A. Charpentier, V Armée
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guerres contre les seigneurs, notamment contre les ducs de Bourgogne et de Bretagne, mais qui, décimés peu à peu dans diverses affaires, furent anéantis, le 7 août l&yO-^ à la bataille de Guinegate, sous les piques de Tinfanterie flamande. Il ne chercha point à les rétablir. Il avait réfléchi : cette organisation , qui plaçait sous la main de quatre chefs influents la plus grande partie des forces du royaume, donnait à ces chefs une importance périlleuse. Il reconstitua donc définitivement l'armée sur de nouvelles bases, en la plaçant tout entière sous sa main et sous son autorité directe. L'ordonnance de 1480 porte en substance que le Roi lèvera dix mille hommes d'infanterie française à sa solde, au moyen d'un nouvel impôt, et six mille Suisses : ce qui équivalait à l'ancien effectif de seize mille hommes des francs-archers. Les officiers de ces six mille Suisses, les vainqueurs de Granson, de Morat et de Nancy, servirent d'instructeurs aux Français. Le Roi, ayant établi un camp près de Pont-del'Arche, à quelques lieues de Rouen, y vint de sa personne et fit commencer sous ses yeux les exercices.
En même temps que l'instruction et la discipline, il réforma sévèrement l'administration militaire. Le 16 mars 1&76, un jugement rendu à Tours contre un maréchal de France, messire Rouault, convaincu de concussion, portait « que le maréchal avait fait tenir de faux rôles des gens de guerre et commis plusieurs exactions^ pour lesquelles
il était cofidamné en cinfjt mille livres, privé de ses charffes, et banni du royaume. »
Le roi mit (in aussi à certaines habitudes des guerres féodales, qui s étaient conservées jusqu'alors ; par exemple, à ce qu'on appelait la prouesse : les hommes d'armes, sur le champ de bataille, s'acharnaient volontiers après un seul ennemi, parfois pour le tuer, plus souvent dans l'espérance de le faire prisonnier et d'en tirer rançon; cela parfois compromettait le succès du combat et le sort de l'armée. Le Roi ordonna que tous les prisonniers fussent mis en commun au butin général, qui serait partagé entre les combattants après la bataille : cela coupait court aux calculs de la cupidité privée, dissimulée sous la prouesse ; mais une telle nouveauté eut sans doute quelque peine à s'établir, si Ton en juge par la lettre suivante que le Roi écrivit au grand Sénéchal de Saint-Pierre :
« Monsieur le grand Sénéchal, je vous prie que remontriez à M. de Saint-André que je veux être servi à mon profit, et non à Tavarice. Tant que la guerre dure, mettez les prisonniers au butin : et, ceux que vous verrez qui me pourront nuire, je vous prie qu'ils ne soyent point délivrés... Je veux que tout soit au butin : par ce moyen, les capitaines auront tous ces prisonniers les plus gros pour un rien qui vaille ; c'est ce que je demande , afin qu'ils tuent une autre fois tout, et qu'ils ne prennent plus ni hommes, ni chevaux, ni pillage ; et jamais nous ne perdrons bataille. Je vous prie, monsieur le grand Sénéchal
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mon ami, parlez à ces capitaines à part, et faites que la chose vienne ainsi que je la demande. Dites à M. de Saint-André qu'il ne fasse point du ffloquet ni du restif, car c'est la première désobéissance que j'aye jamais eue de capitaine. Je lui osterais bientôt la teste de dessus les épaules. Mais je crois qu'il ne désobéira pas. »
Il était difficile de ne pas obéir à qui parlait ainsi.
Ce fut grâces à son armée ainsi reconstituée et gouvernée que Louis XI vint à bout des grands vassaux, et accrut le territoire du royaume, auquel il ajouta le comté de Roussillon, les deux Bourgogne, l'Artois, la Picardie, la Provence, l'Anjou et le Maine. Cette armée, quoique bien défectueuse encore, devint le modèle de celles des autres États.
En présence de ce développement des milices roturières, la Chevalerie, mal contente, se retirait dans ses terres et dans ses châteaux, sentant son rôle s'amoindrir; Louis XI lui porta un dernier coup en instituant une chevalerie nouvelle, une chevalerie honoraire plutôt qu'active, celle des Ordres miUtaires. Le 1" août 1469, il établit solennellement l'Ordre de Saint-Michel *. Il donna un nouveau
1. Cet ordre était composé de trente-six chevaliers, avec un chancelier, un trésorier, un greffier et un héraut, tous élus à la pluralité des voix. Le Roi en était le chef et avait deux voix ; mais, en cas de partage, elles pouvaient en valoir trois. Louis de Luxembourg, le Connétable de Saint-Pol, beau-frère du Roi, qui depuis fut une des illustres victimes de la politique de Louis XI, étaient du nombre des premiers chevaliers. — Les principales conditions pour recevoir un chevalier étaient qu*il fftt gentilhomme de nom et d'armes, et sans reproche. Trois causes pouvaient en faire perdre le titre : l'hérésie, la trahison, ou la fuite dans quelque bataille ou rencontre. Il se tenait, tous les
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prestige au métier des armes en rehaussant Téclat des dignités militaires. Les maréchaux de France devinrent, sous son règne, les plus hauts dignitaires de Tarmée ^
Dans le siècle qui suivit le règne de Louis XI, la Noblesse, sentant le pouvoir lui échapper, chercha à se rapprocher de la Royauté et, de féodale, se fit militaire : la guerre redevint son domaine. Mais la Royauté eut grand soin de rompre les traditions anciennes , en empêchant les barons de marcher à la tête de leurs vassaux. Ce fut, non de la naissance, mais du Roi, que le seigneur reçut désormais le droit de commander : son indépendance était irrévocablement perdue ; il ne pouvait plus cherdier rinfluence que dans la gloire des armes ou dans les richesses patrimoniales. C'est pourquoi la Noblesse « forma le dessein de devenir Tauxiliaire du pouvoir royal et le soutien de ce trône qu'elle ne pouvait plus dominer : elle avait été Noblesse de fief, elle devenait Noblesse d'épée, en attendant qu'elle se transformât en Noblesse de Cour*. »
ans, Qu chapitre, où Ton examinait la vie et les mœurs de chaque chevalier en particulier, en commençant par le dernier reçu et finissant par le Roi, qui voulut être soumis à Texamen comme les autres. Le chevalier sortait de rassemblée pour laisser toute liberté à la discussion; on le faisait ensuite rentrer, pour louer ou blâmer sa conduite. — Duclos, Histoire de Louis XI,
1. ns étaient originairement les premiers écuyers du Roi sous le CcfBiiétable ; mais leur dignité fut militaire avant la sienne, parce qu'ils devinrent lieutenants du Sénéchal de France avant que le Connétable n'iAt sBCGédé à la place et aux fonctions du Sénéchal. Toutefois la dignité de maréchal de France n'était pas alors à vie, comme elle Fest devenue d«ns la suite. U n'y en avait d'abord que deux, Charles VIII en eut quatre. On n'en trouve que trois au plus sous le régne suivant; Françoi» I*^ en fit cinq. Leur nombre a varié depuis* — Charpentier, Études siut l'Armée»