Charpentier, V Armée
l'armée 301
On doit, selon la remarque de Mazas, regarder le mode d'organisation adopté par Charles VII comme le changement le plus notable qui se soit opéré dans notre système militaire. Il fut pour les armées françaises ce que les institutions de Marins avaient été pour les armées romaines : et, de même que la République n'eut plus à déplorer de désastres semblables à ceux de la Trébie, de Trasimène et de Cannes, de même on ne connut plus en France, jusqu'en 1815 et en 1S70, de revers aussi cruels que ceux de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt. Bientôt même, la France reprit une supériorité si marquée sur l'Angleterre, que celle-ci fut obligée de demander comme une faveur le renouvellement de la trêve.
Louis XI, avec ses grands desseins et son esprit politique , ne manqua pas de développer l'armée, particulièrement l'infanterie et l'artillerie. Il ne comptait pas moins de six mille canonniers, ouvriers engigneurs ^ dan^ une armée de soixante mille hommes. Il fit également des innovations dans la maison militaire royale et créa la compagnie des Cent-Gentilshommes^ qui furent le premier essai des compagnies françaises de gardes-du-corps. En même temps, il prit une décision hardie : ce fut d'abolir les petites armées seigneuriales qui, censées commises seulement au guet et à la garde des châteaux, sans être astreintes à un service continuel, recevaient une petite paye pour être prêtes à marcher au premier ordre du sei-
gneur. Le Roi, faisant garder par ses troupes les places qui importaient à la sûreté du royaume, pensa qu'il était inutile et même dangereux que les seigneurs particuliers fissent garder leurs châteaux ; que ce droit, qui avait pu avoir son utilité autrefois, n'était plus qu'une occasion de révolte et un prétexte à vexations. Il fut donc ordonné que, pour toutes les places qui n'étaient pas frontières, ceux qui étaient sujets au guet et à la garde en seraient afiranchis en payant seulement cinq sols par année. Par là le peuple se vit délivré d'une multitude de petits tyrans particuliers, dont la domination était d'autant plus dure qu'elle était toujours sans contrôle ^ Ce fut un des coups les plus décisifs portés par Louis XI à la puissance féodale. Il purgea aussi le pays des bandes qui le ravageaient : tous les hommes d'armes se virent contraints d'entrer dans les cadres d'une milice régulière, astreinte en temps de paix à des garnisons fixes, soumise à la discipline et à la hiérarchie. Le principe d'une armée permanente, main> tenue à un effectif constant, payée de mois en mois, fut rigoureusement adopté par le Roi et par Tristan l'Hermite qui avait préparé le travail et pourvu à tous les moyens d'exécution. Le triage des routiers restés en France se fit sans résistance : les hommes qu'on élimina furent désarmés et reconduits jusqu'aux frontières de leurs pays respectifs. D'autre part, le Roi réorganisa les francs-archers, qui ne lui furent pas inutiles dans ses