Voyez Plutarque, Vie de Marius, ch. XXXV
groupes, au moyen-âge, fut une nouveauté et un progrès^ surtout parce qu'elle était un acheminement à la propriété : en effet, on confiait au groupe en voie d'affranchissement une portion de terre à cultiver, moyennant cens ou rente annuelle : plus le groupe le cultivait habilement et à la satisfaction du maître, plus cette sorte de bail se renouvelait et se prolongeait ; on arrivait à le concéder pour dix ans, pour vingt, pour trente; pour une génération, pour deux, quelquefois pour trois. Dans un laps aussi étendu, le groupe, fermier indéfini, était quasi propriétaire, sauf les redevances.
La tenure , dans ces conditions, devint héréditaire et permanente, non pour les individus, mais pour le groupe, « et tout fut changé dans la condition des terres comme dans celle des personnes. Cette possession perpétuelle équivalait de bien près à la propriété même ; et, du droit de détenir indéfiniment, à celui d'acquérir, il n'y avait pas bien loin. Us le conquirent bientôt en effet, mais toujours sous cette condition expresse de la culture en commun : au milieu du xvi® siècle encore, la Noblesse et le Clergé de Bourgogne interdisent, par un édit, aux cultivateurs de devenir propriétaires de terres, s'ils ne s'y établissent en communauté *. » C'est de ce nom compa-
1. Wallon, Saint Louis et son temps, II, 15. — Perreciot, De la condition des personnes et des terres, I, 5. — Dalloz, Jurisprudence générale, cite les conditions faites à des laboureurs en métayage perpétuel, par un titre de 1625... u Que les preneurs ne feraient qu'un même pot, feu et chanteau (pain), et vivraient eu communauté perpétuelle. »
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ijani^ associés du même groupe agricole, pagus^ que vint le mot compagnons^ qui s'appliqua ensuite à tous les travailleurs, aussi bien à ceux des villes qu'à ceux des cam^ pagnes. Ce nom même de campagnes pourrait bien n'avoir pas d'autre étymologie, quoiqu'on se soit habitué à lui donner pour origine le mot campus. L'existence de ces sociétés agricoles, loin d'être un cas exceptionnel, fut le fait général au moyen-âge , et jusqu'au xvni« siècle même. Ces associations se formaient d'elles-mêmes, tacitement, par la parenté ou le voisinage, moins par actes écrits (on n'écrivait guère alors) que par le fait seul de la demeure en commun pendant un an et un jour. Tout le monde y trouvait profit : les individus, les groupes, l'État. Les Intendants reconnaissaient et signalaient dans leurs rapports les avantages nombreux de ces communautés. En voici trois ou quatre exemples. « Mornac s'est fort étendu sur les sociétés d'Auvergne et du voisinage, dit Chabrol * ; il les considère comme très avantageuses pour le progrès de l'agriculture et la contribution aux charges publiques. » — L'intendant du Berry, dans son Mémoire de 1698, signale l'existence de sociétés analogues : « Ces peuples n'ont presque aucune propriété , ni fonds , ni meubles ; ils vivent ensemble jusqu'à vingt ou trente familles, plus ou moins, dans une même métairie, dont le fonds et les bestiaux appartiennent à un propriétaire. Ces familles se choisissent un chef qui conduit le mé-