I^ POLITIQUE LA CORRUPTION
Aux Etats-Unis, au lieu d'ane poussière de factions et de coteries, on trouve de grands partis -organisés, encadrés, dont les cadres et l'organisation subsistent et fonctionnent en permanence. Ils ont leurs comités nationaux, leurs comités d'Etats, leurs comités locaux ; ils sont toujours prêts à la lutte ; tout l'intervalle entre deux élections est consacré à la préparation de la campagne suivante. Les scrutins légaux sont précédés de ce conventions » où chaque parti désigne ses candidats pour tous postes politiques, toutes magistratures, toutes fonctions administratives.
Ainsi, le parti vainqueur arrive avec son personnel homogène, complet. L'inconvénient, c'est que les magistrats ou fonctionnaires improvisés n'ont pas l'expérience de leur charge, et qu'ils en sont quelquefois évincés par de nouvelles élections avant d'avoir appris à l'exercer. L'avantage, c'est que les partis n'ont pas à Redouter les oppositions sourdes et les trahisons des ennemis restés dans la place.
En 1900, la question politique avait porté sur l'impérialisme, sur l'acquisition des îles Philippines et Havai, sur l'orientation nouvelle qui en résultait pour la grande Republique.
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Dans son programme, adopté à Kansas Cily, le Parti démocrate s'exprimait ainsi :
Nous professoas que la Constitalion suit le drapeau, et nous dcnoocoB» la doctrine en vertu <le laquelle le Pouvoir exécutif ou le Congrès, qui dérÏYeut l««r ejdsteace et leurs pouTolrs de la Constitution, pourraient exercer en dehors d'elle une autorité illégale. Nous affirmons qu'aucune nation ne saurait supporter longtemps moitié l'£ffipii*e et moitié la République ; et nous avertissons le peuple américain que rimpériaLUsme au loin conduira promptement et £atalcmeat au despotisme à Tintérieur.
Nous Qondamnoas et dénonçons la politique delà présente administration aux Philippines. Elle a entraîné la Képublique dans une guerre inutile, sacrifié les existences de beaucoup de nos plus nobles fils, et placé les Etais-Unis — . jusqu'ici .connus et applaudis du monde entier comme le ' champion de la liberté — dans la position fausse et antiaméricaine, d^avoir à écraser par la force militaire les efTorts de nos alliés d'hier i>our fonder la liberté et le gouvernement libre.
Les Philippins ne peuvent devenir citoyens sans mettre en péril notre terme de gouvernement, et nous ne sommes pas disposés à sacrifier notre civilisation ou à changer la Republique en Empire. Nous demandons qu'on déclare immcd internent que le dessein de la nation est de donner aux Philippins : d'abord, une forme stable de gouvernement ; ensuite, l'indépendance; enfin, la protection contre toute intrusion étrangère, comme nous l'avons donnée pendant près d un siècle aux républiques de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud.
Le mercantilisme avide qui a dicté la politique de T Administration républicaine aux Philippines tente de la justifier en disant qu'elle rapportera. Mais même cet argument indigne et sordide ne supporte pas l'épreuve des faits.
La guerre d'agression criminelle contre les Philippins, entraînant une dépense annuelle de beaucoup de millions, a déjà coûté plus que ne pourra rapporter tout le commerce des Philippines pendant de longues années À venir. En outre, quaml le commerce est développé aux dépens de la liberté, le prix en est toujours trop élevé.
Dans le programme de Philadelphie^ le parti
républicain^ insistant sur la guerre de Cuba et laissant dans Tombre TaiTaire des Philippines — déclarait de son côté :
Nous endossons l'Administration de William Me Kinley. . .
Ce fut une guerre que nous n'avions pas voulue, à laquelle nous avions résisté. Mais quand elle arriva, le gouvernement américain était prêt. Ses flottes furent mobilisées pour l'action ; ses armées se trouvèrent en campagne ; et le rapide et éclatant triomphe de ses forces, tant sur terre que sur mer, fournit un égal tribut de gloire au courage des soldats et des marins américains, et à Thabileté, à la prévoyance des hommes d'Etat républicains. A dix millions de créatures humaines, fut octroyée alors a une naissance nouvelle à la liberté », et le peuple américain assuma une nouvelle et noble responsabilité.
En acceptant, par le traité de Paris, la juste responsabilité de nos victoires dans la guerre espagnole, le Président et le Sénat ont mérité l'approbation certaine du peuple américain.
Il n'y avait pas d'autre moyen possible de détruire la souveraineté de l'Espague dans les îles de l'Ouest et les Philippines.
Cette conduite a créé notre responsabilité devant le monde, et devant la population inorganique que notre intervention a délivrée de l'Espagne. Nous sommes tenus de pourvoir au maintien de l'ordre et de la. loi, à l'établissement d'un bon gouvernement, à Tobservation des obligations internationales.
Notre autorité ne saurait être moindre que ilotre responsabilité. Partout où s'étendent nos droits souverains, il a été du devoir impérieux de notre gouvernement de maintenir son autorité, d^abattre l'insurrection armée, et de conférer la bénédiction de la liberté et de la civilisation à tous les peuples que nous secourions.
La plus large mesure de gouvernement libre qui puisse se concilier avec leur bonheur et avec notre devoir sera assurée à ce peuple par la loi.
Le Président Me Kinley a conduit les affaires extérieures des Etats-Unis avec l'entière confiance du peuple américain. En nous débarrassant des conditions intolérables d'une alliance européenne pour le gouvernement des lies Samoa, son action a été particulièrement digne d'éloge. En plaçant sous notre contrôle sans partage la plus importante terre du
groupe de Samoa et le meilleur port du Sud Pacifique, il a sauvegardé tous les intérêts américains.
Nous approuvons Tannexiou des Iles Hawa! aux Etats- Unis.
De nouveaux marchés sont nécessaires pour l'excédent sans cesse plus considérable de nos produits agricoles. Il convient de faire tous les efforts pour ouvrir et pour obtenir de nouveaux débouchés, surtotït.en Orient, et nous devons féliciter chaudement l'Adminislration pour ses heureux efforts en vue d'amener toutes les nations commerçantes et colonisatrices à la politique de la porte ouverte en Chine.
A réiectîon présidentielle, le programme et le parti républicains remportèrent par 292 voix contre 155 dans le collège électoral, par 7.207.923 suffrages contre 6.358.133 dans la nation.
La prochaine bataille parait devoir se livrer sur la législation des trusts^ sur le tarif douanier, sur la nationalisation de quelques sources de richesse.
Le trait le plus frappant de la politique est la corruption des politiciens. Les Américaitis font remarquer avec satisfaction que leurs conflits politiques ne laissent pas de rancunes ; que la violence des polémiques électorales est régardée par tout le monde comme une comédie ; que les adversaires de la veille dînent ensemble très cordialement quand le scrutin est passé. Les mêmes mœurs politiques s'acclimatent chez nous et les Américains nous en félicitent volontiers. Il n'y a pas de quoi.
Les politiciens étaient capables de haine quand ils étaient capables d'enthousiasme, et qu'une conviction sincère les animait. Ils se sont humanisés en devenant des farceurs. Ils sont les camarades ou les amis personnels de leurs adversaires politiques, parce qu'ils n'attachent aucune importance à leur
Erofession de foi, parce qu'ils adopteraient aussi ien le programme opposé s'ils lui croyaient plus
de chance. Ils jouent une partie de polîtîmie comme ils joueraient une partie de poker, avec les mêmes procédés, dans le même but, et sans que leur cœur y soit davantage intéressé. L'homme politique ou l'homme d'église accommodant n a pas la foi; il fait un métier.
Des politiciens de cet ordre sont prêts à toutes les corruptions. Puisqu'ils n'exercent pas un apostolat où l'on joue sa tête — mais un métier où l'on gagne de l'argent — l'argent devient l'unique mobile de leurs actions. Pour l'acquérir, ils ne reculent devant rien. Nous l'avons vu en France. Aux Etats-Unis c'est plus wandiose.
Les surenchères électorales ressemblent aux nôtres. Par exemple, la place en tramway électrique coûte 5 sous ; un candidat promet qu'il la fera réduire à 3 sous ; un autre survient, qui offre l'exploitation des tramways par la ville et la circulation gratuite : car il n'y a pas plus de raison pour payer le transport sur terre que le passage de l'eau sur les ponts,
La parade des candidats est plus drôle. Leurs portraits sont collés sur tous les murs, distribués en prospectus, reproduits sur de grandes toiles peintes en travers des rues. On les promène en automobiles, escortés de fanfares. D'autres voyagent avec des chariots et des tentes, comme un cirque forain, à travers leur circonscription. Ils ont à lutter contre la concurrence des attractions voisines. Pendant que M. Northcoot, lieutenant-gouverneur du grand Etat d'IIlinois , prononçait un superbe discours à Springfield, le Labor Day, le signal du départ fut donné dans le voisinage pour une course de mulets. La foule déserta en masse M. Northcoot, qui suspendit son discours et resta presque seul sur l'estrade officielle. Quand les mulets eurent
t>âssé le poteau (winning post), la foule rc\"int, et e lieutenant-gouverneur continua...
L'accusation de corruption, étant toujours vraisemblable, est la plus fréquente. Ainsi le colonel Weygant, de Newburg, accuse ïe gouverneur de TEtat de New- York d'avoir dépouillé des citoyens de leur propriété pour le profit d'une Muchattoes Lake Ice Company dont il serait le principal actionnaire. Et dans son journal la Vérité, organe des contribuables^ le colonel s'écrie : « Est-il vrai que des politiciens professionnels, dirigés par les plus roués (shrewd) des meneurs (bosses), ont systématiquement pillé pendant des années les trésors de TEtat Impérial, ses comtés, ses villes, sans vouloir prêter l'oreille au murmure des contribuables épuisés ? N'en a-t-il pas résulté un accroissement continu de ces riches extorqueurs de salaires, aux mains blanches, aux plastrons garnis de diamants éblouissants, qui n'ont plus que des regards de mépris pour ta masse des honnêtes travailleurs?... »
Quand j'étais à San-Francisco. . . On m'excusera de noter cette coïncidence. Mais tous les scandales que je rappelle ici se déroulaient au moment de mon séjour dans les cités qui en ont souffert. Comme on n'avait pas organisé ces représentalions en mon honneur à San-Francisco, à Chicago, à Saint-Louis, à New-York, à Minneapolis, il faut bien conelure que j'aurais trouvé ailleurs la même situation : e^est>à-dire que cette situation est générale.
Donc, quand j'étais à San-Francisco, la presse entière du parti républicain exécutait le gouverneur républicain de l'Etat de Californie. Cet élu du peuple avait transformé la prison de Saint- ^ Quentin, près de Saa-Francisco, en une caverne
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oïl ses créalnrcs dilapidaient les fonds publics à son profit. Les prisonniers des deux sexes travaillaient pour le compte du Gouverneur et de sa famille, lui fabriquaient des mobiliers, des voilures, des vêtements. Les crédits destinés à la prison étaient dépensés en achats pour la maison du gouverneur. Les faussaires professionnels subissant une peine d'emprisonnement étaient employés ar l'administration à confectionner une comptabiité fausse et de fausses pièces justificatives pour masquer les vols. La presse républicaine tenait k nettoyer son parti du gouverneur indigne, parce qu'elle craignait que son indignité ne lit perdre aux républicains et au Président Roosevelt l'Etat de Californie.
Quand j'étais à New- York, on publiait un relevé de la fortune immobilière (real estate) de quelques agents de police. La police des grandes villes américaines en. général, et de Nevr- York en particulier, est une des institutions les plus curieuses du pays. Les policiers touchent des salaires élevés, des pensions de retraite fastueuses. Un inspecteur quittant le service après trente ans reçoit 8.500 francs de pension. La puissance de ces personnages est incroyable ; ils tiennent à leur merci les cabaretiers (saloon keepers), qui sont les grands agents électoraux ; ils sont donc redoutés et ménagés des politiciens. Si la législation puritaine des Etats-Unis était appliquée, la débauche y serait impossible ; or, tous Ids genres de débauche y fleurissent,par la tolérance rémunérée des policiers.
Dans chaque ville américaine, le quartier des « plaisirs » s'appelle le tenderloin : maisons de jeu, maisons d'opium, maisons de prostitution, maisons d'ivrognerie y pullulent au mépris de la loi; et chaque patron ae cabaret ou de tripot, chaque
fille publique est tributaire de la police. Les ri gueurs de la morale et de rhypocrisie publiques assurent la fortune des policiers. Un agent qui compte vingt-cinqans de services, et qui s'est élevé du grade de simple sergent de ville (patrolman) à celui d'inspecteur, a reçu environ 50.000 dollars de solde. Sur ces 250.000 francs, les policiers de New- York font de telles économies qu'ils se retirent généralement avec un million ou deux; Tété dernier, plusieurs sous-officiers avouaient un pécule de 800.000a 1.500.000 francs; l'inspecteur Me Langhlm quittait ses fonctions avec 4 millions de francs ; un de ses collègues se lamentait dé n'emporter que 3.750.000 francs « parce qu'il avait élevé quatorze enfants ». Leur solidarité contre les gêneurs est aussi redoutable que celle de la Mafia sicilienne. Malheur à qui tenterait de se mêler de leurs affaires ! Ils pratiquent le « passage a tabac » de nos policiers sous le nom de cluohing (bastonnade). Il arrive tjue des malfaiteurs volent une maison entière, y compris la charpente, jusqu'au ras du sol, à quatre blocs d'un poste de police (Brooklyn, 18 sept.); il arrive qu'on assassine trois ou quatre personnes par semaine dans le tenderloin. Mais la police reste intangible. Les municipalités en ont peur.
La seule constatation de fortunes énormes chez les policiers qui prennent leur retraite devrait suffire à les faire arrêter, pour complicité certaine dans vingt-cinq ans de crimes. Pas un journal n'ose commenter le fait; pas une autorité n'ose le sanctionner.
Avec les millions qu'ils ont prélevés sur la débauche, les policiers se font parfois une carrière politique. Dans la dernière campagne électorale de l'Etat de New-York, William S. Devery, ancien chef de la police sous le- règne de Tammany Hall,
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se présentait dans le neuvième district de New- York city ; il incarnait 1© cynisme et la grossièreté ; il s'entourait d'une populace dégoûtante ; il gavait de bière et de bœuf des milliers d'électeurs à la lois ; tous les chenapans qu'il avait jadis couverts de sa protection moyennant tribut lui servaient d'agents électoraux ; il fut élu ; il fit chauffer un train spécial pour aller représenter le peuple newyorkais à la Convention de Saratoga.
Tout le monde sait la provenance de l'argent avec lequel on achète ainsi les suffrages. Mais, quand le parti républicain reproche au parti démocrate son Devery, les démocrates répondent par les noms du boss Platt, du boss Hanna et du sénateur Quay.
A Chicago, je suivis les audiences d'un grand procès de corruption. Des citoyens s'étaient syndiqués pour engager une action contre une compagnie de tramways au sujet de son système de correspondance (transfers). La compagnie pouvait encourir 200 condamnations et supporter des frais énormes. Elle voulut gagner à tout prix la première affaire, qui déciderait du sort des autres. Son avocat réclama un jury. Le juge, comme la loi le prescrit, envoya un policeman réquisitionner les six premiers citoyens venus. Le policeman était corrompu ; il ramena six jurés achetés d'avance. La Compagnie gagna son procès, mais l'indiscrétion d'un juré fit découvrir la fraude. Toute la bande, jurés, policeman, avocats, fut envoyée aux assises.
Les principaux accusés défendaient leur fortune et leur avenir politique en même temps que leur honneur. La lutte fut longue et terrible entre le ministère public et les avocats, qui hurlaient et se démenaient terriblement. Le juge se balançait avec nonchalance dans son rocking-châir, ou disait des
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gentillesses aux spectatrices de sa connaissance. On retournait les témoins sur le gril comme à la torture. A la fin, les accusés furent condamnés. (Affaire Ô'Donnel). .,
A la même époque, la ville de Minneapolis était obligée do balayer sa municipalité : le maire Ames et son frère, chef de la Police, avaient monté une vaste entreprise de brigandage ; non seulement ils rançonnaient les tenanciers de. cabarets, de tripots, de lupanars, mais ils étaient associés avec les cambrioleurs et les pickpockets ; leurs agents de police aidaient à crocheter les portes et à défoncer les coffres-forts ; ils vendaient même les cadavres de la Morgue aux marchands de cercueils [undertakers)y qui les revendaient par morceaux aux amateurs de dissection.
A Philadelphie, je n'eus pas la chance d'assister à quelque esclandre ; mais dans tout le pays, on m'assura unanimement que cette grande cité est en proie à l'administration la plus corrompue des Etcits-Uuis.
Enfin, quand j'étais à Saint-Louis, éclata la plus étonnante affaire de « Pots de Vin ». Un homme d'affaires avait distribué 1.250.000 fr. à l'Assemblée municipale, pour obtenir une concession de lignes de tramways, qu'il avait aussitôt revendue à une compagnie pour 6.250.000 fr., réalisant net un million de dollars de bénéfice. Une compagnie rivale voulut alors faire consolider sa franchise; il lui fallut traiter avec les deux chambres de l'Assemblée municipale ; les membres corrompus du City council demandèrent 300. OCO fr. ; ceux dcVHoiise of Delegates exigèrent 365.000 fr. Les sommes furent empruntées parla compagnie à des banquiers, et déposées dans les coffres a double serrure de deux établissements financiers ; pour chaque coffre,
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une clé fut remise au représentant de la compagnie; Vautre clé, au représentant et répartiteur du conseil municipal ;rarg€ntdevaItêtredIstribuéaprèslevote.
La concession fut en effet votée par l'Assemblée ; mais une décision judiciaire, "pour une raison fortulle, Tempècha d'être valable. Il y eut alors conflit ; les conseillers municipaux réclamèrent l'argent, puisqu'ils avaient voté ; la compagnie refusa, puisqu'elle n'avait pas sa concession. Des élections survinrent et la composition de l'assemblée munipale changea. Dans l'espoir d'intimider la compagnie récalcitrante, un des corrompus fit passer une note ambiguë et comminatoire dans un journal. Un rédacteur du journal la signala au Circuit Ati orney Joseph W. Folk : et sur cet indice assez vague, le magistrat se mit en chasse.
Parmi les hommes à qui son élection était duc, se trouvaient quelques-uns de ceux qu'il fallait atteindre. On tie prit pas, d'abord, ses recherches au sérieux ; puis on tâcha de le gagner ou de l'intimider. Sa vie fut menacée. Rien ne put lui faire lâcher prise. Les coupables, corrompus et corrupteurs, étaient presque tous des millionnaires ou multi-millionnaires et n'imaginaient pas que, dans les Etats-Unis, un procès de corruption pût les me^ nacer : car ils avaient dépassé là limite de fortune au-delà de laquelle cesse l'action des lois. Ils furent arrêtés, jetés en prison ou relâchés sous des cautions énormes, en attendant la condamnation définitive.
Leur stupeur a été partagée par toute la nation. La plupart des citoyens ont admiré le magistrat Folk ; quelques-uns l'ont blâmé, comme un novateur funeste ; mais il peut se vanter d'avoir étonné tout le monde. Il a montré aux Yankees, ce qu'ils aiment passionnément : quelque chose de nouveau, quelque chose d'inouï.