E. Levasseur, ibid
3. Personne ne prenait garde à cette métaphore toute naturelle. Seul le père Bouhours, sous Louis XIV, s'avisa de 8*en scandaliser; on dit
Deschanel. 6
Les Croisades, ayant ouvert des routes nouvelles et créé de lointaines relations, donnèrent au commerce un grand développement, une vive impulsion, et lancèrent sur la Méditerranée les premiers navires marchands de la France. « Les habitants de Lyon, d'Avignon, de Marseille, envoyèrent dès, lors régulièrement deux flottes par an à Alexandrie, pour rapporter les marchandises d'Orient, qu'ils distribuaient ensuite, par le Rhin, dans le Nord de la France et jusqu'en Hollande. Il y eut au Caire un marché particulier où l'on vendait les draps venus dupays des Francs. Il se forma, en Flandre et en Picardie, sous le titre de Hanse de Londres, une grande association de vingt-quatre villes qui s'unirent pour faire le commerce avec l'Angleterre. Le roi commença à avoir des consuls <lans les pays voisins. Enfin les étrangers et surtout les Italiens vinrent en France et y apportèrent leurs richesses *. »
Le Midi et le Nord, en contribuant chacun pour sa part à cette activité, conservèrent une physionomie et un caractère distincts : le Midi, plus policé, plus ami du luxe et des plaisirs, encore plus commerçant qu'indus-
pourtaut qu'il avait de l'esprit; mais il n'en eut point ce jour-là; rencontrant ces mots dans un livre : « Le roi des peintres, le roi des poètes », — « Pour moi, dit là-dessus le jésuite, si je pariais de la sorte, j'aurais peur de mal placer le Roi en le joignant avec Iqs peintres et les poètes. » — Cette figure n'en est pas moins restée dans la langue courante de notre pays, même après que les rois en ont disparu. N'avons-nous pas encore aujourd'hui u la reine des blanchisseuses »? — reine élue, il est vrai, chaque année, à la mi-carême. — Et » le roi de la fève » ? ■— Et « le roi des potirons » ? 1. E. Levasseur, Hist. des Classes ouvrières,'
tneux; le Nord, plus austère, plus rude, plus âpre au gain et plus économe. Rouen était alors le type des villes commerçantes dans le Nord, comme Montpellier Tétait dans le Midi.
Les foires de Beaucaire et de Lyon, de Champagne et de Brie, du Lendit, au nord de Paris, entre La Chapelle et Saint-Denis, devinrent célèbres. Cette dernière, dont le vrai nom était Yindict, ou Tindit, forum indictum, la foire assignée, l'avait été en 629 par Dagobert, pour attirer les trafiquants étrangers. Elle se tenait sur la route qui menait de Paris au monastère de Saint-Denis. Les marchands y étaient affranchis de quatorze espèces de droits. Les Saxons d'Angleterre y apportaient du plomb, du fer et de Tétain; les Neustriens et les Armoricains, du miel, de la cire et de la garance; les Burgundes et les Aquitains, des vins de leurs pays; les Juifs, les Syriens, les marchands de Provence et d'Italie, y exposaient en vente de l'huile, des bijouteries, des parfums, des étoffes d'Egypte et d'Orient.
La bourgeoisie, en s'enrichissant, commença à aimer le luxe. La Noblesse ne vit pas sans jalousie des femmes de roturiers se parer de bijoux et de fourrures, donner de somptueux repas : le roi fut prié d'y mettre ordre. En 1294 il fut défendu à tout sujet du roi de donner, dans un diner, plus d'un potage au lard et de deux mets, et à toute bourgeoise de porter, comme les dames nobles, or, pierres
précieuses, vair, gris ou hermine, et de se servir de char. Ajoutons que la défense fut mal observée. — Bientôt il arriva quelque chose de plus grave : des bourgeois, enrichis par le travail, eurent la hardiesse d'acheter les fiefs de quelques seigneurs ruinés par les dépenses des croisades. Ainsi les uns montaient sur les ruines des autres. Et ces exceptions, en se multipliant peu à peu, allaient modifier profondément le régime ancien. C'était, dès cette époque, l'avènement de ce qu'on a nommé de nos jours « les nouvelles couches sociales. » Les roturiers, fils du travail, commençaient à prendre la place des seigneurs.
En France, la forme ordinaire du corps de métier ou association ouvrière, surtout à dater de la fin du xiv'' siècle, était la confrérie. Ce qu'on nommait proprement ainsi était un métier mis sous l'invocation d'un saint et qui, en diverses occasions, principalement à la fête de ce saint, se réunissait dans une .chapelle particulière pour y entendre la messe, puis en un repas joyeux. La confrérie des drapiers, peut-être la plus ancienne de toutes \ datait de H88. — Cependant la confrérie pouvait être distincte du corps de métier. Quelquefois deux ou trois métiers étaient réunis dans une même chapelle : à Amiens, par exemple, les chaussetiers ne formaient avec les passementiers qu'une même confrérie. Parfois, au
1. Mirabeau, à la veille des États généraux, Youlaot rompre avec le passé aristocratique de sa famille et de sa caste, ouvrit boutique à Aix à renseigne du u marchand drapier » : c'était arborer la plus vieille Noblesse du travail, remplaçant celle du privilège et de la conquête.
contraire, il se trouvait plusieurs confréries dans le même métier : ainsi les orfèvres de Paris en eurent, pendant quelque temps, jusqu'à quatre.
Ces corporations et confréries offrent beaucoup de ressemblance avec les collegia et sodalitia romains, où Ton célébrait des sacrifices et des fêtes en l'honneur de certaines divinités invoquées comme protectrices et pa tronnes du collegium ou du sodalitium, et où avaient lieu, à divers anniversaires, de grands repas en commun*. Ce serait surtout dans les deux corporations des bouchers et des marchands par eau qu'on retrouverait, à ce qu'il semble, la survivance et la filiation des collegia opificum.
On trouve au Trésor des Chartes, en décembre 1328, les statuts d'une société de secours mutuels, fondée par les fourreurs de vair (petit-gris) pour assister ceux d'entre eux qui ne pourraient plus travailler par suite de maladie ^
Chaque confrérie avait sa bannière et y mettait pour armoiries les insignes de son métier. Remarquons ce fait -curieux, qui est une sorte de symbole de l'anoblissement du travail : jusqu'au xii® siècle, les armoiries avaient été le privilège, d'abord des Nobles, puis des communes; au XIV* siècle, les gens de métiers veulent avoir aussi des armoiries, et ils en obtiennent du Roi, ou en prennent de
1. Voir ce que dit Varron, De Re riistica. Voir aussi le Recueil des Inscripions latines d'Orelli, et Touvrage de M. Gaston Boissier sur la Religion des Romains,
2. Voir Gustave Fagniez, Études sur Vindustriej etc., Appendice XU.
leur autorité privée : la hache du charpentier, le tranchet du cordonnier, ressortent en or ou en argent sur un écu de gueules ou diaziir (rouge ou bleu) : « ce sont les insignes de l'artisan, comme Tépée ou la lance sont ceux du chevalier '. » Dans la guerre des paysans d'Allemagne, nous avons vu précédemment arborer la bannière du soulier. Les puissants métiers des Flandres ont aussi leurs bannières éclatantes, et les hôtels-de- ville de leurs communes sont des châteaux plus imposants que ceux des rois; les confréries privilégiées, là comme ici, figurent dans les cortèges et y déploient avec fierté leurs somptueuses magnificences.
Dans quelques républiques italiennes, à Florence par exemple, il y avait une distinction établie entre les arts majeurs et les arts mineurs^ c'est-à-dire entre les grands et les petits métiers ou professions. Les art^ majeurs comprenaient, à Florence, au xiif et au xiv® siècle, les juges, les notaires, les banquiers, les médecins, les merciers, les fourreurs et les drapiers ; les arts mineurs comprenaient un grand nombre de corporations d'artisans, telles que forgerons, tailleurs de pierre, cardeurs de laine, teinturiers, etc. Il y avait tel de ces arts mineurs qui constituait une corporation placée dans un certain état de subordination à l'égard de l'art majeur d'une industrie analogue : ainsi le grand métier des drapiers comprenait, sous le titre A'art majeur de la laine ^ les arts mineurs ou petites.