Leuient, Littérature du Moyen âge
que (les bâtons et des fourches : elle les renvoya, pieds 4^ poings coupés, incapables de travail, truncatis pedibws ne manibus inutiles, destinés par conséquent à mourir de faim. Tel fut le dénouement de ce prologue de la formidable Jacquerie qui, aux siècles suivants, devait répondre à ces atrocités par d'autres non moins horribles. Des insurrections semblables éclatent tour à tour en Flandre^ en Angleterre, en Allemagne, en Bohême. Dans ces pays comme en France, les excès de la féodalité en provoquent d'autres, bientôt réprimés par d'affreux massacres. Puis la vengeance couve dans la race écrasée, jusqu'à l'occasion d'éclater de nouveau. Toute injustice appelle une réparation ; toute violation de l'égalité sème un germe de révolte : tant que l'opprimé est trop faible pour se revancher, il souffre en silence; le ressentiment de l'injustice fermente en son cœur, jusqu'au jour où, coûte que coûte, il fait encore explosion. Ce n'est pas un révolutionnaire, c'est un ultra-conservateur * qui l'avoue, <( toute révolution n'est qu'un effort que fait la société pour revenir à l'ordre. »
Le pauvre peuple du moyen-âge n'avait rien à lui : son corps appartenait aux seigneurs; son âme aux prêtres, dans la vie et dans la mort. Prêtres et seigneurs, alliés, complices, l'exploitaient sans pitié.
Il est très vrai que le Clergé, au commencement, s'in-