‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 22 sur 111 · Eugène Bonnemère, UxH. des Paysans · texte numérisé non relu

Eugène Bonnemère, UxH. des Paysans

homme vivant et mx>urant. Au reste ce procédé était loin d'exister partout en France, et dans un grand nombre d'autres pays il n'existait pas du tout.

Ces associations, toujours à l'imitation des communautés monastiques, étaient non seulement agricoles, mais industrielles, et se suffisaient à elles-mêmes en tout. Mais elles différaient, en un point important, du communisme clérical : celui-ci interdisait la propriété personnelle et la qualifiait même du nom de vice ; au contraire, dans ces associations libres et laïques, la possession commune, ainsi qu'on vient de le voir, ébauchait la propriété individuelle, qui est , quoi qu'on puisse dire , le ressort le plus puissant de l'activité humaine. Si la terre, dans ces sociétés agricoles, restait en usufruit indivis, chacun des associés n'en avait pas moins le droit de recevoir, dans les partages de fin d'année, une part proportionnelle à son travail, à son mérite, aux services qu'il rendait à la communauté. Et c'est ici qu'on saisit bien la différence de l'égalité et de la justice : en effet, si l'égalité, au début de l'exploitation en commun, exige la jouissance uniforme et Tusage pour tous des biens indivis et des instruments de travail, peuton raisonnablement contester que la justice, à l'époque du règlement de compte, exige non moins impérieusement les salaires inégaux en raison des biens produits et des services rendus ? L'intérêt même de la communauté le réclame tout autant que la justice.

Ainsi, tandis que les communautés monastiques entretenaient le servage, les associations laïques pour leur part réliminaient, et chez elles la possession collective, loin d'exclure la propriété individuelle, pour ainsi dire la couvait.

« Ces sociétés, dit un publiciste, ne s'établirent d'abord qu'entre quelques familles de laboureurs, quorum alla simul bullieùat {dont le pot bouillait en commun), ensuite entre des marchands, enfin entre tous les habitants A un même bourg, qui firent en commun leur commerce et se donnèrent des habitations voisines les unes des autres *. »

Voilà comment, après les affranchissements personnels, se firent les affranchissements par groupes et se formèrent dans notre pays les communautés agricoles , en dehors de celles des couvents ; et ces communautés laïques amenèrent peu à peu un certain affranchissement des terres, — toujours au moyen du travail, qui, loin d'être le châtiment, comme le prétendent les théologiens, est la rédemption véritable.

4. Houard, Tî^aité des Coutumes anglo-normandes, I, p. 444, note.

Descranel. ^

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