‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 3 sur 111 · Voyez Alfred Maury, La tei-re et V homme · texte numérisé non relu

Voyez Alfred Maury, La tei-re et V homme

couper court aux représailles; il préféra quelquefois le garder, pour Remployer à son service. Le vaincu, ayant la vie sauve, s'estimait trop heureux. Ainsi donc, Tesclavage, à présent si horrible aux yeux de la plupart des gens civilisés , fut au commencement un bienfait relatif et, si Ton osait ainsi dire, l'aurore de la civilisation. Du moins fut-il, pour nous en tenir à l'expression du fait luimême, Tenrayement de l'anthropophagie : l'égoïsme des vainqueurs eut pour les vaincus le même effet que la pitié. C'est là, à proprement parler, que l'observateur attentif peut saisir la transition du cannibalisme à l'humanité.

Puisque le travail était le lot des servi, l'idée de travail ne faisait qu'un avec celle de l'esclavage, servitium, et les deux choses se cohfondaient dans ce seul mot. Service et servitude, c'était tout un. Les femmes étaient réservées au lit des vainqueurs et aux besognes domestiques; les hommes, aux gros ouvrages du dehors, faisant fonction de bêtes de somme, — et de machines, que l'on ne connaissait pas encore.

A l'exception d'un croisement de races par les femmes, l'esclave demeurait étranger à la race conquérante. « Un esclave, dit M. W. Bagehot, est un atome non assimilé^ non digéré, quelque chose qui se trouve dans le corps politique, mais qui en fait à peine partie *. w

Tel était l'esclavage, dans l'Inde, dans la Grèce, dans

1. Lois scientifiques du développement des Nations, dans leurs rapports avec les principes de la sélection naturelle et de l'hérédité.

l'esclavage 5

Tancienne Rome; tel il était dans Fesprit, dans les mœurs, dans les institutions civiles et religieuses de ces sociétés. L'esclavage, en effet, se rattache non seulement aux antiques férocités, mais aussi aux vieilles idées théocratiques, «elon lesquelles le travail est un châtiment, et aux fictions propagées par les castes religieuses qui, au sortir des siècles de barbarie où régnait la force brutale, surent s'emparer du pouvoir et confirmer les hommes dans ce préjugé que les uns étaient nés pour commander et les autres pour obéir. Par une sorte de pacte tacite entre les prêtres et les guerriers, tout le reste fut asservi.

C'était la doctrine des castes brahmaniques. En Grèce, Platon semble l'avoir connue par tradition et adoptée dans sa République. Aristote, lui aussi, soutient comme légitimes la conquête et l'esclavage : « Ceux qui servent doivent servir, car leur nature est inférieure; il est permis de les assujettir, et même d'en faire la chasse comme d'un gibier. Il n'y a pas de droit envers l'esclave; l'autorité du maître à son égard est despotique; mais cela doit être, et cela est bien. » Platon encore, dans son traité des Lois, moins éloigné de la réalité que sa République, signale l'avantage qu'il y a à ne posséder que des esclaves parlant diverses langues, parce que, pouvant moins facilement s'entendre, il leur est moins aisé de faire des complots.

Afin qu'il n'y eût pas moyen de confondre les esclaves avec les autres hommes, ni les esclaves de tel niaitre avec

d LE PEUPLE ET LA BOURGEOISIE

ceux de tel autre, on les marquait, comme les troupeaux. Les Juifs leur perçaient Foreilie * ; les Grecs et les Romains les marquaient au front ^

A Rome, la classe des esclaves était composée :

1° De prisonniers de guerre ;

2^ De ceux qu'on achetait ;

3° De criminels condamnés à resclavage ;

40 D'enfants nés de parents esclaves {servi aut nasee-

bantiiT dini fiebant) ,

L'esclave était regardé par le vainqueur, ou par le maître, comme un animal domestique; moins encore : comme un outil. Ce n'était pas un homme, mais une chose : il

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