‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 18 sur 111 · E. Bonnomère, Histoire des Paysans · texte numérisé non relu

E. Bonnomère, Histoire des Paysans

43aractère de la condition du vilain. La taille payée pour la terre était nommée réelle et elle pouvait être acquittée par un Noble pour les terres roturières qu'il possédait; <3ela se passait ainsi dans une partie de la France. Ce qui particularisait la situation du vilain, et en général du roturier, c'est qu'il payait la taille personnelle^ sorte d'impôt de capitation dont le Noble était partout affranchi et que le Clergé ne payait pas davantage. N'oublions pas que le serf, même racheté, n'est toujours point propriétaire du sol qu'il arrose de ses sueurs : il a l'usufruit et la possession des biens qu'il cultive, rien de plus; possession n'est pas propriété : lui mort, ou malade, cette possession passe en d'autres mains. Il fallut un autre progrès pour ^ue le paysan, après s'être affranchi lui-même, obtint la faculté d'affranchir sa terre et l'achetât morceau par morceau *.

La servitude personnelle était une chose, et la servitude de la terre en était une autre. Lorsque le serf était affranchi, c'était sa personne seule qui était émancipée; mais ses biens « mouvants de la servitude » restaient la propriété du seigneur; il fallait donc qu'après s'être racheté lui-même il arrivât ensuite à racheter sa terre : chose plus difficile encore que l'autre, surtout pour un

i. En réalité, le paysan, jusqu'à la Révolution française, ne put jamais deyenir propriétaire complètement libre, affranchir absolument la terre qu'il achetait avec ses économies : car cette terre demeurait toujours fi*appée du cens^ et ce cens était, de sa nature, perpétuel et non rachetable. (Voyez Henriquez, Code des Seigneurs, ch. XVI, du Cens.)

pauvre homme isolé. Aussi eut-il Tidée de se grouper avec plusieurs de ses pareils et de demander d'abord à cultiver la terre en commun, par agrégations de famille. Les couvents encouragèrent ces communautés, faites un peu à leur image; les seigneurs n'y mirent point obstacle : c'est que les uns et les autres y trouvaient leur avantage : « jamais de chômage dans le travail, jamais de fuite, ou tout au moins les effets n'en étaient pas aussi graves; cette solidarité était une garantie de solvabilité; et, grâce en même temps à cette économie de force et de ressorts, à cette puissance pour la création, dont les couvents offraient un exemple frappant, il y avait moyen d'exiger de ces hommes réunis en groupes des revenus plus élevés *. » De là, le rapide développement des communautés agricoles laïques^ en dehors de celles des couvents. Cette émancipation par groupes est un fait nouveau, propre au moyen-âge. Dans l'antiquité, chez les Romains par exemple, sauf quelques troupes d'esclaves affranchis pour être enrôlés dans les guerres civiles ou autres (ainsi, dans la campagne de Sicile contre Sextus Pompée, Auguste affranchit vingt mille esclaves pour en faire des matelots '), on n'avait guère connu que les affranchissements personnels : on émancipait tel ou tel esclave, soit qu'il achetât sa liberté au moyen du pécule, soit que le maître lui en fit don. L'émancipation par

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