E. Levasseur, Hist, des Classes ouvrières
prêtassent serment de nouveau entre les mains de l'examinateur ou garde ; il formait en communautés régulières tous les artisans et tous les marchands du royaume, et prélevait un droit royal sur toutes les maîtrises *. Par là, la royauté prenait définitivement possession des corps de métiers. Au reste Henri IV ne négligea rien de ce qu'il jugea utile à ranimer le commerce et l'agriculture ; Sully le seconda avec une activité et une habileté admirables. Mais le roi fut assassiné avant d'avoir pu achever son œuvre. Après lui, les abus du système des jurandes se développèrent de nouveau. Les privilèges, vendus et revendus aux corporations, étaient un moyen de battre monnaie; le besoin d'argent réduisait la royauté aux expédients les plus malhonnêtes et les plus malfaisants, jalouse qu'elle était de se soustraire à l'assujettissement d'en demander aux États.
A l'origine, les maîtrises et les jurandes n'avaient été que des moyens de lier entre eux les membres d'une même profession et d'établir au sein de chaque industrie un petit gouvernement libre ; ce fut au commencement du seizième siècle qu'on imagina de considérer le droit de travailler comme un privilège que le roi pouvait vendre : alors seulement, chaque corps d'état devint une petite aristocratie fermée, et l'on vit s'établir ces monopoles si' nuisibles aux progrès des arts et qui ont tant révolté
1. Le droit de maîtrise pour les marchands varia de un demi-écu à un écu.
nos pères *. Chaque profession se vit, tour à tour, enlacée des même^ entraves.
Aujourdluii que le travail est libre, grâce à la Révolution, et que tout citoyen ayant des bras, de Tintelligence et du cœur, peut s'élever au premier rang par la force de sa volonté, on a peine à se figurer qu'il n'en ait pas été toujours ainsi. Cependant, par les divers motifs que nous vçnons de rappeler, les maîtrises et les jurandes étaient des corporations fermées, dont on ne pouvait que bien difficilement franchir les barrières. La raison alléguée était qu'il fallait, pour monter d'un degré à l'autre, faire preuve de savoir, d'aptitude et de talent; la réalité était qu'il fallait surtout faire preuve de fortune. Les fils de maîtres trouvaient plus de facilité que les ouvriers ordinaires à franchir le premier et le second degré, à subir les diverses épreuves, y compris celle du chef-d'œuvre: d'abord, parce qu'ils avaient plus d'argent; ensuite, parce qu'on leur en demandait moins. L'esprit de monopole et de privilège leur aplanissait la voie; les maîtres se soutenaient entre eux. Ainsi, dans la corporation des chaudronniers, les droits de réception étaient réduits de moitié pour les fils de maître, et il leur arrivait souvent d'avoir pour juges les amis de leur père. Aussi était-il bien rare qu'un fils de maître fût exclu de la maîtrise pour raison de pauvreté ou d'incapacité : l'entrée de la corporation lui était toujours ouverte, tandis