‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 55 sur 111 · Guizot, Histoire de Finance · texte numérisé non relu

Guizot, Histoire de Finance

deux dates, c'est-à-dire pendant quatre siècles, les États généraux ne servirent, le plus souvent, qu'à légaliser les exactions de la royauté, qui obtenaient d'eux des subsides, dont la Noblesse et le Clergé s'affranchissaient et dont la bourgeoisie, retranchée derrière ses privilèges, s'efforçait de rejeter le poids sur les campagnards.

Il ne paraîtra pas hors de propos de rappeler ici brièvement ce qui s'est passé en Angleterre pour la représentation des Communes, par comparaison avec la France. A l'origine du Parlement anglais, comme on le voit par la Grande Charte du roi Jean (1215), le Parlement se composait des prélats et des grands barons , convoqués personnellement, et d'un certain nombre de notables convoqués collectivement, au nom du roi par les shériffs et les baillis. Les comtés n'avaient point encore de représentation spéciale, constituée par deux knights^ ou chevaliers, pour chaque comté, ou shire : cette représentation spéciale des comtés ne se régularisa que sous Edouard III ; mais déjà, sous le règne de Henri III, au milieu du xni* siècle, cette sorte de représentation s'ébauchait: c'est ce que l'on peut observer notamment en l'année 1246, où l'on voit donner pour la première fois au grand Conseil de l'État le nom de Parlement*. En 1264, après la bataille de Lewes, chaque borough (bourg) de quelque impor-

i. Voyez Ed. Greaay, The vise and progress of Engtish Constitution, 12- édition, p. 92.

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tance commence à envoyer au Parlement deux bourgeois pour le représenter, et, dans la confirmation des chartes que donna Edouard I", la vingt-cinquième année de son règne, on consacre le principe de la présence des bourgeois au Parlement pour représenter les boroughs et villes ayant la franchise électorale. Mais, depuis cette époque jusqu'à nos jours, le droit de représentation est demeuré en Angleterre un privilège des boroughs auxquels le roi concédait la franchise. Ces boroughs étaient quelque chose comme chez nous les « bonnes villes » , auxquelles seules appartenait la faculté d'envoyer des députés. Seulement, avec le temps, le nombre des boroughs ayant représentation au Parlement s'est accru ; mais la représentation était pour eux si bien un privilège , qu'ils demeuraient en droit d'être représentés, tandis que d'autres villes beaucoup plus considérables ne l'étaient pas ou ne pouvaient l'être que sous le bon plaisir de quelque grand seigneur, qui parfois trafiquait de cette autorisation : c'était ce que l'on nommait bourgs-pourris. En réalité, les communes d'Angleterre n'étaient pas représentées dans leur population ouvrière et rurale, les paysans n'avaient point place au Parlement. Les deux chevaliers [knights)^ qui furent remplacés ensuite par deux députés de chaque comté, ne représentaient que les propriétaires de fiefs, que les gros tenanciers ; et, jusqu'au moment de la dernière réforme, le cens électoral dans les comtés demeurait élevé, tandis qu'il était beaucoup plus bas

pour les cités (villes) et les boroughs^ qui ont bien plus de députés dans le Parlement que les comtés. Ainsi, en résumé, Ton peut dire qu'en Angleterre c'est seulement par degrés que les classes moyennes et laborieuses sont arrivées à être représentées au Parlement. Sous Elisabeth encore, le chiffre des cités et boroughs représentés n'était pas considérable ; et, si de nos jours il s'est notablement accru après les bills de réforme, le droit électoral n'en demeure pas moins pour les cités et les boroughs un privilège.

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