‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 6 sur 111 · Des Revenus de VAttique, ch. IV · texte numérisé non relu

Des Revenus de VAttique, ch. IV

Tout travail étant servile, le travail libre avait à peine lieu d'exister, par conséquent n'était point en honneur. Cependant, peu à peu, par le travail lui-même, le sort des^ esclaves s'améliora. On leur accordait de faibles salaires, par l'épargne desquels on leur permit d'amasser un petit pécule S et quelques-uns, intelligents, dociles, ayant su gagner la faveur du maître, obtinrent de lui la liberté et furent affranchis, soit de son vivant, soit après sa mort *.

L'existence se révélait difficile, dans une société ainsi organisée, pour des individus qui, ayant cessé d'être esclaves, n'étaient pas pour cela devenus riches, et qui à peine commençaient à passer du nombre des choses au rang des personnes. Les uns vivaient malaisément de leur métier, avec la concurrence des corporations serviles,. concurrence analogue à celle que font aujourd'hui aux ouvriers et ouvrières libres soit les prisons, soit les couvents; les autres demeuraient dans la clientèle de leurs-

1. Le travail, en s'émancipant, mit fin non-seulement à Tétat servile de Tesclave, mais à cette sorte d'état servile dans lequel était placé à Rome le fils de famille, lequel n'avait pas le droit de posséder, n'était pas, comme on disait en droit romain, sui juris, mais appartenait en quelque sorte au pater familias, au chef de famille et propriétaire. Peu à peu ce fils de famille, qui était la chose du père, fut admis à posséder un pécule, d'abord comme soldat, pecuHum castreme, le pécule du camp ; puis, à d'autres titres : peculium quasi castrense. Par ce dernier pécule, le fils en puissance de père peut posséder le fruit de son travail et en disposer par testament. Les constitutions impériales introduisirent cette sorte de pécule, que consacra le droit de Justinien. (Voir, à cet égard, les Institutes de Justinien, livre II, chap. xi, 6, dans la traduction de Ducaurroy ou autres, et le Digeste ou Pandectes, liv. XLIX, titre XVÏI, dans le Corpus juris civilis, ou dans l'édition de Mommsen.)

2. L'affranchissement testamentaire s'était multiplié au temps des Césars à tel point que les partisans jaloux des anciennes institutions demandaient que la loi y mît obstacle. (Ernest Havet, Le Christian 7iisme et ses origines, t. II, ch. xiy.)

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anciens maîtres, et avaient part à la sportule quotidienne; le plus grand nombre tombait à la charge de TÉtat. La plèbe romaine, à l'époque' des Césars, « était composée ,^ dit Montesquieu, d'aifranchis et de gens sans industrie, qui vivaient aux dépens du trésor public, »

Il y avait, toutefois, les corps de métiers, nommés collegia opificum^ affranchis des particuliers, mais dépendants de l'État, qu'ils servaient en qualité d'entrepreneurs, de pourvoyeurs et de fermiers d^impôts. C'étaient eux qui faisaient les grands travaux pubUcs, et aussi des travaux pour les particuliers; eux qui assuraient le service des subsistances, blés, viandes, transports; eux qui faisaient rentrer les revenus, — du moins lorsque ceux-ci étaient payables en nature : car les impôts payables en argent, vectigaKa^ rentraient par les soins des publicani, fermiers publics, qui pour la plupart étaient des chevaliers romains. — Ces collegia opificiim^ confréries d'artisans, étaient, si l'on peut déjà employer ce nom, des espèces de jurandes fermées, dont plusieurs devinrent considérables : en tête, celle des bateliers et celle des boulangers ; il y eut des boulangers qui furent faits sénateurs \ des bateliers qui devinrent sénateurs et chevaliers ^.

1. Optio concessa est his qui e pistoribus facti sunt senatores [Cod. Theodos,, lib. XIII, tit. X, leg, 14, 15; XIV, tit. III, leg. 4).

2. Entre la Noblesse, qni avait tout, et la plèbe, qui n'avait rien, ou presque rien, étant sortie de l'esclavage, il n'y avait point à Rome de bourgeoisie proprement dite; seuls les chevaliers formaient un ordre intermédiaire : choisis primitivement dans la Noblesse, plus tard parmi

Parmi les esclaves affranchis , les uns , continuant d'exercer le métier qu'ils avaient appris dans la faniUia^ s'établissaient comme ils pouvaient avec ce qui leur restait du pécule après le rachat de leur Hberté, mais demeuraient en dehors de ces corporations d'artisans, dont on «le forçait pas aisément l'entrée; les autres, en bien petit nombre, réussissaient à s'y faire admettre. D'autres exer- <;aient les professions de gouverneurs d'enfants, de grammairiens, de copistes; d'autres, qui, au temp de leur servitude, avaient été instruits par leur maître à l'aider •dans ses travaux littéraires et qui avaient développé leurs connaissances, en usaient alors pour eux-mêmes, devenaient gens de lettres pour leur compte; d'autres étaient musiciens, d'autres médecins. — Déjà sous la République, on avait vu de simples esclaves s'élever bien haut : témoin cet Africain, qui par ses comédies illustra le nom reçu de son maître Térence; témoin encore ce Tiron, intendant, secrétaire et collaborateur de Cicéron <iuii était arrivé à ne plus pouvoir se passer de lui : « Ma littérature, ou plutôt la nôtre, lui écrivait Cicéron, languit de ton absence ; reviens au plus vite ranimer nos muses. » Et ailleurs : « Tu m'as rendu des services innombrables, chez moi, au forum, à Rome, dans ma province, dans mes affaires publiques et privées, dans mes études et pour mes

les plébéiens ou les patriciens indistinctement, mais dès lors écartés par ceux-ci autant que possible des honneurs, des fonctions publiques, ils cherchèrent la fortune, devinrent en quelque sorte les hommes d'affaires de la conquête romaine, et gagnèrent par l'argent Tinfluence qu'on leur disputait.

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lettres '. » Plus tard, très tard, Tiron fut aiSranchi, maisresta toujours le serviteur dévoué de son maître.

On voit que la condition de Tesclave s'était déjà fort adoucie à la fin de la République et au commencement de l'Empire, surtout dans la société polie des lettrés. Atticus, Sénèque, Pline-le-Jeune, ont pour les esclaves les mêmes sentiments, les mêmes procédés que Cicéron, et pratiquent comme lui cette vertu qui jusqu'alors n'avait pas eu de nom et pour laquelle il créa celui d'humanité.

Tandis que la philosophie tempérait ainsi l'esclavage, Rome cependant continuait son œuvre, la conquête; et la guerre, quoi qu'on ait pu dire de son influence éducatrice aux temps primitifs, ne servait alors qu'à entretenir la barbarie, au sein même de la civilisation * : les légions

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