‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 48 sur 111 · Cœsar. De Bello gaUico, lib. VI · texte numérisé non relu

Cœsar. De Bello gaUico, lib. VI

2. Augustin Thierry, Tiers-Etat. — Voir l'Ordonnance de saint Louis, de 4262, contresignée par trois bourgeois de Paris, .trois de Provins, deux d'Orléans, deux de Sens et deux de Laon. — Recueil des Ordonnances des rois de France^ t. I, p. 93.

édifices n'étaient pas nombreux, et sous un ciel très variable tel que le nôtre, Téglise cathédrale ou paroissiale n'était regardée, au besoin, que comme la maison commune ou la place publique abritée. Le nom même d'église^ étymologiquement, ne signifie-t-il pas « rassemblée » des fidèles , toute la population que relie une même croyance ? — Ce n'étaient pas uniquement les intérêts spirituels qui assemblaient les peuples dans ces vastes enceintes : parfois c'étaient les intérêts politiques, parfois même les intérêts matériels. Déjà les États provinciaux ou autres, en maintes villes, s'étaient tenus souvent dans les églises : en Provence notamment, s'il survenait une affaire de haute importance , les assemblées extraordinaires, convoquées sous le nom de parlements et formées de tous les chefs de famille, se réunissaient soit en plein air, soit dans les églises, selon le temps bon ou mauvais. A Clermont en Auvergne, au xv® siècle, les marchés eux-mêmes se tenaient encore dans la cathédrale : ce fut seulement sous l'administration de Jean de Doyat , gouverneur d'Auvergne pour le roi Louis XI , qu'une Ordonnance nettoya le saint lieu des immondices et des échoppes, et fixa, dans les rues et places, des endroits destinés à la vente des légumes, des denrées et des marchandises. Au moyen-âge, les peuples, croyants et naïfs, vivaient familièrement avec leur Dieu, comme des enfants avec leur père. A certaines fêtes de l'Eglise, les animaux eux-mêmes étaient admis dans le lieu saint :

Descbânel. B

l'âne, pour le souvenir de la fuite en Egypte; le bœuf, pour celui de la crèche et de Fétable de Bethléem; les autres bestiaux y entraient aussi^ faisant partie en quelque sorte de la famille. A certains jours, on s'y ébattait tous ensemble en pleine liberté et gaillardise , et il n'était pas jusqu'^aux clercs qui, comme l'âne, n'y jouassent leur rôle gaiement. En un mot, dans les villes où il n'y avait point de halle couverte, l'église en tenait lieu pour tous les usages publics, sacrés ou profanes. Appartenant ainsi à tout le monde, elle n'en était que mieux à l'abri des violences dans les moments d'émotion populaire. En outre, lieu d'asile pour les proscrits, elle paraissait doublement sacrée. Le peuple, là, se sentait chez lui en même temps que chez « le bon Dieu » ou chez « Notre Dame ». L'église était tout à la fois le temple, le champ de foire et le forum^ ou, si vous voulez, le parloir, comme on disait avant de dire parlement (le Parlouer aux bourgeois). Il n'était donc pas étonnant que la première assemblée solennelle des Trois États de France se tint dans "Notre-Dame de Paris, — outre que la sainteté du lieu semblait consacrer les délibérations d'où allaient dépendre les destinées et le salut de la Nation.

Il s'agissait, en effet, pour Philippe le Bel, de s'appuyer sur les représentants du pays, afin de pouvoir mieux résister aux prétentions du pape. C'était déjà, en ce tempslà, la question; elle dure depuis tantôt six siècles, — et nous devons compter, aujourd'hui même, qu'elle durera

encore peut-être un siècle ou deux. — Cette première convocation des Trois États de France par le roi, dans rintention de tenir tète à Boniface VIII, qui affectait un droit de suprématie temporelle sur les affaires du royaume, est un grand fait, qui marque à la fois un hommage rendu à Texistence naissante du Tiers État, et la première affirmation solennelle de ce qu'on appela, depuis, les libertés gallicanes. La portée de cet événement est même plus étendue encore : car, pendant que les rois ne songeaient qu'à conquérir l'indépendance pour eux et leur royaume contre les papes, ils conquirent en même temps l'indépen* dance pour l'esprit humain contre l'Église et la théocratie : ce qui est la véritable origine du monde moderne et la source de l'émancipation universelle.

Toutefois, il ne faudrait pas s'exagérer l'importance de cet hommage rendu par la royauté au Tiers État naissant, ni l'influence et la puissance de celui-ci dès cette époque. Les États ne sont, à vrai dire, en ces commencements, qu'un Conseil national assemblé par le roi pour fortifier son autorité, à laquelle ils n'ont pas la moindre pensée de contredire ni de créer des difficultés. Il ne faudrait donc pas du tout s'imaginer que c'est déjà le pays lui-même qui se lève pour revendiquer ses droits. Ce ne sont pas davantage des Ordres distincts et rivaux qui se préoccupent de leurs propres privilèges et qui luttent entre eux tout autant que contre l'autorité royale. Bien que cela s'appelle les Trois États de France, la distinction entre

les trois Ordres n'est pas très précise. Le Clergé n'y vient siéger que comme propriétaire de terres, et c'est pour cela que les curés n'y figurent point, parce qu'ils ne sont que des desservants, des gens à gages, et non des propriétaires féodaux. La menue Noblesse n'est pas non plus convoquée, et les Nobles ne délibèrent pas en corps. Pour le Tiers État, il ne se compose guère que des représentants des grosses villes à commune. L'idée du fief domine en tout : le titre est attaché à la terre, non à la personne. Aussi arrive-t-il que des femmes et des mineurs, possédant des seigneuries terriennes, ont droit de vote dans les assemblées de la Noblesse, en s'y faisant représenter par des mandataires *. Il y a si peu de distinctions et de séparations quand il s'agit des personnes, que l'on voit les Nobles, le Clergé, les roturiers, désigner indiflfé-

1* Aux élections de 1789 encore, tons les bourgeois qui étaient propriétaires de fiefs et jouissaient conséquemment des droits féodaux réels attachés à ces fiefs, sans être pour cela nobles, furent acceptés dans les réunions préparatoires de la Noblesse pour l'élection des députés. Mais cela ne datait guère que des États généraux de 1614, parce que c'est sous Henri IV qu'on avait décidément pris le pli d'autoriser les roturiers à acquérir des fiefs en payant au roi le droit de fï'anc fief, quoique l'on, rencontre déjà avant ce règne (et nous avons noté en son temps ce fait considérable) des roturiers acquérant des fiefs, par héritage ou autrement. Divers rois, entre autres Charles V (1371), avaient exempté les bourgeois de Paris du droit de franc fief, ainsi que les commensaux de la Maison du Roi. En principe, la possession d'un fief, même d'un fief de dignité, n'anoblissait point le roturier qui en était investi, à moins qu'il n'eût été spécialement anobli par le Roi, qui lui avait donné ce fief de dignité en récompense de ses services. — En revanche, à la fin du siècle dernier, la Noblesse n'avait entrée dans les États provinciaux, en sa qualité de Noblesse, que si elle comptait une certaine ancienneté. Par exemple, les députés de là Noblesse aux États d'Artois, de Bretagne et de Bourgogne devaient appartenir à des familles ayant cent ans de Noblesse. En Languedoc, leur noblesse devait être antérieure à l'an 1400.

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remment, pour les représenter, qui bon leur semble : le Clergé choisit ou des barons, ou des gens du Tiers Etat, loin de prétendre former un Ordre à part, encore bien moins le premier des trois Ordres; les Communes se font parfois représenter par des membres du Clergé, qui sont députés non pour parler en son nom, mais au nom du Tiers État : cela tenait à ce qu'ils étaient parfois plus instruits, mieux en mesure de soutenir les intérêts de leurs commettants*. Plus tard seulement, les députés se divisèrent en trois Ordres bien distincts, comme la Nation elle-même : il y eut alors les députés de la Noblesse, choisis dans son sein, ceux du Clergé de même, ceux du Tiers État pareillement. Comme on votait non par tête, mais par Ordre, il en résultait que la classe la plus nombreuse, le Tiers État, n'avait qu'une voix, alors que les classes privilégiées en avaient deux 2.

Les anciens États duraient fort peu de temps : parfois quelques jours à peine. On ne laissait pas, cependant, d'y convoquer beaucoup de monde : en 1308 par exemple, l'assemblée ne dut guère compter moins de 1500 membres. Lorsque les États étaient moins nombreux et n'avaient été réunis que pour répondre sommairement à une ou deux questions urgentes, il arrivait souvent que le

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