‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 9 sur 111 · Voyez Beaumanoir, passim · texte numérisé non relu

Voyez Beaumanoir, passim

OU en dehors de la propriété du seigneur, ce qu'on Sifi^e- \dM for mariage. »

Les serfs formaient, au moyen-âge, les trois quarts de la population \ Mais, désarmés et ignorants, comment auraient-ils pu profiter de leur nombre pour rejeter le poids de l'oppression? De temps en temps seulement, quand ils étaient excédés de misère et de souffrance, ils se soulevaient. C'est ainsi qu'éclatent, de siècle en siècle, ces formidables révoltes des Bagaudes du midi et des bords de la Loire, des Serfs normands, des Pastoureaux, des Jacques; les uns, serfs; les autres, plus ou moins^ affranchis, mais toujours taillables et corvéables.

Ce furent, naturellement, les plus opprimés, les serfs des campagnes, qui donnèrent aux autres, aux travailleurs des villes, l'exemple de la résistance à main armée contre l'inique oppression. — Un trouvère, Wace, dans le Roman de Roii^ prête à leurs révoltes une voix éloquente; ces malheureux, se comparant à leurs tyrans,, s'écrient :

Nous sommes hommes comme ils sont, Tels membres avons comme ils ont, Et tout aussi grands corps avons, Et tout autant souffrir pouvons :

1. « Le nombre des serfs augmenta tellement, qu'au commencement de la troisième race, tous les laboureurs se trouvèrent serfs. » Montesquieu, Esprit des Lois, liv. XXX, cli. n. — En Pologne, il n'y avait en réalité que des seigneurs et des paysans, serfs ou aux trois quarts serfs ; la bourgeoisie n'était guère représentée que par les Juifs qui faisaient le commerce dans les villes.

Ne nous faut que cœur seulement.

Allions-nous par serrement :

Aidons-nous et nous -défendons Et tous ensemble nous«tenons ; Et, s'ils nous veulent guerroyer, Bien avons contre un chevalier Trente ou quarante paysans Dispos et forts et combattants ^ .

Cette marseillaise rustique, œuvre du poète, répétée en réalité, sous forme plus menaçante, par des milliers de serfs et de manants, « est comme le tonnerre lointain qui annonce la révolte des Pastoureaux et la terrible explosion de la Jacquerie : le vieux monde semble travaillé d'im déchirement intérieur ; Noblesse et Clergé ont senti, pour la première fois, le sol trembler sous leurs pas *. »

En 997 , les serfs de Normandie s'étaient révoltés ; en 1100, ils se levèrent de nouveau en masse contre leurs oppresseurs. La chevalerie bardée de fer n'eut pas de peine a écraser ces manants qui n'avaient pour armes

1. Voici le texte même, qu'on lira plus facilement, après notre transcription en orthographe et en langue plus modernes :

Nos sûmes homes cnm ils sunt.

Tex membres avum cum ils unt, Et altrelant grans cors avum.

Et altretaDt sofrir poûm :

Ne nus fault fors cner seulement.

Allium nus par serement :

Nus aium, et nus defendum, Et tuit ensemble nus tenum ; Et, s'ils nous Yoillent guerroier, Bien avum contre un chevallier Trente ou quarante paîsanz Maniables et cumbatans!

Roman de Rou^ aux vers 5979 et suivants.

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