théâtre, en cas de représentation donnée le dimanche. Les pasteurs sont entrés en fureur ; ils ont organisé des mass-meetings pour obtenir la démission du maire et de ses collaborateurs. 11 paraît que l'église ne pourrait pas résister à la concurrence de l'autre spectacle, si les deux représentations avaient lieu à la même date.
Pour retenir le public, les pasteurs multiplient les attractions. Dans certaines églises, l'office de l'après-midi est remplacé par une causerie générale, avec orchestre et musique très profane. A New-York, une église Baptiste a trouvé Un numéro sensationnel : une jeune fille siflle pendant le service. « En modulations douces débordantes de mélodie », elle exécute la Traumerei, VOiseau mo-
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qiienr, le Chant des Flenrs^de Mendelssohn. L'église est trop petite pour raflliiencc des auditeurs. Les pastcni s voisins cherchent des siiïieuses. Ils peuvent s'inspirer aussi de l'exemple de leur collègue londonnien, Rcv. Wilson Carlisle, secrétaire honoraire de l'Eglise de l'Armée, qui offre des cincmatogrtnphes à la place du sermon, avec une tasse de thé gratuite pour terminer.
Le lundi matin, les plus grands journaux donnent un compte rendu détaillé des sermons prêches la veille dans la ville, sept ou huit colonnes petit texte : Gloire de la Foi due à la révélation du Christj par le Rev. S. C. Armstrong; la Résur" rection est pour V homme un gage de V éternel repos^ par le Rev. S. E. Ewing; Josué exemple du chrétien militant^ par le Rev. Williams M. Jones. Avec les portraits des prédicateurs. Et ainsi pendant des milliers de lignes. Quelques-uns critiquent les procédés réclam istes de leurs concurrents : Tirez une ligne entre l'adoration et la chasse à V argent \ — Critique des soupers et des bazars d^église^ par le Rev. André T. Wolff. Cet orateur s'écrie sévèrement : « L'église qui a besoin d'être soutenue par des bazars et des soupers ne mérite guère de vivre ! Représentez-vous un peu l'apôtre Paul manipulant une sacoche ou présicfant un dîner, »
L'Apôtre Paul était cependant le plus américain des premiers chrétiens. Mais la thèse austère du Rév. A. T. Wolff a peu de chance de succès, vu la difficulté de la concurrence. Un grand nombre de pasteurs sont même d'avis qu'il convient d'entretenir de bons rapports avec les acteurs, qui sont un peu des confrères. A Albany (15 octobre), le vingt et unième Church Congress of the United States, après une discussion approfondie, a prononcé que « le maintien des relations cordiales
entre l'église et la scène profiteraît au public en
fénéral ». Et puis, les pasteurs pourront avoir de ons chanteurs dans leurs églises.
Le chapitre des chapeaux, si connu dans x\ri6tote, tient aussi une bonne^ place dans l'œuvre de l'Apôtre PauL II faut le croire, du moins, car c'est en se fondant sur Tautorité de Paul qu'un ministre des environs de New- York fulmine contre les femmes assez hardies pour venir à son office sans chapeau. La femme sans chapeau est une offense à la majesté divine. Evidemment, Eve a été chassée du Paradis parce qu'elle n'avait pas de chapeau.
A Verona (N. J.), la Young People's Society of Christian Endeavor ayant ouvert un concours pour la garniture des chapeaux de femmes, c'est le Rev. Sholten Bissel, pasteur de la Congregational Church qui a remporté le prix. Il pourra coiffer les paroisisiennes de son confrère.
Certains sermons produisent des résultats immédiatement palpables. Au Gospel-;TabernacIe, à New-York, en deux meetings, tenus le môme dimanche pour la propagation du christianisme chez les païens, le Rev. A. B. Simpson, président de la Missionary Alliance, a récolté 300. 78Q (rancs. Le seul office du matin avait rapporté 272.380 francs. Les assistants électrisés criaient : Hallelujah I liailelujah! éclataient en sanglots et signaient des chèques.
D'autres congrégations sont moins édifiantes. A Union Mills (Ind.), aucun ministre ne peut subsister, parce qu'un pasteur en retraite, le Rév. Smith, familier dans la localité, accapare les marîagcs et les enterrements; toute l'éloquence des nouveaux venus échoue contre ce monopole. A Port-Richmond (Staten IsL), le Rév. William Harrisson est en
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guerre avec ses ouailles ; il ne veut pas quitter la place avant d'avoir leçu l'arriéré de son salaire; il monte en chaire et déclare : « Le nom de cette église est une puanteur aux narines de la communauté. » Le conseil de fabrique l'interrompt tumultueusement : « Arrêtez ! Arrêtez ! Calmez-vous ! Tenez-vous convenablement dans la maison de Dieu! » Et Ton va chercher la police.
A Reading (Penns.), le Rév. S. R. Bridonbaugh, pastuur de la Reformed Church, comptant parmi ses fidèles le célèbre président Baer, du Reading R. R., voit annuler, pour cause de captation, avec des considérants sévères, un testament fait en sa faveur par une riche paroissienne.
A Poughkeepsie (N.-Y.), le Rév. Thomas Neal, annonce qu'il a eu un songe, comme Nabuchodonosor ou le Pharaon ; il a rêvé qu'il y avait des gisements de pétrole près de Millerton ; il lance une compagnie et recueille de nombreuses souscriptions pour exploiter ces sources de richesse; 5ar malheur, au milieu de l'affaire, les journaux écouvrent et publient que le Rév. Neal avait déjà eu un rêve de ce genre dans une autre ville et que les souscripteurs n'ont jamais entendu reparler de leur argent.
Nous avons, nous, nos Rosemberg !
A Saint-Paul's Church, Bronx Borough^ lesmarguilliers voudraient se débarrasser du recteur, le Rév. Franklin N. Strader. Mais le recteur refuse obstinément sa démission; il assure que l'hostilité de sa paroisse vient de la jalousie des autres femmes contre son épouse, qui est Irop jolie. Quand il fut placé à la tête de la congrégation, il était célibataire; toutes les mères de filles a marier lui firent un charmant accueil; il est allé chercher femme hors de son propre troupeau : et voilà la guerre
allumée. Les mères et les filles boycottent Samt- Paul's Church.
Ces tribulations de l'homme de Dieu dans son ménage sont un des caractères les plus singuliers du monde américain, pour le voyageur qui vient d'un pays catholique. Aux Etats-Unis, les jeunes pasteurs sont très recherchés en mariage dans les petites villes industrielles ou agricoles ; le pasteur est le seul homme qui ait les mains blanches, un air grave, une certaine éducation ; son oisiveté et ses lunettes d*or en imposent aux familles ; la jeune fille qui épouse le curé de l'endroit acquiert tout de suite un droit de préséance sur les autres; elle participe au prestige divin ; elle est enviée de ses compagnes... Aussi, dans les Universités, l'école de théologie est toujours fréquentée par un grand nombre d'étudiants. Elle est dotée sur le fonds commun avec prodigalité.
A Chicago, j'ai entendu les débuts d'un jeune ministre Iraîchement marié. Il avait l'air d'un mauvais petit écolier; sa petite femme, très gentille, assise au premier rang des fidèles, buvait ses paroles. Ils étaient dans la lune de miel. En sortant du lit, ce boy venait donner des conseils d'une gravité bouflFonne, sur la conscience, la vertu, le sens de la vie, k cinq cents personnes qui auraient dû lui tirer les oreilles et qui Técoutalent d'un air soumis. Les prêtres catholiques équivalents se dé-
Suisent du moins de manière à sembler des êlros 'une autre espèce ; quand ils viennent nous parler au nom de la divinité, ils n'ont point passé la nuit avec une jeune temme ; ou nous ne le savons pas. Ce dimanche-là, j'ai eu envie de me laire catholique. Cela n'a pas duré longtemps, d'ailleurs ; et cela m'aurait passé, en tout cas, à mon retour dans la belle France^
Non seulement on se marie dans le clergé protestant, mais on se remarie, et on épouse de belles fortunes. L'évêque épiscopal de New- York, Right Rcv. Henry Potter, s'était marié en 1857, à sa sortie de l'Université ; sa femme est morte en 1901 ; il est âgé de soixante-sept ans; sans perdre de temps, il vient d'épouser une de ses paroissiennes, Mme Alfred Corning Clark, à qui un premier mari a laissé une fortune de 175 millions de francs. Quelques mois avant de conduire la veuve k Tautel, Tévêque Potier a posé la première pierre d*une chapelle de 5u0.000 francs (East Sl^t street.), dédiée k la mémoire de feu Altred C. Clark. 11 lui devait bien cette politesse.
11 est Impossible d'énumérer toutes les sectes religieuses qui se sont développées ou se fondent quotidiennement sur le territoire des Etats-Unis. Le diable lui-même y renoncerait. Les documents les plus sûrs énumèrent, par ordre alphabétique : 6 sectes de l'église Adventiste, 1 • église Arménienne, 13 sectes Baptistes, 7 sectes de Brethren (Frères en Christ), 5 espèces de catholiques, 8 sectes communistes, 1 église congrégationallste, 4 espèces de Dunkards, 2 d'Episcopaliens, 4 d'Evangéliques, 5 d'Amis, 2 églises grecques, 2 des saints des Derniers jours (Latter Day Saints), 19 sectes luthériennes, 12 de Memnonites, 17 de Méthodistes, 12 de Presbytériens, 3 de Réformés, plus des Indépendants, Unitaires, Universalistes, Théosophes, Schvv^enkfeldiens, Schwendenborgiens, Christadelphiens, Chrétiens-Catholiques, Disciples du Christ, Chrétiens-Scientistes, la nouvelle Jérusalem, TEglise de Dieu, l'Eglise Triomphante de Schweinfurth, les Juifs, les sectes chinoises et japonaises, et l'immense Armée du Salut.
A New-York — non pas dans tout le greater
New- York, mais seulement dans les trois Boroughs de Manhattan, Bronx et Brooklyn, — on compte parmi les « édifices », 97 églises et chapelles Bap listes, 42 Congre^gationales, 5 Evangéliques, 3 des Disciples du Christ, 2 des Amis, 70 Luthériennes, 126 Méthodistes épiscopales, 10 Alrîcan méthodistes, 117 Presbytériennes, 151 Protestant-Episcopales, 58 Réformées,8 Unitaires, 6 Universalistes, 205 Catholiques, 66 de de diverses sectes et 75 synagogues. Sans compter les lieux de prière de TArmée du Salut.
Dans le pays du business^ une église se crée et s'organise comme une autre entreprise. Au moment de la grève du charbon, quand on craignait de manquer de combustible pendant Thiver, beaucoup de pasteurs ont lancé l'idée d'une association coopérative de chauffage entre les églises. On n'aurait chauffé qu'un petit nombre de sanctuaires, et les fidèles des diverses sectes s'y seraient réunis à tour de rôle.
Le Rév. Geo. E. Littlefield décide de a lancer une église coopérative ». Il vient d'inventer une religion nouvelle, il lui faut un bâtiment pour la prêcher ; il annonce qu'il marchera quand il aura quatre cents souscriptions d'actions. Les fidèles seront à la fois membres d'une coopérative de consommation ; ils consommeront la Bible gratuitement dans l'église et, dans le magasin annexe, ils se procureront toutes les marchandises nécessaires dans un ména^je, « pures, poids et mesures exacts, conformes à 1 échantillon ». Déjà trois cents souscriptions sont assurées ; encore cent et l'on commence.
La plus curieuse de ces entreprises est celle de Dowie, Rév. John Alex. Dowic, Elijah II le Restorer^ gênerai overseer of thc Christian Catholic
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Cliurch in Zion, Cet habile homme a sondé les profondeurs de la naïveté américaine, et il en a tiré une lortunc. Je me déclare totalement incapable d'expliquer sa doctrine; mais j'ai vu de mes yeux a Chicago les magnifiques propriétés foncières qu'elle lui a rapportées. Il a fondé une ville, Zion, où il est maître et seigneur. Il ne veut pas y tolérer les mules, qui sont des animaux impurs. Il taxe ses fîdôles suivant leurs facultés, et les fidèles paient sans observations; ils sont déjà plus de 40.000, conduits par une soixantaine de pasteurs et ils ont édifié cinquante églises. Au mois de juillet, Dowie ayant décrété une Fête des Tabernacles à Shiloh Park, Zion city (Illinois), les compagnies dechemins de fer ont organisé des trains de plaisir à prix réduit (Trains d'excursion pour le service du Sabbat; souper du Seigneur ; billet circulaire, 50 sous).
Venu d'Australie sans un dollar, Dowie est archimillionnaire et prophète. Il a la spécialité de prédire les orages, « chacun desquels est produit par un diable ». Il peut d'ailleurs arrêter la pluie. Ayant vu, un samedi soir, des nuages épais au firmament, alors qu'il avait besoin de beau temps pour sa représentation du dimanche, « il informa le Tout-Puissant qu'il trouvait que la région avait assez de pluie comme ça, et qu'il voulait avoir un peu de temps sec ». Le Tout-Puissant ne se le fit pas dire deux fois : le dimanche fut magnifique.
Le plus drôle c'est que les Américains, qui fournissent des millions à Dowie, regardent les nègres de l'Afrique centrale comme des sauvages : sous prétexte que ces pauvres gens croient aux sorciers conjurateurs de la pluie et de la grêle.
Le dernier succès de Dowie est la conversion de Herbert H. Booth, fils du général en chef de la Salvation Army Cette capture ne rapportera pas
au nouvel Elijah autant d'argent que la conversion de l'Anglais Samuel Stevenson, auquel il soutira plusieurs millions; mais elle est un joli coup de dilettante : embrigader dans sa propre boutique les enfants du concurrent, quel triomphe]... Quelques semaines plus tard, John Alex. Dowie lançait un emprunt de la Christian Catholic Church, par coupures de 5 dollars, portant intérêt à 6 7^,. Les affaires sont la religion américaine, et la religion américaine est une affaire... Mais au fait, chez nous aussi !
La Christian Science, qui rappellerait en France l'histoire du zouave guérisseur Jacob, est en Amérique une église qui gagne tous les jours du terrain. Elle a pour fondatrice et pour chef une femme, la Rév. Mary Baker G. Eddy. Elle est en butte a beaucoup de railleries et aux imprécations de quelques pasteurs. Mais elle compte déjà 12.000 ministres, environ 600 églises, 75 Instituts. Elle rayonne à l'étranger. Elle a son siège principal h Boston (Mass.) La Rév. Mary B.-G. Eddy se dérobe aux visites et aux correspondances importunes, mais elle pousse son entreprise aussi habilement que John A. Dowie, de Zion. Elle prend les titres de Président of the Massachusetts metaphysical Collège j et dePastor of the first established Church of Christ, En sept ans, elle a reçu et instruit 4.000 disciples dans son collège. Elle est en train de recueillir deux millions de dollars pour agrandir son église de Boston.
La oase de la Christian science est le Liçre des Textes^ rédigé par Mme Eddy : Science et Santé^ avec une cU par les Ecritures, J'en ai pris connaissance à la maison mère de Boston, dans un volume du 239® mille. Et l'éditeur tire sans relâche de nouveaux exemplaires. On lit en tête : « Vous con-
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naîtrez la vérité et la vérîté vous rendra libre » (Jean, VIII, 32). Et cette vérité libératrice, Shakespeare Ta exprimée ainsi :
« Il n'y a rien ou de bon ou de mauvais ; c'est le penser qui le fait tel ».
Dans son livre, dans des ouvrages ultérieurs, dans des publications hebdomadaires et mensuelles qui ont une circulation considérable, la Rév. Eddy explique que la souflTrancc n'existe pas. Ce quo nous appelons maladie, infirmité, souflrance, n'est que la peur de souffrir, la croyance que nous pouvons souffrir, que nous allons souffrir. Persuadezvous bien que vous ne pouvez pas souffrir : aussitôt la souffrance disparait. La santé est le sentiment de rirréalilé de la douleur ou de la maladie. L'homme a été fait à l'image et a la ressemblance de Dieu. Or, Dieu est un pur esprit. L'imagé et la ressemblance d'un pur esprit ne peut être matière. Donc, l'homme n'est pas matière; il est esprit. Dieu est esprit, Dieu est tout ; donc, tout est esprit. Le corps et les sens ne sont que des illusions. Dieu a tout lait; il n'a pu (aire le mal et la souffrance ; donc le mal et la souffrance sont des illusions, des erreurs.
M me Eddy n'a jamais lu ces choses dans les rêveries des philosophes qui s'escriment depuis six mille ans, ou soixante mille ans, à connaître l'inconnaissable. Mais elle a trouvé dans la Bible même la justitication de chacune de ses propositions. Alors^ si la Bible est de l'affaire, le lancement doit réussir : en effet, la Christian Science réunit déjà, aux Etats- Unis, plus d'un million de fidèles.
Dans Science et Santé, plusieurs passages ont une analogie frappante avec les meilleures pages de la Réalité du Monde sensible. Le théologien français a copié Mother Eddy, Mais il n'a encore
guéri personne ; tandis que Mother Eddy prouve
{)ar des attestations signées qu'elle guérit toutes es maladies, « y compris l'insanité » ; rend la vue aux aveugles et l'ouïe aux sourds ; « elle allonge les membres raccourcis et redresse les épines dorsales tordues ». Elle guérit même les chevaux : un de ses collaborateurs a guéri un cheval boiteux à New-York; une de ses disciples a a rendu l'appétit, la force et la vitesse» à Lord Vincent (quadrupède), trotteur victorieux dans les plu9 importantes courses du pays. Les vétérinaires et les médecins, qui pullulent aux Etats-Unis, et qui ne trouvent pas bon de perdre un million de clients, commencent à regarder d'un très mauvais œil Mme Mary Baker Eddy.
Deux institutions considérables, la Salvation Army et la Young Men's Chiistian Association, appartiendraient à la présente étude par leur caractère religieux. Mais, en vérité, ce caractère religieux semble secondaire à côté du caractère philanthropique de l'œuvre acco uplie. Nous retrouverons les soldats du général Booth et les Y.M.C. A. dans un autre chapitre.
La Franc-Maçonnerie, si inofFensive et pourtant si exécrée de l'Eglise catholique en Europe, n'est pas animée de l'esprit antireligieux aux Etats-Unis. A Cambridge (Mass.), la Young Women's Christian Association a son siège dans le Temple maçonnique*
L'antisémitisme n'a pas encore pénétré aux Etats- Unis. Quelques journaux satiriques et quelques Musics-Halls commencent à peine à lancer contre les Juiis des accusations et des insinuations. Ils n'éveillent point de colère dans le public. Les Etats-Unis renferment plus d'un million d'Israélites ; dans TEast Side de New- York, il existe une
grande ville juive avec ses théâtres parlloullers, ses journaux en langue hébraïque, et des établissements de bienfaisance et d'éducation d'une activité exemplaire. Il y a, en grand nombre, d'opulents magasins israélites dans Broadway; mais le prolétariat juif de TEast-Side est, de beaucoup, le plus misérable des Etats-Unis. Nous n'avons rien de pareil en France. Quelques-uns des Juifs, riches et influents, adoptent déjà la honteuse tactique des Arthur Meyer et des Pollak français. Ils renient leur race et leurs frères persécutés. Ils feignent une grande admiration pour les prélats catholiques, Ireland, Gibbons, Spalding. Ils disent : « Nous ne voulons pas résister. Notre race s'est conservée jusqu'ici en courbant le dos. Nous continuons ».
La place de la religion dans la vie américaine étant très large, le nombre des ministres de toutes sectes étant considérable, et leur zèle constamment soutenu par la concurrence, il faut savoir quel rôle jouera le clergé dans les prochaines luîtes sociales.
Dans un article important sur la Démocraiie et V Eglise, au mois d'octobre. Miss Vida D. Scudder, professeur à Wcllcsley Collège, recherchait si « l'Eglise chrétienne est, quant à présent, adaptée à un type démocratique ». Elle concluait négativement. En Europe, bien entendu, l'Eglise est regardée partout comme le rempart des classes privilégiées. Mais en Amérique aussi, « quoique libre de la dépendance de 1 Etat, elle réalise une forme encore plus dangereuse de subordination aux pouvoirs de ce monde ».
Ce qu'un labor leader traduisait en termes expressifs :
J'en suis bien fâché pour les ministres. La plupart son* vraiment de braves gens. Ils savent ce que Christ a voulu dire, et ils aimeraient sûrement à le prêcher, s'ils osaient.
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Mais, Seigneur, eommcnt le pourraient-ils ? Il faut qa'ik gagnent leurs salaires ; ils ont leurs familles à nourrir.
Tous les malti-milHonnaîres sont des gens pieux; ils fréquentent régulièrement l'église de leur paroisse, construisent des chapelles, subventionnent le clergé, fondent ou dotent des écoles de théologie dans les Universités, donnent largement à la quête, entretiennent toutes sortes d'établissements charitables administrés par les pasteurs, leurs femmes et leurs filles. Miss Vida D. Scudder observait :
Il est difficile de voir comment on pourrait Téviter ; et, dans un sens, personne n'est à blâmer. Aussi longtemps que durera cet état de choses, le travailleur regardera instinctivement l'Eglise comme une annexe des classes privilégiées. La Religion, dans son esprit, apparaîtra trop souvent comme nn luxe du riche qui, non content des biens de ce monde, cherche à prendre une hypothèque sur ceux du monde advenir. En fait, Téloignement que les classes ouvrières ressentent pour le Christianisme organisé est un truisme discuté ad nauseam.
Cependant, la Coal Strike a divisé le clergé protestant. La munificence des millionnaires ne peut satisfaire tous les prédicateurs. Ils sont trop. En conséquence, leursw voix ont été discordantes au cours de la crise.
Ceux qui connaissent les bienfaits du capitalisme ont été fort durs pour les mineurs. L'un, à Boston, a déclaré que : « Il n'y a pas sur terre de despotisme plus écrasant que celui des Labor Unions ».
Le Rev. Charles L. Meade, pasteur méthodiste épiscopal à Hoboken, ayant passé ses vacances parmi les grévistes de Pennsylvanie, témoignait que Texcessive prospérité des travailleurs avait seule rendu la grève possible :
Les minenrs ne sont pas du tout dans l'état pitoyable qu'on décrit. Ils ont des maisons confortables, bien meublées, et de la bonne nourriture en abondance. Quelquesuns sont propriétaires, non seulement de la maison qu'ils habitent, mais d'autres maisons qu'ils louent. Les moins prévoyants sont pourvus d'argent par leur organisation corporative. Ils ont tout le charbon qu'ils veulent.
Je ne suis pas contre l'organisation du travail : mais à condition qu'elle n'abuse pas de ses droits et pouvoirs. Le travail organisé n'a pas le droit d'empêcher par la force ceux qui veulent travailler ; et les mineurs l'ont fait, en certains cas, avec la dernière brutalité.
Un autre pasteur de la First Methodist Epîscopal Church, le Rev. Franklin, dénonçait les Lahor Unions comme la source de tout le mal :
Il est déplorable qu'une organisation spontanée et irresponsable s'arroge le droit de dicter les termes et conditions sous lesquelles les hommes travailleront. Accordez ce droit à toute organisation dans le pays, et vous faites de votre gouvernement un tas de vieux ustensiles hors d'usage.
Vous êtes en face d'une question nettement tranchée : qui est-ce qui gouvernera ce pays-ci, des Ui.îons ouvrières ou du peuple ?
Le même langage était tenu au même moment par le Rev. Francis H. Powley, de la Baptist Church.
Mais d'autres chaires laissaient tomber sur le public un peu effaré des paroles menaçantes à l'adresse du capitalisme. A Providence, le Rev. Benjamin De Costa conseillait aux honnêtes gens de ne pas s'alarmer des troubles sociaux, parce que : « De l'agitation sociale vient souvent le bien de la société ». Et il accablait de son mépris les multimillionnaires de Nevsr-Port :
Tn^fn*^^ 5?t^ ^^""^ P*» ^* société. Quand les 400, sur 7U millions d hommes, prétendent constituer la société ils
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sont grotesques. Si les 400 étaient la socîdté, ce serait une société déplorable.
New-Port est une mascarade, agrémentée de divorce.
Le Rev. Louis Banks, à Gruçe M. F. Church (New-York), prédisait de graves cvcnements :
Nous sommes sur le penchant de rabîme. Les pauvres paient 25 sous une pelletée de charbon, et bientôt ils ne pourront plus en avoir à aucun prix. Nous allons vile à fabriquer l'histoire !
L'été dernier, nous avions les émeutes de la viande. Mais cet hiver,. les émeutes du charbon feront paraître bien insignifiants les autres désordres. La famine et le froid sont les plus grands anarchistes du monde.
L'évêque Samuel Fallows, de Chicago, cfaît délégué par un comité de secours aux mineurs, pour faire une enquête sur place en Pennsylvanie. Il envoyait des correspondances à plusieurs journaux qui soutenaient les grévistes. Il disait de la grève :
C'est une belle bataille de principes que livrent les mineurs. Et elle ne peut être comparée, pour l'énergie du désespoir, qu*à la lutte soutenue par les Boers. Je n*ai jamais vu des hommes plus déterminés. Je n'ai jamais connu de résolution plus profonde de ne pas céder, quoi qu'il en puisse coûter.
Le Rev. J. J. Curren affirmait que cette conjoncture était la plus grave qui se fût présentée pour la nation américaine depuis la fin de la Civil War. Et le Rev. Geo Littlefield s'écriait :
Qui est le grand meneur, la puissance de notre époque ? Est-ce Morgan? Non. Lui et ceux de son espèce ne sont pas les types de l'homme du xx® siècle. Le Mane, Tkecel, Phares a été écrit pour eux.
La Ploutocratie a eu sa chance et elle a perdu. Elle a été si stupide dans sa cupidité, qu'elle a manqué Toecasion d'exercer son pouvoir pour le bien-être de l'homme, plutôt
que pour rentassement de l'argent. Alors Morgan et les autres, avec leur système d'égoïsme, sont condarnués. La nouvelle humanité suit son nouveau guide, qui est plus grand que tous les rois, despotes et usurpateurs.
Nous avons enfimté et conduit presque à maturité un maître complexe, et son nom est : « le Travailleur • — le prince qui est le Peuple!... Et ce prince, ce puissant, le travailleur, aura son église, une communauté convenable pour l'instruire, le former, l'inspirer — une église adaptée à cet âge de république coopérative.
Dans un meeting spécial de pasteurs, Tun d'entre eux, le Rev. Snodgrass, de Plainfield, ayant paru favorable a la cause des patrons, les autres publièrent aussitôt qu'il comptait un des propriétaires de mines parmi ses paroissiens. Et le Rev, Upham apostropha les patrons en ces termes :
Il me semble que leur résolution d'écraser toutes les Unions de mineurs, de les broyer sur le sol, de leur interdire toute connaissance des affaires dans lesquelles ils sont si essentiellement intéressés, montre les patrons sous un jour d'ingratitude. N'ont-ils point le sentiment de ce qu'ils doivent aux hommes qui les ont aidés à amasser les grandes fortunes qui leur assurent une telle puissance dans le monde ?
N'ont- ils aucQne pensée pour les milliers, pour les millions de pauvres de la grande cité qui va être jetée dans de terribles souffrances par la famine du charbon? N'ont-ils pas conscience du spectacle qu'ils se préparent ? de la mort décimant les femmes, les enfants, les pauvres — de la misère, de la dégradation, de la mort parmi les femmes et les enfants des mineurs qu'ils exploitent ?
Le Rev. Geo. L. Perin (Universalist) accuse les propriétaires de mines d'être les agents d'anarchie les plus actifs aux Etats-Unis :
Après avoir fomenté le mécontentement à force d'injustice et de tyrannie, ils ont l'effronterie de suggérer au Président des Etats-Unis qu'il devrait employer l'armée nationale sur
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les terrains des mines, pour fusiller les hommes qui ne veulent pas travailler aux conditions fixées par eux !
Le Rev. Herbert S. Johnson (Baptîst) juge que la question réelle se pose en ces termes : « Qui est le propriétaire des mines? » Il observe que les compagnies n'exploitent les mines que grâce à la protection du public, et que l'existence même du public dépend de leur bonne exploitation. Donc : a En définitive, la propriété des mines revient au peuple ».
Le Rev Edwards E. Haie écrit dans une lettre publique ;
La grève hâte la véritable solutioa. Et celte solullon c'est le contrôle et la propriété effective des mines par rStat de Pennsylvanie ou, en définitive, parla Nation.
Dans nn gouvernement républicain, il n'est pas possible^ comme il n'est pas juste, que 20 hommes ou 50.000 hommes se rendent maîtres d'une ressource que le bon Dieu a don^ née pour Thumanité.
Or, le a bon Dieu » n'a pas donné seulement le charbon pour Thumanîté. Il a donné tout le domaine et toutes les richesses terrestres.
En aboutissant k la solution collectiviste pour le charbon, le Rev. Halle y aboutit fatalement pour le reste.
Le Rev. Charles H. Parkhust, de New- York, déclare sans ambages :
Il n'est pas prudent pour le capital de s'arroger un pouvoir sans limites, et d'en user contre le travail ; car aussi sûrement que le capital persiste dans la détermination d'écraser les masses, le peuple se lèvera et écrasera pour Jamais lé capital.
Le pouvoir du peuple est grand. Le peuple ne s'en rend guère compte. Mais si les trusts continuent de Topprimer, il s'éveillera bientôt à l'idée de sa force.
Le capital n'est pas en situation d^ignorer le travail ; et les trusts découvriront qu'il vaut beaucoup mieux pour eux rencontrer le peuple sur le terrain de la conciliation.
Aussi sûrement que l'oppression du peuple eontinue, aussi sûrement les peuples auront recours à la rude et vieille manière d'afOrmer leurs droits.
Je veux dire qu'il faudra probablement une révolution .
Le Rev. Brady, de Tamacjua (Penn.) fait entendre, sur le théâtre même de la grève, des paroles également significatives. Après avoir voué à l'exécration les hommes qui, sur l'injonction des trusts^ ont donné aux troupes de la République une consigne de meurtre contre les ouvriers, il ajoute :
Un grand principe est en jeu, un principe égal en impor^. tance à celui pour lequel nos pères ont lutté noblement aux jours de la Révolution, un principe pour la défense duquel les hommes ont marché dans des mers de sang sous l'immortel Washington ! Un principe pour lequel le noble Lincoln est tombé !
Il semble que tous nos patriotes sont morts. Tous, depuis le Président jusqu'en bas, semblent être contre vous. N'y a-t-il plus de main levée pour défendre le brave ? N'y a-t-il plus de Washington ou de Lincoln pour venir à la rescousse ?
Où sont maintenant nos représentants, nos sénateurs, nos gens du Congrès ? On a dépensé les dollars par dizaine de mille pour les élire. Ils ont été élus pour le bien du peuple. Où sont-ils maintenant?
Le gouverneur de Pennsylvanie, aux ordres des trusts, envoie des troupes avec la consigne : « Tirez à tuer ». Pourquoi ne pas envoyer à la place une honnête commission d'enquête ? Pourquoi, en dernier ressort, ne pas confisquer la propriété des mines ? L'Etat n'y a-t-il pas un droit de domaine émincnt?
Où est même votre Président de la République ? L'autre jour, il a dit qu'il n'y avait pas de lois au sujet des trusts. Il y a des lois supérieures. Morgan est-il roi ? Evidemment le roi ne connaît pas de loi. Faut-il que le Président de la République s'aigenouille et qu'il prie le Hoi Morgan de faire quelques légères concessions aux mineurs ?
Roosevelt, président de nom f Morgan, président de fait !
Grande et glorieuse République ! Etait-ce pour une liberté de cette espèce que les patriotes ont versé leur sang et qu'il? sont morts ? Camarades, tenez bon vos fusils ! Combattez jusqu'à la mort. Qu'importe si vous, vos femmes et vos enfants vous mourez de faim ? Un grand principe est en jeu, vous ne pouvez mourir pour une plus noble cause.
Donnez-moi la liberté ou donnez-moi la mort !
Aussi sûr que le soleil est aux cieux, votre cause triomphera. La situation paraît sombre et triste aujourd'hui. Mais la vérité et la justice sont comme le soleil dans le ciel. Elles peuvent être un moment obscurcies par les nuages, mais seulement pour briller ensuite avec plus dMclat que jamais. Que la virilité inspire nos actions, ô Dieu I
Ne laissons pas les complots devenir des lois.
Ne permettons pas que la coalition de la richesse écrase le pauvre dans sa lutte.
Car nous insulterions à la mémoire de nos morts, et nous ferions croire que nous ne sommes pas dignes de la liberté !
Voilà un langage qu'on n'entend pas dans les églises de l'Europe, où tous les clergés, sans distinction de secte, sont les instruments dociles des castes réactionnaires, les ennemis-nés du peuple, les instigateurs et auxiliaires de tous les crimes contre la démocratie.
On a vu toutefois qu'il y avait eu scission dans les rangs du clergé protestant.
Le Clergé catholique n'a pas eu d'hésitation. Avec un ensemble dont le public américain ne veut connaître ni les causes ni la signification, 1 es prêtres catholiques ont pris parti pour les mineurs. . ,
La question catholique, aux Etats-Unis, est d'un extrême intérêt. Le péril catholique y sera redoutable avant peu d'années.
Quand on exprime cette pensée devant un Américain protestant, il rit bruyamment, il hausse les épaules, il pooli-poohs avec mépris. Il répond — 6 il daigne répondre — que les catholiques de son
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pays sont animés du véritable esprit républicain, qu'ils n'ont aucun fanatisme religieux, qu'ils sont une minorité infime : ils n'ont ni le dessein ni les moyens de troubler la société américaine.
Bien. Ce qui va suivre sera donc jugé absurde par le public américain, mais intéressera sans doute le public français, instruit par Texpérience.
L'Eglise romaine, qui comptait aux Etats-Unis 44.500 adeptes en 1790, en compte aujourd'hui douze millions, ou même davantage. La population totale est vingt fois plus nombreuse qu'à cette époque ; la population catholique, trois cent fois plus nombreuse. Encore faudrait-il y ajouter maintenant six millions et demi de catholiques aux Philippines, un million de catholiques à Porto-Rico, sans compter 1.800.000 catholiques à Cuba, puisque Cuba est indépendante.
Le territoire de la République renferme 1 cardinal, 17 archevêques, 81 évêques, administrant 82 diocèses et 5 vicariats apostoliques, près de 11.000 églises, plus de 5.000 chapelles desservies par 12.500 prêtres. Il y a 81 séminaires catholiques, 163 collèges de garçons, 629 collèges de filles, 3.400 écoles paroissiales, 250 orphelinats et près d'un millier d'institutions diverses.
Dans les principaux centres, l'Université catholique se dresse en rivale de TUniversité protestante. Les propriétés foncières du clergé et des congrégations catholiques sont immenses. A New- York, à Chicago, à San-Francisco, à Saint-Louis, à Washington, à Baltimore, j'ai constaté dç mes yeux ce que j'avais appris pour le reste du territoire par les statistiques. Des cathédrales, des basiliques du Sacré-Cœur, des Collèges de Saint- Ignace, des couvents de toutes sortes de moines (dispensés du froc et vêtus comme les pasteurs)
s'élèvent au milieu de quartiers qui appartiennent en entier à l'Eglise romaine. A New- York, dans trois boroughs seulement, il y a 205 églises catholiques pour une masse agglomérée de 1.200.000 fidèles.
Dans la seule ville de Baltimore, ou dans les environs, je note au passage : le Collège du Mont Sainte-Agnes, pour les jeunes filles, tenu par les sœurs de la Miséricorde, fondé en 1867, doté de la personnalité civile par la législature de Maryland en 1890, et se ramifiant dans une ligue du Sacré- Cœur de Jésus, une société de Tlmmaculée-Conception de la Sainte- Vierge Marie, une Confrérie des Saints-Anges, une Confrérie de la Sainte-Enfance, une Confrérie du Saint-Rosaire, un Cercle de St- Thomas d'Aquin, un Cercle de Sainte-Agnès ; — l'Académie du mont de Sales, dirigée par les sœurs de la Visitation, pour les jeunes filles ; — le Collège de Saint-Charles, pour les jeunes cens, dirigé par les membres de la Société de Saint-Sulpice, et qui a déjà fourni 1.100 prêtres aux Etats-Unis ; — le séminaire de Sainte-Marie, également dirigé par la Société de Saint-Sulpice ; il forme exclusivement de jeunes prêtres, ayant transmis ses autres catégories d'élèves aux P. P. Jésuites du Loyola Collège ; — le Collège de Notre-Dame de Maryland, pour les femmes, tenu par les sœurs de Notre-Dame et qui, par habileté de propagande, attire même les élèves des autres confessions ; — une Université catholique ou Ecole des sciences sacrées, Faculté de théologie, etc., etc.
Baltimore est le siège de l'archevêque-primat, cardinal Gibbons ; et la cathédrale est une curiosité du genre laid : un mélange monstrueux de temples grecs et de mosquées turques. A l'intérieur, des confessionnaux à deux faces, avec ces deux inscriptions qu'on trouve aussi dans nos
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gares : « Hommes » — « Femmes » — (for men — For women).
Comme je passais à Saint-Louis, on posait la première pierre d'une nouvelle Basilique du Sacré-Cœur, et les cérémonies se déroulaient en plein air :
Les membres de toutes les sociétés catholiques de Saint- Louis ont pris p«irt à la parade. Un des groupes principaux se composait de 20 garçons et filles de la paroisse du Sacré- Cœur, portant des fleurs et des drapeaux. Les petites ûlles étaient liabillées en blanc.
Les membres des sociétés rattachées aux églises de Saint- Henri, Sainte-Marie, Saint-Patrick et Sacré-Cœur, dans l'est Saint-Louis, et à l'église de Sainte-Elisabeth, à Winstaulcy, se sont réunis à leurs églises respectives et se sont rendus à l'église de Saiut-Patrick (sixième avenue), où le cortège se formait. A la tète de la procession marchait l'orchestre de l'église Saint-Henri.
Le contingent du Sacré-Cœur, fort de 500 membres, avait la place d'honneur à la parade. Il était suivi des voitures qui portaient les prêtres et l'évêque Jansen.
Une plate-forme avait été édidée sur les fondations de l'église inachevée ; aussitôt que le cortège arriva, l'évcifue et ses prêtres, en robes flottantes, prirent leurs places et la cérémonie commença.
Apres la cérémonie, le Rev. Père Thomas A. O. Malley, de l'Université de Saint-Louis, fut présenté à l'assistance et lit un discours très éloquent.
A noter : les Etats-Unis fournissent au denier de Saint-Pierre de Rome plus, à eux seuls, que tous les pays catholiques ensemble.
Pendant que j'étais k Chicago, l'archevêque catholique, Patrick A. Feehan, mourut subitement d'une attaque d'apoplexie. Il avait la réputation d'un homme d'afi'aires extrêmement habile. Les feuilles catholiques, très prudentes, avouaient que les propriétés de Tarchevêché catholique de Chicago valent au moins 75 millions, plus 25 millions
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Îlour le reste du diocèse, en tout 100 millions de rancs. II y a 95 circonscriptions de cette espèce dans le pays. Le diocèse de Chicag'o renferme 300 églises, 400 prêtres, cinq à six cent mille catholiques de- toute origine, et des écoles qui contiennent plus de 60.000 enfants. La fortune privée de M. Patriet A. Feehan était estimée entre trois et cinq millions de francs, pour les biens immobiliers seulement. Ses amis en attribuaient la source à des spéculations heureuses, basées sur une « connaissance intime des changements de valeur dans la propriété foncière de la ville ». Le confessionnal fournit d'utiles indications en ces matières, comme en beaucoup d'autres.
L'archevêque John J. Keans, de Dubuque (lowa), s'est avisé le premier de l'inconvénient qu'il y avait à laisser voir son clergé en possession de scandaleuses richesses. 11 a décidé de confier à des hommes de paille laïques l'administration des biens ecclésiastiques. L'attention sera moins éveillée sur l'accaparement progressif de l'Eglise. On prévoit que cet exemple oe prudence aura de nombreux imitateurs dans les autres diocèses.
Deux événements, à peu d'intervalle, ont pu ouvrir les yeux à quelques rares citoyens des Etats- Unis $ur la question catholique : l'affaire des Philippines et la grève de Pennsylvanie.
Alors que les ministres protestants se divisaient entre le parti des grévistes et le parti des capitalistes, le clergé catnolique marchait tout d'un bloc pour les grévistes. Sa situation étant tout l'opposé de celle qu'il occupe en Europe, il adopte une politique tout opposée. La politique de l'Eglise catholique est essentiellement opportuniste.
Aux Etats-Unis, la population catholique est la plus basse partie de la nation j elle comprend les
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immigrants irlandais, polonais, italiens, de la catégorie la plus pauvre ; elle se grossit aussi des immigrants^ canadiens, qui sont entre les mains du curé de leur paroisse aussi absolument que leurs aïeux au xvii* siècle. Jusqu'à nouvel ordre, la politique catholique aux Etats-Unis est donc et restera démagogique.
L'Eglise catholique d'Amérique semble prête à reprendre la vraie tradition des premiers Pères, des évèques de l'âge héroïque, qui étaient les anarchistes de leur temps et qui se dépensaient en déclamations ardentes contre les riches.
Il y a de magnifiques rôles k jouer auprès de la plèbe irlandaise, italienne et polonaise, pour un moderne Chrysostome, pour un nouveau Savonarole. Cette population misérable est aussi, par son tempérament, la plus inflammable. L'idée religieuse a beaucoup d'importance aux Etats-Unis. Quelque prêtres qui auraient de l'ambition et du tempérament pourraient y entreprendre des choses curieuses.
Chez nous, il y a incompatibilité entre le mou« vementsocialiste ou révolutionnaire et le mouvement catholique. Les Etats-Unis sont le terrain unique et merveilleux où l'on peut allier la religion et la révolution. Le clergé catholique en aura peut-être la compréhension.
A Wilkesbarre (Pa), au cœur même de la grève, ce furent trois prêtres catholiques, Father F. Brady, de St Jérè^me s'Church (Tamaqua), Father M. Cannam, de St Joseph s'Church (Summithill), Father Morton, de St Mary s'Church (Coadale), qui prirent l'initiative d'une protestation contre la présence des soldats.
Je ne crois pas qu'on ait attaché de sens, en Amérique, au fait que John Mitchell, « le Bona-
parte des mineurs » {Boston Globe), est catholique, fils d'Irlandais catholique et secondé par deux Irlandais catholiques. Le Frater John F. Power, qui Ta marié, est toujours le directeur de conscience de sa famille. Son fils aîné Richard, enfant de chœur à l'église voisine, est élevé pour devenir prêtre catholique.
La Fédération des Sociétés catholiques des Etals- Unis a adressé une pétition au Président Roosevelt pour le prier de terminer la grève. Le Président Roosevelt était, d'autre part, invité par les patrons à désigner un clergpaan dans la commission d'arbitrage. Quel clergymana choisi M. Roosevelt, Président d'une nation de 70 millions de protestants ? Il a choisi un évêque catholique.
John Lancaster Spaldîng, évêque catholique de Feoria (Illinois), arbitre national entre le capital et le travail, est assurément un personnage remarquable. Il est parvenu à l'épiscopat à l'âge de 37 ans, il y a un quart de siècle. Il se vante de descendre de la fameuse maison de Lancastre. Educateur renommé, poète, essayiste, il fut le principal fondateur de l'Université catholique à Washington, pour laquelle il tira 300.000 dollars d'une de ses ouailles, Miss Caldwell. Il a été nommé en 1902, honoris causa, Doctor of Laws de Columbia Université.
J'ai pu le contempler de près, à Chicago, dans une réception donnée en son honneur par les étudiants catholiques, et dans TofFice religieux où il est venu prêcher, devant un auditoire protestant, au chant des hymnes protestantes. C'est une figure de prêtre vraiment intéressante. La parole ferme, élégante, prudente, sortait d'une bouche terrible. Le prélat catholique célébrait la vie, le devoir de vivre d'une vie large et complète, de rendre la vie
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plus large et plus ii:*tnse pour tous les hommes , il disait que la vie la plus intense est le moyen le plus vrai de nous rendre semblables à Dieu; sa doctrine était l'antithèse de la doctrine de ténèbres et de mort que nous entendons prêcher par ses conirères dans le Vieux-Monde ; il me semblait, à l'écouter, que je pourrais être évêque catholique aux Etats-Unis, et que les évêques catholiques de ce pays sentiraient le fagot en Europe... C'est la suprême habileté de l'Eglise romaine, que d'adopter sa grimace et son langage à tous les milieux.
Depuis lors, l'évêque de reoria, présenté par le siège archiépiscopal de Chicago, a été écarté par Léon XIII à cause de sa hautaine indépendance. S'il y avait un grand peintre aux Etats-Unis, les générations prochaines viendraient frissonner, au musée du Central Park, devant la redoutable physionomie de John Lancaster Spalding.
L'autre événement capital est l'affaire des Philippines.
En 1776, le gouvernement des Etats-Unis naissant refusait au Pape la nomination oiEcielle d'un seul prélat; aujourd'hui il y en a une centaine sur le territoire. En 1776, le gouvernement des Etats- Unis refusait en quelque sorte de savoir ce que c'était que le Saint-Siège ; maintenant, il envoie au Vatican des ambassadeurs.
Bien entendu, le gouvernement de Washington a déclaré que la mission de Juge Taft, gouverneur des Philippines, n'avait aucun caractère diplomatique. Cette attitude puérile ne résiste pas à l'examen. V Independent a justement observé que :
Le jnge Taft a été muni de lettres de créance et d*an message autographe du Président Roosevelt à Léon XIII, exactement comme M. Wihitelaw Reid pour le couronnement du roi Edouard VII, ou comme lord Denbigh, l'envoyé spécial
d'Angleterre qui, comme le juge Taft, a félicite le pape a Toccasion de son Jubilé.
L'envoyé américain semblait même être plus quelosdpu^ autres un envoyé spécial, car il avait un présent de M. Roosevelt pour le pape, consistant dans la collection des œuvres littéraires (I) du premier; et les instructions qu'il avait reçues du secrétaire d'Etat Root se terminaient en ces termes :
tf Toute assistance que vous pouvez désirer, tant de la part des offi<5Îers du gouvernement civil que de la pari des chefs militaires pour remplir les devoirs ci-dessus prescrits (négociations avec le Vatican), d'une manière satisfaisante vous sera fournie. »
Il est hors de question qu'aucun ambassadeur on envoyé extraordinaire n'a des pouvoirs pareils.
En outre, une fois à Rome, le gouverneur Taft crut de son devoir d'être le premier à rendre visite aux ambassadeurs de France. d'Autriche,^ d'Espagne, et de Portugal, accrédités auprès du Saint-Siège, se mettant sur le pied d'égalité avec «tux.
Il s'agissait, on se fe rappelle, de régler la question des Congrégations aux Philippines.
Les indigènes, qui avaient cruellement souffert de la tyrannie, de la cupidité, de la férocité des moines depuis l'arrivée des Espagnols, demandaient à leurs « libérateurs » américains de les délivrer d'abord de cette peste. La tâche était aisée, si le peuple américain avait été véritablement le peuple protestant qu'il croit être, si réellement iLn'y avait pas eu de question catholique et de puissance catholique aux Etats-Unis.
Mais les catholiques des Etats-Unis commencerent à s'agiter. L'archevêque de Saint-Paul, John Ireland, qui avait été regardé comme le leader préféré des catholiques américains et qui leur avait toujours donné des conseils de prudence, les exhorta de son mieux à la neutralité. Dans sa ca* thédrale de Saint-Paul, le 3 août, il prononça un
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sermon retentissant pour leur recommander la sagesse ; il les adjura de s'en rapporter au gouvernement dé la République pour sauvegarder les intérêts de TEglise ; il leur montra qu'il serait dangereux d'inquiéter l'opinion publique, et de révéler Pexistence d'une communauté catholique fortement unie, formant un bloc formidable au sein de la nation américaine.
Qui doute que, dix ans plus t6t, ces avis eussent été docilement -écoutés ? En 1902, ils furent méprisés.
La Fédération américaine des Sociétés catholiques tenait à ce moment précis une grande convention à Chicago. Le discours de l'archevêque Ireland y fut lu, commenté ; l'évêque Me Faul, de Trenton, y répondit par une attaque furieuse contre l'administration américaine aux Philippines ; il accusa l'armée américaine d'avoir brûlé et pillé les églises catholiques, et l'administration américaine d expulser les moines par fanatisme protestant, pour assurer aux instituteurs protestants le monopole de l'enseignement. Le 7 août, en réponse au manifeste de l'évêque Ireland, la Convention adressa au Président Roosevelt une sommation d'avoir a a remplir son devoir sous la Constitution et les lois », pour garantir les droits personnels et la propriété — des moines — aux Philippines.
C'est-à-dire que les catholiques des Etats-Unis se sentent assez forts pour laisser de côté la diplomatie. Les habiletés de l'évêque Ireland étaient bonnes autrefois. Maintenant le temps est venu où l'on peut parler haut et se faire écouter. La conduite du Président Roosevelt dans rafTaîre des Philippines prouva sur-le-champ que la convention de Chicago avait raison ,• M. Roosevelt devait le prouver encore par la nomination de l'évêque Spal-
ding à la commission d'arbitrage, en dérision du haut clergé protestant.
Les Américains n'imaginent pas à quel point les journaux des Etats-Unis subissent la pression catholique. Toutes les nouvelles, par exemple, relatives aux affaires religieuses de Fiance, présentent la situation selon les intérêts de l'Eglise .
Ayant fait, dans quelques grandes villes, des conférences ou j'expliquais de tout autre façon le» périls de notre démocratie et les mesures anodines que prenait alors le ministre Combes contre les Congrégations rebelles, je fus averti par mes confrères, les journalistes américains, que leurs comptes-rendus ne pourraient mentionner cette partie de mon discours. Le reste était résumé fidèlement. Mais les journaux, les grands et puissants journaux américains, n osaient pas reproduire, même sans en prendre la responsabilité, une attaque contre TEglise romaine.
En toute occasion, la presse américaine ménage la clientèle catholique ; et principalement à New- York, où elle représente 1.200.000 lecteurs.
Ces lecteurs ménagés par les journaux sont en même temps des électeurs ménagés par les politiciens. Entre le parti Démocrate et le parti Républicain, qui se serrent de près, le parti catholique organisé pourra décider de la victoire, et la faire payer cher au vainqueur. En général, les catholi-
aues sont inléodés au parti démocrate : la politique u président Roosevelt en plusieurs occasions annonce que son parti veut offrir une surenchère. Dans la plupart des grandes villes, la j-eunesse catholique est non seulement unie dans des associations et dans des clubs particuliers, mais elle est embrigadée et encadrée militairement. A San Francisco, par exemple, où la faction catholique est
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redoiilablc, elle fait parader une véritable armée, par bataillons et compagnies, avec uniforme militaire et sabre au côté. Les fusils sont quelque part.
Il faut toujours avoir présent à l'esprit ce fait que l'immigration actuelle vient des pays càtholi-
3ues. Les Irlandais, par leur verbosité naturelle, cviennent tout de suile des meneurs de foule. Ils ont le fanatisme de nos chouans. La plupart des servantes sont Irlandaises et leurs gages, de 25 & 30 dollars par mois, passent presque intégralement dans la caisse du curé catholique.
L'Eglise catholique a trouvé un moyen génial de grossir dans des proportions énormes son trésor de guerre. Elle élève, dresse et jette sur l'Amérique déjeunes aristocrates français, italiens, allemands catholiques ; les titres ou les blasons plus on moins authentiques de ces chasseurs de dot captif vent les jeunes filles des milliardaires ; non seu« lement ces jeunes personnes apportent ainsi dans le camp ennemi les ressources prélevées sur le labeur de la démocratie protestante, mais elles se convertissent au catholicisme pour avoir le plaisir d'être mariées dans une cathédrale historique, par un évêque ou un cardinal, au milieu des pompes théâtrales et moyen-âgeuses de l'Eglise romaine... Faire la guerre au protestantisme et à la démocratie avec les millions d'une République protestante : double satislaction pour Rome !
Les Américains à qui l'on tâche d'ouvrir les yeux sur cette situation répondent invariablement : que les catholiques des Etats-Unis ne sont pas fanatiques comme ceux d'Europe, mais très libéraux ; que les catholiques des Etals-Unis sont une faible minorité ; que les catholiques des Etats-Unis sont patriotes.
Or, les catholiques américaîns sont libéraux parce qu'ils sont une minorité. Toutes les minorités sont libérales, tolérantes, généreuses. Par malheur, dans tous les temps et dans tous les pays où la minorité catholique est devenue majorité, elle a versé le sang à flots, ramené la barbarie, éteint toute fécondité, inoculé à la nation des germes de mort. L'Histoire est là.
Les catholiques sont une minorité aux Etats- Unis, oui ; mais ils sont une minorité homogène, organisée, disciplinée. Ils forment ou formeront bientôt un bloc solide au milieu d'une poussière de sectes protestantes.
Quand il y aura une armée de 15 à 20 millions de catholiques ainsi liés par une foi tyrannique, soumis au régime du confessional, livrés à la volonté de leurs prêtres « comme le bâton dans la main du vieillard », et dirigés par quelques cerveaux de hauts jésuites, ils feront de belle besogne. Ils sont le plus bas élément delà nation, c'est vrai ; mais au suffrage universel, une brute vaut Newton ; l'ignorance et la stupidité sont les meilleures garanties de l'obéissance aveugle. Supposez 15 a 20 millions de fanatiques menés par une demi-douzaine d'évêques Spalding ; et vous verrez ce qui restera de la liberté américaine.
Mais les*catholiques américains sont des patriotes, ils ne trahiraient pas leur patrie d'adoption ! C'est entendu. Parce qu'on apprend l'anglais dans les écoles à ces Irlandais, Hongrois, Polonais, Italiens, Canadiens, on les métamorphose radicalement.
Mais où sont-ils, les hommes qui trahissent leur patrie ?
On ne trahit jamais la patrie. C'est toujours avec ridée de la servir qu'on la livre et qu'on la détruit.
Les Emigrés français, au temps de la Révolution, voulaient sauver leur patrie par le moyen des bayonnettes étrangères. Les catholiques français d'aujourd'hui veulent sauver leur patrie en la mettant sous le joug bienfaisant des moines.
C'est par patriotisme que les Espagnols ont maintenu jusque dans le xix' siècle l'Inquisilion qui a tué l'Espagne.
Ce sera pour le bien et pour le salut de la République américaine que les catholiques y feront sentir la volonté de Rome.
LA QUESTION MIUTAIRE
Un dimanche, je suis allé à West-Point, qui est le Saint-Cyr des Etats-Unis.
Les élèves-officiers ou cadets sont désignés par le sénateur de leur Etat, par les corps représentatifs de leur district ou de leur Territoire, ou par le Président de la République. L'Ecole reçoit aussi un certain nombre d'élèves étrangers de l'Amérique du Sud. Les jeunes gens entrent à West- Point vers l'âge de dix-huit ans ; ils y restent quatre ans, soumis a une discipline assez stricte ; mais ils ne passent point par le rang ; ils deviennent chefs sans.jamais avoir été soldats, comme la moitié des nôtres. Ils reçoivent une solde de 540 dollars par an,
L'Eoole est bâtie sur un petit palier des hautes falaises qui bordent l'Hudson. Le paysage est admirable, tel qu'on en voit sur les bords de la Meuse ou du Rhin. Un détour du fleuve ouvre deux horizons de collines boisées. Le cimetière de West- Point, isolé sur un promontoire, est un des plus jolis endroits où l'on puisse rêver de vivre ; et les personnages qu'on y a logés sont doublement incapables d'en goûter la poésie, comme militaires et comme trépassés.
A la parade du dimanche, les compagnies manœuvrent et défilent devant le commandant de
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l'école et devant un public d'élégantes visiteuses L'uniforme date d'un siècle ; rhanit à petites basques, le double baudrier croisé sur la poitrine, le haut shako à plumet rigide sont tout à lait archaïques et pittoresques. Sanglés, cambrés, bombés, les cadets s'appliquent à marcher roides sous l'œil admiratif de leurs sœurs, cousines ou amies. Â ce moment^ ils étaient fiers des éloges que Guillaume II, attentit à louer tout le monde, venait de faire aux envoyés américains pendant les manœuvres de l'armée allemande.
On sent que, avec un peu de pratique, ces jeunes hommes d'un pays libre pourront devenir aussi étrangers à la vie naturelle, aussi affectés, aussi insolents, aussi ridicules — en un mot : aussi militaires "-- que leurs confrères européens. Pour comble, le War Office américain vient de s'assurer la collaboration d'une douzaine d'instructeurs anglais tirés d'Aldershot et prêtés par le War- Office anglais... Après la guerre du Transvaal ce choix s'imposait.
En regardant parader les futurs officiers de West-Point, je me demandais quel rôle ils joueront dans la vie nationale. Y aura-t-il une question militaire aux Etats-Unis? le militarisme y serat-il un danger ?
Le seul énoncé de cette hypothèse fait hausser les épaules a tout Américain « raisonnable ». Il est bien entendu qu'il ne peut pas y avoir plus de péril militariste que de danger catholique ou de solution socialiste.
Quand un jeune homme a vingt ans, qu'il déborde de force et de santé, qu'il est riche, plein d'appétits, d'ambitions, de confiance, allez donc lui prédire qu'il sentira un jour ou l'autre la maladie et les infirmités ! Il vous rira au nez. Il voit bien
que tous les antres hommes deviennent infirmes ou malades, qu'ils s'affaiblissent en vieillissant, qu'ils paraissent porter en eux le germe de maux communs ; mais il ne croit pas que cette destinée puisse être la sienne. Il sent que sa vigueur est inépuisable, ses muscles indomptables et ses organes invulnérables.
Tel est actuellement le peuple américain. Heureux peuple !
Au Presidio de San-Francisco, où s'exercent 2.000 recrues, le sergent Rupp, ayant blasphémé en donnant un ordre à un soldat, est traduit devant un conseil de discipline (summary court martial), cassé de son grade (reduced to the ranks) condamné a trois mois de travaux publics (hard labor) et à 30 dollars d'amende. N'est-ce pas édifiant ? Oui. Mais aussitôt, de sa propre autorité, le colonel Ch. A. Coolidge a fait grâce au sous-officier 5 n'est-ce pas suggestif?
On connaît Fhistoire de la capitulation de Manille. L'amiral Dev^^ey a déposé devant la commission du Sénat : ce II y avait un arrangement précis entre moi et le gouverneur espagnol, pour la capitulation de la ville. On n'aurait pas tiré un coup de canon sans le désir exprès du gouverneur : il dit que son honneur demandait que l'on tirât quelques coups. En conséquence je dus tirer, tuer un petit nombre de personnes. Mais les Espagnols ne tirèrent pas parce que je les avais avertis de ne pas le faire ». L'attitude du gouverneur espagnol est bien militaire. Il ne demande qu'à capituler, mais il faut qu'on tue d'abord quelques habitants -de la ville « pour son honneur ». Il ne lui vient pas à l'idée de se faire tuer lui-même.
Au retour de cette glorieuse victoire, l'amiral Dewey connut des triomphes comme pouvaient en
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avoir à Rome les Césars da bas-empire. Toute la République fut en délire, et le délire de New- York surpassa celui de toute la République, L'entrée de Tamiral Dewey dans la métropole égala Ventrée d'Alexandre à Babylone. L'amiral Dewey pouvait prétendre à tout... s'il n'avait froissé la reconnaissance nationale par des procédés trop impertinents. Mais les promotions nombreuses décernées pour « héroïsme déployé à la prise de Manille » demeurèrent acquises à leurs titulaires. Les vainqueurs de Manille restent les héros nationaux.
La prise de Manille fut suivie de la conquête des Philippines. Le monde en connaît quelques incidents. Les militaires firent ce que font tous les militaires en pareil cas, ce que font les militaires français dans toute rAfrique, ce qu*ont fait les militaires de toutes nations européennes en Chine. Les enquêtes et documents oificiels constatent qu'on pratiqua le système des oaœps de concentration, qu'on acheva des blessés, qu'on massacra des prisonniers, qu'on détruisit villes et villages pour organiser la disette, qu'on soumit les indigènes à la torture de l'eau, baptisée vtmter^curt par manière de plaisanterie. Dans la seule ile de Luzon> 600.000 Philippins disparurent sous la bayonnette de leurs « libérateurs », ou par Fellct de la famine. Des généraux ordonnèrent expressément l'extermination des adultes ce au<^dessus de dix ans x».
En présence de oes révéiationa appuyées de preuves criantes, il fallait ce faire quelque chose ». Comme toujours, on décida de sacrifier un bouc émissaire» le brigadier général Jacob H. Smith, qui n'avait fait ni plus ni moins que ses camarades. Le procès-verbal du conseil de guerre qui examina son cas constate qu'il avait donné à ses subor-
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donnes les instructions suivantes : a Je ne veux pas de prisonniers. Je vous invite à tuer et brûler. Plus vous tuerez et brûlerez, plus vous me serez agréables ».
Le Major Waller, de Tinfanterie coloniale, déposa qu'il avait reçu de son chef Tordre suivant : « Tuez et brûlez. Plus vous tuei^ez, plus vous me serez agréables. Faites de Samar un désert hurlant. Tout indigène, en armes ou non, sera traité comme ennemi, jusqu'à ce qu'il ait donné des preuves concluantes qu'il est notre ami )>.
En d'autres termes : tuez tous les indigènes qui ne trahiront pas leurs frères. C'est tout à fait la morale de nos militaires qui appellent « traître, rebelle, pirate », etc., quiconque défend son pays contre eux. Le Major Waller demanda quel âge devait servir de limite pour la tuerie. Le général Smith répondit : « Au-dessus de dix ans. »
Le conseil de guerre, saisi de la cause par le
Souvernement, après avoir certifié tous les crimes e l'accusé, observa que Washington avait donné, en 1779, des instructions analogues au général Sullivan, contre les six nations indiennes. Et il prononça que le général Smith devait recevoir (c un blâme ». Le Secretary of War, M. Elihu Root, s'associa aces conclusions dérisoires. Le Président Roosevelt, usant de sa prérogative, ordonna la mise à la retraite de M. Smith*
La décision du Président Roosevelt nous paraît très méritoire, quand nous considérons les absolutions et les félicitations enthousiastes que le gouvernement et le Parlement français ont toujours décernées à nos officiers du Soudan, de Madagascar, d'Indo-Chine, de Chine, convaincus des forfaits les plus atroces. Mats nous étudions ici l'esprit public américain. Il faut donc retenir que la sentence du
conseil de guerre était un défi audacieux à la conscience humaine ; que le général Smith seul fut inquiété parmi vingt criminels ; que la majeure partie de la presse prit la défense de Tarmée, exactement comme nos militaristes français ; et que la majeure partie de la presse correspond nécessairement à la majeure partie de la nation.
^Tous les € patriotes » de plume volèrent à la défense des intrépides officiers, comme chez nous à la défense des brigands nationaux ou des faussaires de l'affaire Dreyfus. Ils disaient, comme chez nous : c Nous ne pouvons pas croire que des officiers portant l'uniforme de notre armée, sous le drapeau de notre patrie, aient commis de pareils actes. Donc, nous tenons pour avéré qu'ils ne les ont pas commis ».
D'autres niaient purement et simplement, et disaient : « Les accusateurs ont menti. » Les cadavres philippins étaient loin. D'autres reconnaissaient les faits comme exacts, mais les déclaraient dignes de louanges : « C'est la guerre ; nos admi- -ra&les soldats n'en ont pas encore fait assez ; ils n'ont qu'un défaut : l'excès de douceur et de générosité ; ils sont trop chevaleresques avec le vaincu ; la water-cure est un passe-temps inoffensif. Tout le monde sait que l'armée américaine est l'élite de la nation américaine, ce qu'il y a de plus intelligent et de plus pur dans la population» Il n'y a que des gens de Boston, de méprisables humanitaires, des philanthropes ridicules, des Pantouflards, qui osent calomnier ces héros », Ils conseillaient au Secretary of War de ne pas s'occuper de ces « vagues » dénonciations et de laisser « le silence et le temps » faire leur besogne. Ils ajoutaient : « En vérité, les anti-impérialistes se sont rendus aussi négligeables que les anti-vaccinatio-
nîstes ou les anti-vivîsectionîstes ». La trouvaille était heu refuse de comparer à la vivisection le traitement subi par les Philippins.
Enfin, on s'en prenait aux victimes. C'est les Philippins qui avaient commencé. « Et ce peuple est si méprisable qu'il ne mérite aucune pitié. Quand les braves soldats américains du général Smith et du major Waller demandaient aux mères l'âge de leurs enfants, pour tuer ceux qui avaient plus de dix ans, les mères mentaient avec effronterie. Comment ose-t-on, pour l'amour de telles créatures, entacher l'honneur des guerriers ? »
La politique s'en mêla vite. Les Républicains 8*écrièrent : « Il n'y a que les Démocrates qui soient capables de calomnier ainsi notre admirable armée » . Les Démocrates furent obligés de répondre : « On nous fait injure; nous aimons notre admirable armée plus que qui que ce soit ». Laissez faire les politiciens et leur surenchère, et vous verrez le parti que les militaires en tireront. La France l'a éprouvé ; le parti républicain, et les partis monarchistes ont voulu rivaliser d'amour pour l'admiriable armée; ils ont tâché de donner à l'envi aux états-majors tout ce qu'ils réclamaient et d'organiser systématiquement le silence autour des crimes militaires. En conséquence, depuis trente ans, l'admirable armée
f)ille tranquillement les colonies, pille le budget de a métropole, tient le pouvoir civil en échec sur toutes les questions, viole toutes les lois nationales, «t tente tous les dix ans de fonder une dictature militaire.
Mais l'expérience d'une nation ne peut pas plus servir à une autre nation que l'expérience d'un individu à un autre individu.
Les Etats-Unis n'ont pas une histoire militaire très longue ni très compliquée. Cependant, sur
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beaucoup de places publiques, dans tous les parcs, on volt des statues de guertiefs, avec des bottes, des sabres, des éperons, a pied dans des poses héroïques ou sur des chevaux cabrés. Ce sont des monuments de la War of the Rébellion. Puisque la paix est faite et la réconciliation sincère, pourquoi <^es souvenirs de haine ?
A Washington, on montre avec orgueil la liste des pensions militaires qui est en effet formidable. Il y a des Soldiers-Homes un peu partout. Les villes et les villages qui ne peuvent pas découvrir dans leurs archives locales le nom dun officier de la Civil War élèvent un monument vague : « Aux soldats ! )) On constitue des musées avec aes trophées a bon marché de la guerre indienne ou de îa guerre espagnole. On croit à l'existence des «secrets militaires », et on prend des précautions pour cacher les forts, les batteries de c6te, les canons : ce qui est un des symptômes les moins équivoques de la folie militariste.
Le personnage le plus vénéré dans les Etats* Unis est Napoléon. Les portraits, les bustes de Napoléon abondent partout, en plus grande quant té que les portraits et les reliques de Washington. On élève les enfants dans le culte du prodigieux bandit. Les vieillards jouent aux soldats, dans leurs organisations de « Vétérans », dans les parades et les manifestations de la « Grand Army of the Republic ». Les hommes et les jeunes gens jouent imx soldats dans leurs innombrables associations, iomaie les chevaliers de Pythias, qui étaient Venus de toute l'Amérique donner des représentations jnîlitaires a San-Francisco au mois d*aoùt. Los enîants jouent aux soldats dans toutes sortes d'éco!?/< et collèges « militaires »,
Les journaux sont remplis par les réclames de
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ces établissements. D&ns un seul numéro de~ ma-
fazine, voici vingt-<inq annonces de « Military chools, Military academieS| Military instUutes », avec des fusils et des canons pour emblèmes, et des devises de ce genre s
— An arîstocracy of çcntlemcB J
The discipline of military life instilla principles of faonpr.
Military diacipline tempered wîtli the honor aystem.
Ourpony battery» ai tbe Pan American and ai the N. Y. Military tonrnement, was a star attraction.
Que cent collèges de cette espèce infectent pendant dix ans une génération de jeunes gens — alors que d'autres phénomènes se développent parallèlement — et vous verrez le résultat. Si le malheur voulait qu'une guerre éclatât jamais entre les Etats^ Unis et une puissance européenne autre que la pauvre Espagne, il y aurait une terrible crise de militarisme sur le pays. La stupidité du public européen, qui avait paru attribuer quelques chances aux Espagnols, permet aux Américains de croire qu'ils ont remporté un grand succès. Un autre conflit, quelle qu'en fût l'issue, exaspérerait le sentiment belliqueux. Vainqueurs ou vaincus, les Etats-Unis tourneraient du côté de la guerre leur formidable activité et leurs formidables ressources. Ce serait un désastre inouï pour l'humanité entière.
Durant Tété de 1902, la presse et le public amé* ricains ont suivi avec attention les manœuvres combinées de l'armée et de la flotte, sur la côle de l'Atlantique. Ces exercices ont donné lieu exactementaux mêmes incidents et aux mêmes conclusions que les exercices analogues en Europe. Ainsi, au moment psychologique, alors que la flotte était
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prête a frapper un coup décisif, que les équipages et les jeunes oQiciers frémissaient d'émotion, Taniiral Higginson, commandant en chef, fit signaler : oc Les commandants de bâtiment à bord du vaisseauamiral », Les chaloupes furent mises à la mer promptement, et les capitaines des vaisseaux volèrent sur le Kearsage pour apprendre la combinaison géniale que l'amiral venait certainement d'imaginer. L'amiral Higginson voulait seulement leur donner l'ordre d'arrêter Topéralion et de venir à son bord servir de figurants pour une réception qu'il offrait à Consuelo-Vanderbîlt-Marlborough, a Notre » Duchesse, et à quelques évaporées de sa compagnie.
On ne pourra pas dire, en France, que les amiraux américains ne sont pas à la hauteur des ami-* raux français, qui font de nos cuirassés des salles de bal pour toutes les petites dames de la « Côte d'Azur)). Ces vieux loups de mer se ressemblent dans toutes les marines. Et les budgets militaires servent partout aux mêmes usages.
L'enseignement technique recueilli des manœuvres fut ce qu'il est toujours : les gens de mer déclarèrent que leur succès était complet, qu'ils avaient écrasé la défense des côtes et poursuivi sans obstacles les opérations d'un débarquement ; les gens de terre affirmèrent que leur triomphe était certain, qu'ils avaient empêché tout débarquement et anéanti la Hotte. Les arbitres furent conspués de part et d'autre. Comme chez nous.
Un indice très alarmant est l'attitude des femmes. En Europe, c'est pour porter un unilorme séducteur et pour enlever l'admiration des femmes que les jeunes gens de vingt ans se font militaires profcssiounels. L'uniforme est le moyen de conquérir tous les cœurs et une forte dot. Le jour où les
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femmes d'Europe manifesteraient un unanime dégoût pour la profession dô meurtrier, il deviendrait impossible de recruter dix officiers. Pour la même raison, en Amérique, il dépendra des toutes-puissantes femmes d'étouffer ou de propager la peste militariste.
Or, je vois encore la physionomie indignée d'une dame américaine qui interrogeait un jeune cocher d'Yellowstone Park sur son admiration pour les cavaliers réguliers, gardiens du lieu. Le boy cracha sa chique avec dégoût et répondit : ce Un soldat, c'est un peu moins qu'un chien jaune ». La dame fut sur le pctint d'avoir une attaque.
Quand le lieutenant de vaisseau Richmond P. Hobson revint de Cuba, il lut embrassé par des milliers et des nulliers de ladies et de girls. S'il avait pu demander, comme elles, 10.000 dollars de dommages pour chaque ce tentative de baiser », il serait fabuleusement riche. On fut obligé de l'envoyer aux Philippines, pour le sauver. L'été dernier, revenu en congé, il prenait un bain dnns le Mississipi, quand une jeune fille l'aperçut du pont d'un yacht et l'interpella i
— Si je tombais à Teau, capitaine Hobson, viendriez-vcus à mon secours?
— Mais certainement !
A ces mots, la jeune fille pique une tête. Le .marin plonge et la ramène dilBcilement, à moitié noyée. On la rappelle à la vie; elle est heureuse. Eh bien, nos plus dévergondées sectatiices du pantalon rouge ne sont pas militaristes à ce point-là.
La ville de Wictsburg va élever un monument militaire à la mémoire des soldats tués naguère
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SOUS SCS murs. Quel sculpteur obtient la commande 1^ Une lemiïie de vingt-neuf ans, Mme Théo R. Kitson, dont le projet emporte tous les suffrages par son allure martiale. On aime k croire que U modèle lut M. Kitson
A Syracuse, une partie des jeunes filles se sont formées en' compagnies de volontaires; elles font Texercice du fusil comme des soldats ; elles vont au tir ; elles ont des uniformes de grande tenue et de petite tenue, des képis, des bottes, des jupes courtes ; leurs offîcières sont en culottes, en dolman, en casque... Quelques extravagances isolées ne prouvent rien? Sans doute. Mais -ce sont des symptômes. Et tout dépend des femmes, de Teducation qu'elles donnent aux enfants, des goûts qu'elles affichent devant les jeunes gens.
Dans les villes de garnison des Etats-Unis <— (qui sont rares, larmée étant très peu nombreuse et très dispersée) — on assiste à peu près aux mêmes scènes qu en Europe.
Les soldats ne sont pas des jeunes gens de toutes les classes, comme sur le vieux continent ; ce sont des engagés volontaires, comme dans la Grande-Bretagne : c'est-à-dire les garçons qui ne se sont pas senti le courage ou la capacité de gagner leur vie dans une profession honnête. Ils ont le même aspect que les soldats anglais et font saillir leurs formes de la même façon ; comme eux, ils ont les cheveux longs^ pommadés, collés sur le front ; comme eux, ils se promènent le soir avec des <( bonnes » qui pourraient être leurs mères et qui leur rendent la vie confortable.
Ils ont le même mépris de la loi civile et des autorités civiles que chez nous. Il ne leur manque encore que le nombre. Au mois de septembre, à San-Francisco, la police voulut arrêter- quelques
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soldats dans un tripot ; d'autres soldats accoururent pour délivrer les j rlsoniiîers, et attaquèrent les policemen à coups de bâton, à coups de pierres. C'est ce que nous voyons continuellement à Cherbourg, a Brest, à Toulon. La seule différence est que nos soldats portent des sabres ou des baïonnettes, pour tuer plus commodément le civil, tandis que les soldats américains n'ont pas d'armes hors de la caserne.
 SpringBeld (Illin.), des iantassins de la milice (national guardsmen) sont arrêtés parce qu^ils s'a musent à lapider les aiguilleurs du chemin de fer ; d'autres, parce qu'ils se promènent sans pantalons (20 sept.).  Shenandoah (Penns.), le soir de solde, les militaires ivres se répandent dans la ville, insultent les femmes et les jeunes iilies ; on les arrête ; les autres vont rosser la police. Le Congres a supprimé par une loi la cantine militaire, pour resti*eindre l'ivrognerie ; le général Funstou, célèbre aussi par ses exploits aux Philippines, se plaint que cette mesure augmente le nombre des déseiieurs... Les effets de la vie militaire sont partout identiques.
Le Président Roosevelt sera l'un des facteurs du mal. Il aflecte des allures martiales. Il se fait peindre en héros « sensationnel » sur les champs de bataille : nous l'avons contemplé au Salon de peinture, à Paris. Pour arbitrer la grève de Pennsylvanie, entre les mineurs et les propriétaires des mines, il a nommé dans la commission un général en retraite, M. John M. Wilson, U. S. A., ancien directeur du génie. Même chez nous, dans les périodes les plus aiguèsdu militarisme, on n'aurait p»s ridée d*aller chercher une vieille « culotte de peau » pour résoudre un problème économic^uc. Aux Etats-Unis, on n'a pas fait d*objectioû.
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Pendant et depuis l'affaire Dreyfus, les Américains ont contemplé la France avec une pitié méprisante, et ils ont répété : « Ce n'est pas aux Eu»cS-Unîs que de telles choses se verront jamais ». Elles se verront aux Etats-Unis à la première occasion ; en voici la preuve.
En dehors des événements romanesques et des complications politiques, l'affaire Dreyfus a consisté dans la résistance du commandement militaire au contrôle de la nation civile. Un procès monstrueux, une condamnation irrégulière avaient eu lieu. La nation exigeait la justification ou l'annulation de la sentence, et d'abord la revision du procès. L'Etat-major a résisté pour beaucoup de raisons particulières, et pour une raison générale qui les résume toutes. La théorie du haut commandement militaire est que les choses de V armée ne regardent pas la nation cwile; l'armée est un Etat dans l'Etat; les milliards de francs qu'on lui octroie deviennent ipso facto \^ propriété des chefs; ils ne doivent de comptes à personne, ni de l'emploi du budget militaire, ni des jugements des tribunaux militaires.
Tel était le fond de la cause : une lutte de prin- •cipe. La Nation contestait et les Etats-majors affirmaient V infaillibilité y V irresponsabilité^ Vinviolabi'* lité du commandement militaire.
Or, voici deux incidents qui révèlent l'état d'esprit des chefs dans l'armée des Etats-Unis.
Au mois d'octobre, à Shenandoah (Penns.), le soldat Wadsworth, en faction, tue d'un coup de fusil un citoyen de la ville, William Durham, qui ne s'était pas arrêté au commandement. Les magistrats de Shenandoah veulent arrêter le meurtrier. Le colonel Hulings leur défend l'accès du quartier, empêche et l'arrestation de Wadsworth et la con-
vocation régulière des autres soldats témoins. Donc, la loi civile et la justice nationale expirent au seuil de la caserne ou du campement militaire.
Au mois de septembre, des vols répétés dans la caserne d'infanterie coloniale, à l'arsenal de Brooklyn, amènent l'arrestation d'un soldat, J. E. Weikman. On fouille sa malle, on y trouve des bijoux et des objets précieux pour une valeur de 250.000 fr. L'homme a fait la dernière expédition de Chine ; cette fortune provenait de ses pillages. Voilà Thonneur de l'armée américaine en jeu : car les Américains se vantent de n'avoir pas pris part aux forfaits des armées alliées en Chine . Les infatigables reporters vont interroger l'un des officiers volés ; il répond : <c Je n'ai rien à dire sur cette affaire ». Le colonel Robert L. Meade répond de même : « Un simple soldat du corps d'infanterie coloniale a été arrêté et sera probablement jugé par une cour martiale. Je ne veux pas donner son nom. Je ne veux pas déclarer la valeur de la propriété privée qu'il a prise. Je ne veux rien dire de plus. Cette affaire est une affaire privée qui ne regarde pas le public ».
Voilà ; affaire militaire, ça ne regarde pas la nation civile, a Nous jugerons comme nous l'entendrons ; nous condamnerons si bon nous semble. Mais nous ne permettrons pas que la nation civile se mêle de nos affaires. Parce que, si nous lui permettions de s'en mêler, elle découvrirait une foule de choses qu'elle n'a pas besoin de savoir. Ce simple vol d'un soldat peut conduire à toutes sortes de révélations sur la campagne de Chine. Cela ne vous regarde pas ».
Eh bien, c est là tout le principe de l'affaire Dreyfus. Vienne une affaire plus grave, on le verra bien. D'abord on verra bien s'il y aura^ aux Etats-
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Unis comme en France, des hommes ponr brîscr la résistance de la caste militaire. Dans l'affaire de Brooklyn, qui promettait d'être si intéressante, les Américains se sont laissé dire par leurs militaires : a Vous ne saurez rien ; cela ne pous regarde pas ». Le péril militariste, pour une République, surgit dès qu'il y a des chefs animés d'un esprit de rébellion, et des soldats capables de suivre ces chefs dans une voie criminelle. L'esprit du commandement dans l'armée américaine est indiqué par les incidents qu'on vient de citer. La qualité morale des soldats dépend de leur mode de recrutement : et celui des Etats-Unis est le plus dangereux à ce point de vue.
D'ailleurs, un garçon de dix-huit à vingt-deux ans qui est affublé d'un uniforme, séparé de la vie civile, dressé à la discipline, esclave de l'alcool et pourvu d'un iusil, n'a pas besoin d^ètre poussé beaucoup pour se servir de ce fusil contré nMmporte qui. A cet âge et dans ces conditions, on tire des coups de fusils pour le simple plaisir de laire du bruit et de montrer son adresse. Et les beaux prétextes ne manquent jamais aux criminels de lèse«nation. C'est toujours au nom de la liberté et de la patrie que les Césars égorgent la patrie et la liberté.
Actuellement Tarmée américaine est peu nombreuse, 60 à 70.000 hommes : noyée par consé- Juent dans une population civile de 77 millions 'habitants. Mais elle grandira.
Elle grandira d'abord sons l'influence du courant impérialiste. La guerre de Cuba, l'annexion de Porto-Rico et des Philippines, ost fait entrer h République américaine dané un engrenage d'où Ton ne sort plus. 11 lui faut une marine de plus en plus forte pour défendre ces nouvelles possessions»
U lui faudra une armée plcis forte pour appuyer sa marine. L'appétit vient en mangeant ; déjà les journaux impérialistes réclament l'annexion d'Haïti, pour avoir l'honneur d'y restaurer la paix, un gouvernement fort et la prospérité : « Les possibilités commerciales et militaires, disent-ils, y sont grandes; et il n*en coûterait pas plus d'argent pour prendre l'île que pour y entretenir un vaisseau de guerre en observation ».
Mais surtout le militarisme se fortifiera et la question militaire se posera à l'occasion delà lutte entre le capital et le travail. Les capitalistes inquiets ieront surgir des complication extérieures afin d'avoir un prétexte d'augmenter l'armée sur laquelle ils comptent à l'intérieur
La grève de Pennsylvanie, si instructive à d'autres égards, éclaire encore ce point admirablement.
Compagnie par compagnie, puis régiment par régiment, le gouvernement a fini par envoyer 10,000 soldats sur le théâtre de la grève. Les conflits n*ont pas été fréquents : les adversaires se trouvaient pour la première fois en présence. Pourtant, un certain ï^oQibrc de mineurs et quelques oiEciers ou soldats ont été tués.
La question est posée. D'un côté, l'armée des ouvriers socialistes. De T&utre côté, l'armée des soldats au service des capitalistes. La coalstrike n'a été qu'une escarmouche. On en a trouvé plus haut ^historique.
• Le président de railroad Baer, avec son admirable précision, a mis le chef de l'Etat au pied du mur. Il lui a intimé que son devoir était d'employer l'armée nationale pour soumettre les ouvriers au droit diçin des propriétaires. Et un journal de New- York, qui passe pour exprimer la pensée des grands financiers, a dit au même moment :
Pendant la résistance armée des Philippines à la souTe* raincté des Etats-Unis, l'avis que cette rébellion et sa barbarie fussent écrasées sans négociations avec les rebelles était presque unirersel dans le public ; et il prévalut. Nous évitâmes 1 humiliation et le préjudice qu'aurait subis notre autorité, si nous avions déféré aux désirs de ceux qui nous bravaient.
Pourquoi le même patriotisme prévoyant, la même loyauté résolue au drapeau et aux droits dont ce drapeau garantit la conservation, n'inspirent-ils pas ceux qui sont intéressés aujourd'hui dans la grève des charbons, officiellement ou autrement?
La Pennsylvanie est dans un état d'anarchie que la force de toute la Milice ne peut dominer. Et cependant, au lieu d'une irrésistible pétition pour la restauration de Tordre et de la loi sans compromis, beaucoup de genç, parmi lesquels des hommes publics de haut rang, font des pourparlers à l'eau de roses (soft) avec les représentants du désordre. Directement ou indirectement, sous forme négative ou positive, quelques-uns même jettent le poids de leur influence dans le plateau ennemi de la balance.
Le fait de chicaner l'autorité de notre loi à l'intérieur du pays est infiniment plus grave que le fait d'y résister dans une contrée lointaine et sauvage comme les Philippines. Là compromission aux Philippines eût été déplorable ; ici, elle serait fatale.
C'est d'une logique parfaite. Les ouvîers grévistes sont rebelles au droit divin du capital («omme les Philippins sont rebelles au droit divin des Etats-Unis. Le même traitement leur est dû : pas de pourparlers ! pas de concessions ! la question de l'eau ! tuez et brûlez 1
Telle fut d'ailleurs à peu près la consigne donnée aux soldats de Pennsylvanie par le brigadier général P. S. Gobin, commandant en chef. La Central Labor Union de Philadelphie somma le
ffouverneur Stone de révoquer ce général, et somma es autorités civiles de le mettre en accusation : « pour avoir menacé la vie des citoyens de l'Elat de Pennsylvanie » et pour avoir a donné l'ordre de
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tuer des citoyens quî, s'ils ont commis un délit, n'en doivent compte que devant le jury ».
Les officiers de Tarmée américaine, sortis de West-Point, ou des rangs,. ou des corps de volontaires, ou simplement de la vie civile, ne forment f)as un corps homogène. Mais les fils des capitaistes finiront peut-être par s'aviser, comme chez nous, qu'il est sage de veiller soi-même à sa défense. Au lieu de aîner avec des singes, ils envahiront la carrière militaire. Il auront sous leurs ordres des soldats qui seront de simples mercenaires Et le capital, alors, sera bien gardé