‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 5 sur 111 · De /te i^usiica · texte numérisé non relu

De /te i^usiica

2. C'est en second lieu seulement que le mot familia signifie famille au sens où nons Teiitendons; en premier tien, il signifie les d<Mn«fttiques, les serviteurs^ les esclaves. Ainsi l'emploient Tite-Live, Cicéron» Phèdre, Tacite. U suffira de citer un exemple de ce dernier; c^est au moment où le questeur Curtius Lupus disperse la dixième révolte d'esclaves qui eût éclaté en Italie, — Fan 24 de notre ère : — « Rome tremblait, dit Tacite, à Fidée du nombre toujours croissant d'esclaves et toujours décroissant d'hommes libres cfu'elle renfermait. » Urt>em... jam trepidam, ob multitudinem familiarum, quœ gliscebat immensum, minore in dies plèbe ingenua. [ArinaL^ IV, 27.)

Les esclaves étaient donc, pour les vieux Romains, déjà civilisés et lettrés cependant, soit des espèces d'outils ou de machines, soit une sorte de bétail humain, — comme aujourd'hui encore dans l'Amérique du Sud : qu'un régiment vienne à passer, le planteur lui livre avec joie toutes ses négresses ; c'est son haras : autant de petits négrillons nouveaux pour l'année prochaine ; le nombre de ses têtes de bétail est doublé. — Le propriétaire romain cherchait, naturellement, à tirer de ses esclaves le plus gros profit possible. Le pater familias se transformait en chef d'industrie, et la maison en manufacture. <( Il voulait, dit rhistorien de YEsdavage dans l'antiquité *, tirer de ses esclaves non seulement le prix d'achat, mais encore, dans un temps donné, l'amortissement du capital. » Outre les artisans qui peuplaient les ateliers du mattre, d'autres, établis en boutiques, boulangers, bouchers, taverniers, barbiers, exerçaient aussi leur métier à son profit. Pour connaître la fortune d'un homme, on demandait combien il avait d'esclaves ouvriers, c'est-à-dire exerçant une profession et dont le salaire constituait des rentes au maître. A peu près de même, en Russie, avant l'émancipation des serfs, la fortune de chaque seigneur se comptait par tètes de paysans. Crassus avait des quantités d'esclaves de divers métiers, lecteurs, écrivains, orfèvres, argentiers, receveurs, maîtres d'hôtel, écuyers tranchants ; il les louait à la journée et en tirait de gros bénéfices. A

\. M. Wallon.

l'esclavage 9

Athènes déjà, cette sorte d'industrie avait existé : Xénophon cite, entre autres, un certain Nicias, propriétaire d'un millier d'esclaves qu'il louait à un entrepreneur de travaux des mines, moyennant une obolé par tête et par jour *.

Les professions même que nous nommons aujourd'hui libérales, c'est-à-dire d'hommes libres, — par exemple, celle de médecin, — enrichissaient souvent non ceux qui s'y adonnaient, mais le mattre à qui ils appartenaient et qui réalisait par eux d'importants bénéfices.

Les riches maisons romaines, si vastes qu'elles fussent, se trouvaient trop étroites pour ces multitudes d'esclaves : il y avait ceux de la ville et ceux des champs, la familia urbana et la familia rustica, et on les divisait, pour s'y reconnaître, en décuries, ou compagnies de dix têtes, répondant chacune à un corps de métier. Les Nobles possédant presque toutes les terres, la plus grande partie restait en friche ou était convertie en pâturages, que parcouraient d'innombrables troupeaux gardés par ces esclaves. Le peuple, cependant, mourait de faim, manquant de blé pour faire du pain, tandis que tant de terres demeuraient stériles. Le tribun Philippe déclarait qn'k Rome il n'y avait pas 2 000 citoyens qui fussent propriétaires, et César rapporte que, sur 450 000 citoyens que renfermait Rome, 320 000 vivaient aux dépens du trésor public.

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