When Adam delv'd, and Eve span
Where was then the gentleman?
Ces vers de la vieille ballade anglo-saxonne, Mérimée les a mis en épigraphe à la première page de son livre : la Jacquerie, scènes féodales, — sorte d'essai à la Shtâiespeare, — imprimé en 1828 « à Timprimerie d'Honoré Balzac, rue des Marais-Saint-Germain, n* 17, » dans la maison où étaient morts Racine et, au siècle suivant, Adrienne Lecouvi*eur. Cette rue se nomme aujourd'hui rue Visconti. On remarquera que Balzac, imprimeur, n'avait pas encore pris le de.
LE SERVAGE 3i
qiierie anglaise qui éclata sous Richard II et qui eut d'abonf pour chef Wat Tyler. Le motif de cette insurrection populaire était la dure condition faite aux petits tenanciers et aux paysans, condition qui succéda de bonne heure au servage proprement dit : car il est à noter que le servage, en Angleterre, a disparu beaucoup plus tôt qu'en France et ne semble pas avoir été jamais très développé. Le dimanche donc^ à l'heure où les petites gens sortaient du temple, le prédicateur John Bail les assemblait autour de lui dans les cimetières et leur disait : « Bonnes gens, les choses ne peuvent aller et n'iront jamais bien en Angleterre, jusqu'à ce que les champs soient mis en commun, et qu'il n'y ait plus ni vilains ni gentilshommes, et que nous soyons tous unis... Pourquoi donc ceux que nous nommons seigneurs doivent-ils être plus maîtres que nous? Si nous venons tous d'un même père et d'une même mère, Adam et Eve, en quoi sont-ils donc plus seigneurs que nous? Pourquoi nous tiennent-ils en servitude, fors (si ce n'est) parce qu'ils nous font gagner et labourer (produire par notre labeur) ce qu'ils mangent et ce qu'ils dépensent?... »
Ainsi, sur l'autre rivage de la Manche, les réclamations et les révoltes des opprimés étaient pareilles à celles de ce côté-ci ; on allait même plus loin, puisqu'on parlait de la communauté des biens. Thomas More y revint, au xvi« siècle, dans sa célèbre Utopie^ renouvelée à la fois de la République de Platon et de l'Évangile.
En Bohême Jean Ziska, en Allemagne Franz de Sickingen, l'ami d'Ulrich de Hûtten, dont il recevait les inspirations, organisent des révoltes semblables contre la tyrannie féodale et cléricale. De proche en proche, l'insurrection des opprimés gagne tout le nord de l'Europe. — Il y avait en Allemagne deux noblesses, la grande et la petite. La petite avait des intérêts distincts de ceux de la grande. En beaucoup d'endroits, elle se mêla à l'insurrection populaire. Franz de Sickingen fut son chef; il périt au siège d'une place forte; avec lui s'éteignit la guerre des nobles contre les nobles, et l'espoir d'une réforme sociale que plusieurs avaient entrevue derrière la Réforme religieuse. Mais quelle cause fit échouer l'entreprise de Sickingen? « Ce ne fut point la noblesse du second ordre qui manqua à l'appel de la liberté ; ce fut la bourgeoisie : la classe moyenne craignit d'être débordée par le mouvement des campagnes, et, dans ses égoïstes terreurs, elle sépara sa cause de celle des paysans. Ainsi échoua l'unité politique de l'Allemagne, entrevue par Hûtten dans l'unité religieuse de la Réformation *. »
En apprenant la mort de Franz, Ulric tomba, renversé par la douleur. « Avec Franz, dit-il, mon âme est partie ! » Il traîna peu de temps sa vie proscrite, et succomba, à trente-cinq ans.
Mais la conjuration de la petite noblesse, autant que la Réforme religieuse, avait donné le branle à la révolte des