Voir Sismondi, Républ, itaL, ibicL
puis les temps les plus reculés, les industries belges et anglaises doivent leur force et leur développement au système des corporations. Les industries anglaises, qui concernent la fabrication de la laine et de la toile, ont reçu d'excellentes leçons des corporations des Pays-Bas, à répoque où Témigration des teinturiers et des tisseliands flamands, obligés de se soustraire aux persécutions religieuses, développa le mouvement qui se produisait en Angleterre dans le sens des associations de métiers... » — La compagnie des épiciers de Londres, fondée en 1345, a conféré, en 1875, le titre de membre honoraire à lord Derby. — Le 12 juin 1880, la corporation des poissonniers de Londres a reçu lord Granville comme membre honoraire et lui a offert un banquet, où le Ministre des affaires étrangères a exposé la politique du cabinet. — Chaque année, la fête de la corporation des couteliers, de Sheffield, fournit aux membres du gouvernement une occasion analogue à celle des banquets de Guildhall, pour exposer leur politique devant le pays. — Une des plus anciennes corporations de Londres, et des plus riches, est celle des haberdashers, merciers-chapeliers : fondée en 1448 par une charte de Henri VI, elle a obtenu le renouvellement de ses privilèges sous les cinq règnes suivants, et ses ressources se sont successivement accrues à tel point, par la générosité de ses protecteurs, qu'elle possède et entretient aujourd'hui un grand nombre d'hospices et d'écoles, dans le Monmouthshire, le Gloucestershire, et à
Bunbury. On évalue à plus de 2000 le chiffre des enfants, appartenant à des familles pauvres, qui fréquentent ces établissements. La liste des lords-maires de Londres qui ont fait partie de l'association comprend trente noms. Une charte spéciale de la reine Elisabeth a autorisé la société ou corporation des haberdashers à-adniettre des femmes parmi ses membres, etron vient pour la première fois (octobre 1880) d'appliquer ce privilège en conférant la grande médaille d'or, aux am(ies de la société et les insignes de la corporation, à lady Burdett Coutts, en reconnaissance des éminents services qu'elle a rendus pendant un grand nombre d'années aux œuvres de bienfaisance et d'instruction dans tout le pays.
Seulement, par cela même que ces corporations ont leurs racines dans l'organisation sociale du moyen-âge, elles sont en désaccord par bien des points avec les institutions municipales et les libertés modernes. Aussi la commission nommée en 1876 pour faire une enquête sur les corporations en Angleterre et dans le pays de Galles, vient-elle de se prononcer, dans un volumineux rapport (février 1880), pour l'abolition de la plupart d'entre elles. A quelques-unes seulement, au nombre de 25, le rapport est d'avis qu'une réforme suffira, et que, réorganisées, elles pourraient encore être utiles. — Déjà en 1835 une commission avait relevé les inconséquences et les abus inhérents à l'ancien système des corporations. Et cependant elles ont continué d'exister. Aujourd'hui, la question
se présente dans d'autres conditions. L'enquête cite des faits aussi jcurieux qu'étonnants : ainsi une corporation, celle de Grampound, n'existe plus que de nom : le dernier maire en a vendu les terrains, brûlé les archives, et s'est sauvé avec la caisse. A Bossiny, le dernier maire élu l'a été en 1841 : les biens de la corporation, consistant en un moulin, trois lopins de terre et quelques outils, sont devenus la propriété du locataire, qui n'a pas payé de loyer depuis 1849. On pourrait multiplier les exemples de cette sorte. Dans quelques cas, les corporations ont compris qu'elles n'avaient plus de raison d'être et se sont dissoutes d'elles-mêmes. Elles ont, en effet, perdu peu à peu le caractère qu'elles avaient à l'origine : dans presque tous les cas, les membres de la corporation se sont arrogé le droit de nommer leurs successeurs, et ainsi elles sont devenues le monopole de quelques familles. Le rapport de la commission conclut que de pareilles institutions sont manifestement surannées, et qu'on aurait dû les abolir partout où les nouvelles administrations municipales ont été introduites. Reste à savoir si les conclusions de la commission d'enquête actuelle recevront un meilleur accueil que les conclusions identiques de la commission de 1835!
Ainsi se formèrent, en divers pays, les Corps de métiers et la Bourgeoisie, grâce à la puissance du travail. C'est par le travail que l'esclave antique s'était affranchi; c'est par lui que le serf du moyen-âge s'était détaché de la
glèbe, puis avait racheté peu à peu la glèbe elle-même, au moyen de l'association et de la communauté. C'est le travail qui, bien plus que la guerre, vint à bout de la Féodalité : le jour où d'autres que les seigneurs, le Jour où d'anciens serfs, devenus francs bourgeois et enrichis par leur activité, possédèrent en propre des biens qui ne dépendaient plus de personne, le Jour où l'on put dire : « Il n'y a plus de fiefs en France », — ce Jour-là une ère nouvelle commença.