‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 57 sur 111 · Ordonn., t. III, p. 221, note · texte numérisé non relu

Ordonn., t. III, p. 221, note

Deschanel. iO

Prœlatorum (les prélats, leclergé), — Baronum^ Nobilium (les barons, la noblesse), — et universitatem comitatuiim », « et l'université des comités »; c'est-à-dire : et les députés de tout le reste *. M. Littré pense, d'après ces documents, que c'est au xiv* siècle qu'on a commencé à appeler les trois Ordres très Status^. Mais le nom de Tiers ou troisième État ne deviendra couramment usuel qu'au XVI* siècle. M. Littré en cite ces deux exemples-ci : « Quant au troisième Ordre, qu'on appelle le tiers Etat... » (La Noue, Discours, page 541) ; et dans le Coutumier général, tome I, page 335 : « Commis et députés spécialement pour le Tiers Estât, mesme pour l'Estat de Labour » (les laboureurs).

C'est aux grands États de Tours, en 1468, que pour la première fois le troisième Ordre porte officiellement le nom que lui a depuis conservé l'histoire. Puis, dans le Procès-verbal de Masselin et dans le Cahier de Doléances présenté en 1483, on lit : « Il fut décidé que chacune des sections fournirait six commissaires : deux du Clergé, deux de la Noblesse, et deux du Tiers Estat^ — duos Ecclesiasticos, duosNobiles, et duos tertii Status^. »

1. Telle est la citation donnée par M. Ltttré. Il y a lieu, toutefois, de remarquer que le texte porte, non pas : universitatem comitatuum, (nais bien : universitatuum comitatuum. Et le mot comitatuum ne doit point être traduit par comités. Le mot comitatus, comme on le voit par Du Gange {Gloss., t. H, p 466) signifiait originairement comté; mais, comme le ou la comté était le type et le point de départ de la seigneurie, il ou elle avait fini par se prendre aussi dans le sens générique de seigneurie. Le mot universitas signifiait l'ensemble des habitants d'une seigneurie.

2. Documents inédits sur l'Histoire de France ; Procès-verbal de Masselin, page 76.

Dans ce Cahier de Doléances, le chapitre intitulé du Commun commence par ces mots : « Pour le tiers et commun Estât, remontrent lesdites gens... » Et, quelques lignes plus bas, comparant le royaume au corps humain, les rédacteurs du Cahier ajoutent : « Les membres sont le Clergé, les Nobles, et les gens du Tiers Estât ^. » Ainsi, h la fin du xv'' siècle , l'expression de Tiers Estât, ou troisième Ordre s'ajoutant aux deux premiers, commence à être employée couramment ^. Les élections des députés, du Tiers État, bornées durant le xiv® siècle et une grande partie du xv® à ce qu'on nommait les bonnes miles ^ c'est-à-dire les villes closes et privilégiées, ayant leur municipalité et leur milice, furent, vers la fin du XV® siècle , ainsi qu'on vient de le voir, étendues aux villes non murées et aux simples villages % mais non pas d'une manière régulière et ferme : les dénominations sont encore variables et peu précises. Ainsi, sous Louis XI, Juvénal des Ursins, dans sa harangue, s'adresse aux députés du Tiers Etat en les appelant « bourgeois et habitants des bonnes villes »; aux États de Tours, l'orateur des États , Jean de Rély, dit : « Le peuple du commun Estât ^ » ou bien : « VEstat du Peuple. » Le cahier particulier présenté à Charles VIII par les trois Ordres du Languedoc se sert également du mot peuple.

1. Ibidem, à la suite du Procès^verbal de Masselirij Cahier de Doléances, page 669.

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