‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 34 sur 111 · E. Levasseur, Hist, des Classes ouvnèi^es · texte numérisé non relu

E. Levasseur, Hist, des Classes ouvnèi^es

industries des teinturiers et des cardeurs. — Au-dessous de ces arts majeurs et mineurs se trouvaient les ciompi, ou compagnons, qui ne constituaient pas de corporations et étaient dans la dépendance des patrons des arts mineurs ou des arts majeurs ^

Les six principales confréries, en France, sont pendant longtemps les drapiers, les épiciers, les merciers, les pelletiers, les orfèvres et les changeurs (remplacés en -1514 par les bonnetiers). On les nommait les six Corps de Marchands. Ils formaient une sorte d'aristocratie industrielle.

Bientôt, sous le Roi des merciers, les membres les plus considérables de la confrérie prennent le titre pompeux de chevaliers. Leur brevet les déclare « inscrits dans la milice de TOrdre de Mercerie ». Il est sur parchemin, signé de la main du Roi des merciers et scellé de son grand sceau. Ce nom de chevalier devient le titre de noblesse de la riche bourgeoisie commerçante. Les chevaliers du commerce se reconnaissaient et se prêtaient assistance comme les chevaliers d'armes. Dans la plupart des villes, ils rencontraient des délégués de leur roi^ auxquels ils pouvaient s'adresser. Cette association supérieure, « nécessaire à une époque où les particuliers^ devaient chercher en eux-mêmes une protection que le pouvoir central était incapable de leur assurer, donna^

1. Voir Sismondi, Histoire des Républiques italien?ies, et Perrens^ Histoire de Florence,

pendant le xrv® et le xv* siècle, une sécurité plus grande aux relations commerciales», et rendit des services jusqu'au jour où la royauté, devenue assez forte pour se passer d'elle, fit cesser, en la supprimant, les abus auxquels elle avait fini par donner lieu *. Abolie, puis rétablie presque aussitôt, en 1544, la charge de roi des merciers fut définitivement supprimée en 1597.

La politique des Capétiens avait été de protéger les corps de métiers, pour être réciproquement soutenus par eux dans les luttes contre la féodalité, mais aussi de les laisser libres dans leur organisation, dans leurs coutumes, comme dans les règles de leur industrie et de leur commerce; autre fut la politique des Valois : sentant la puissance royale affermie, ils voulurent avoir, dans les bourgeois des métiers, non des alliés, mais des sujets. La Noblesse, désormais soumise , se groupait autour de la royauté pour lui former une cour. Philippe de Valois avait été déclaré régent, puis bientôt roi, par une assemblée de barons du royaume; les Valois furent, par là, moins disposés à ménager les libertés de la bourgeoisie : ils abolirent les communes et gênèrent les corps de métiers, en essayant d'ailleurs de les rendre moins exclusifs et de leur imposer des règlements d'utilité générale. Par ce côté leur politique avait quelque chose de juste qu'on ne saurait méconnaître et qui finit, après plusieurs siècles, par triompher de l'égoïste résistance des corporations ; mais

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