Voir Siméon Luce, Hist. de Du Guesclin
2. Voir, sur le mode d^élection des députfés aux États généraux, Achille Saint-Paul, les Elections politiques dans Vancienne France. — Le suffrage était direct pour la Noblesse et pour le Clergé, il était à trois degrés pour le Tiers État. Les trois Ordres restaient séparés, soit pour la préparation des cahiers, soit pour le vote.
roi envoyait ensuite consulter sur place les provinces ou les Ordres qui n'y avaient pas eu de délégués. En général^ les réunions n'avaient qu'un but politique ; les affaires d'administration en étaient exclues.
Les États étaient convoqués sans périodicité régulière, à de longs intervalles, quand les rois le jugeaient expédient, soit pour les opposer aux Nobles turbulents, soit pour faire voter des subsides extraordinaires. Mais, à moins que la royauté ne fût poussée par l'un ou l'autre de ces trois pressants intérêts : la résistance au pape, ou aux seigneurs, ou le besoin d'argent pour soutenir les guerres, déjà son sentiment intime était celui que Louis XIV, devenu enfin roi absolu, écrivit parmi ses principes de conduite : « L'assujettissement qui met le souverain dans la nécessité de prendre la loi de ses peuples, est la dernière calamité où puisse tomber un homme de notre rang. La volonté de Dieu est que quiconque est né sujet obéisse, sans discernement. »
Aussi, de 1302 à 1789, c'est-à-dire dans un laps d'environ cinq cents ans, les États généraux ne furent-ils convoqués que treize fois. C'est pourquoi, à la quatorzième, qui était celle de 1789, ils jugèrent qu'il était temps de se proclamer Assemblée nationale : par où commença la Révolution, qui substitua au prétendu droit divin le droit humain, au mysticisme la raison, au privilège l'égahté. La Déclaration des Droits de r homme et du citoyen est la réplique à la pensée de Louis XIV. Si la volonté de
Dieu, interprétée par les prêtres et les rois, est que quiconque est né sujet obéisse sans discernement, la volonté de l'homme né libre est de se maintenir tel, et de n'obéir qu'à la loi, égale pour tous.
La force de la monarchie consistant dans l'autorité royale, et l'exercice de cette autorité 'dépendant de celui qui en était investi, il en résultait que, si le roi était majeur, libre d'esprit et de corps, il y avait succès et progrès du système monarchique; mais que, s'il était mineur, captif ou privé de sa raison, il y avait réaction contre ce système. Ce double phénomène, signalé par M. Mignet, s'est constamment reproduit; et un autre historien, M. Perrens, dans son livre sur la Démocratie e?i France au moyen âge^ l'a très bien analysé et mis en
lumière.
A la suite de la défaite de Crécy et de la perte de Calais, qui avaient jeté le découragement dans le royaume et inspiré de grandes craintes sur l'issue de la guerre avec le roi d'Angleterre; après quatre années consumées en vains efforts d'un pouvoir tour à tour violent ou faible pour refaire une armée, un trésor, et pour acheter à tout prix la fidélité ou frapper arbitrairement la trahison, le roi Jean fut forcé de reconnaître son impuissance et d'appeler à son aide la nation française, encore si imparfaitement formée, en convoquant à Paris, pour le 30 novembre 1355, les États généraux de la langue cCoïl, c'està-dire de la France septentrionale, séparée par la Dordogne
et la Garonne de la langue d'oc^ qui avait son assemblée distincte *.
et A coup sûr, comme le fait observer M. Guizot, ni cette assemblée, ni le roi qui la convoquait, n -avaient une idée nette et arrêtée de ce qu'ils allaient faire, Tun en face de l'autre. La royauté ne suffisait plus à son propre gouvernement et à ses propres périls ; mais elle n'en persistait pas moins, en principe, dans son pouvoir à peu près sans règle et sans limite. L'assemblée ne réclamait point pour le pays le droit de se gouverner lui-même; mais elle était fortement émue d'un sentiment patriotique, et en même temps très mécontente du gouvernement du Roi : elle avait à cœur de défendre la France, également contre l'Angleterre et contre les abus du pouvoir royal. Il n'y avait là aucune intention de lutte sociale, ni aucune prétention systématique de révolution politique ; un péril extrême et des maux intolérables contraignaient le roi et la nation de se rapprocher pour essayer de s'entendre et de se donner mutuellement les forces et les satisfactions dont ils avaient besoin. Le 2 décembre 1355, les trois ordres, le Clergé, la Noblesse et les députés des Villes, se réunirent à Paris, dans la grand'chambre du Parlement 2. » Ils déclarèrent « qu'ils étaient prêts à vivre et à mourir avec le Roi, à mettre leurs corps et leur avoir à son service »; ils demandèrent l'autorisation de délibérer en-