‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 56 sur 111 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'égalité de tous devant la loi, ce principe aujourd'hui incontesté, a été une lente conquête du travail et du courage de nos pères. Pendant de longs siècles cette égalité n'était ni dans les mœurs ni dans les idées. Le meurtre commis sur un Noble paraissait beaucoup plus coupable que le meurtre commis sur un vilain et se payait beaucoup plus cher. Des tribunaux de plusieurs sortes jugeaient les gens selon leur qualité. De même qu'il n'y avait eu, dans la nation gauloise, que deux Ordres ou deux classes de gens reconnus, les Druides et les Chevaliers, il n'y en eut aussi que deux d'abord dans la société du moyen-âge, le Clergé et la Noblesse. Nous venons de voir comment une troisième se forma, conquit sa place au soleil, gagna l'égalité civile, puis l'égalité politique, et devint le Tiers Ordre ou Tiers État.

L'élévation continue de ce Tiers État est le fait dominant de notre histoire. C'est là le cœur même du sujet

que nous avons entrepris de mettre en lumière, la transformation incessante du Peuple en Bourgeoisie par Tintelligenee et par le travail. Il est donc nécessaire de relever avec soin les premiers vestiges de ce grand fait, puis d'en marquer sommairement le développement progressif.

Les actes contemporains du roi Jean, — xiv® siècle, — parlent souvent des « trois Estats », mais ne prononcent pas particulièrement le nom de tiers Estât en le détachant des deux autres. Les Grandes Chroniques et Froissart disent presque toujours : « Les gens d'Église, les Nobles, et les bonnes Villes. » Les Ordonnances royales emploient les mêmes expressions; quelquefois elles disent, pour ne pas limiter leur énumération aux députés des villes fermées : « Les bonnes villes et \e plat pays \ »

Quand ces Ordonnances regardent les États provinciaux de la langue (Toil^ elles disent parfois : « Les bourgeois et habitants, » Quand elles concernent les États de la langue doc^ elles disent : « Les communautés de la sénéchaussée. » Telles étaient, au milieu du xive siècle, les expressions en usage pour désigner le troisième Ordre. Les mots gens du tiers et commun Estât se trouvent dans plusieurs actes du xv* siècle. On disait indifféremment le tiers État, le commun État et le Commun.

Au XIV® siècle, il est fait mention des trois Estats dans une charte de 1361, que cite le Glossaire de Du Gange, au mot Status : « Per très Status Concilii gêner alis, —

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