EpistoL ad familiares, XVf , 3 et
2. Herbert Spencer, un des apologistes de la guerre, convient luimême que, si elle est utile dans les premiers temps, pendant les phases inférieures de la civilisation, elle devient funeste par la suite, à mesure que l'humanité s'élève aux phases supérieures. « Les avantages physiques et intellectuels qu'une race peut tirer de la discipline guerrière, dit-il, ne compensent plus, sitôt qu'on a franchi une certaine étape du progrès, les désavantages correspondants qui en résultent pour le corps et pour Tesprit, et surtout pour Tesprit. Quelque cruel, quelque sanglant que soit le procédé, le massacre des races inférieures est en somme un profit pour l'humanité aux époques où le développement moral est encore peu avancé, et où Ton ne court pas risque de dessécher des sentiments de vive sympathie en infligeant la douleur et la mort. Mais des sociétés plus élevées, dans lesquelles les caractères individuels doivent être capables de se plier à une coopération plus intime ne sauraient exercer au dehors une activité destructive, sans qu'il y ait une réaction fâcheuse sur la nature morale des Individus qui les composent ; et cette réaction fâcheuse fait plus que compenser les avantages résultant de l'extirpation des races inférieures. Quand on est arrivé à cette phase, l'épuration, qui conserve son importance, se
romaines étaient les pourvoyeuses de l'institution servile ; à la suite de chaque conquête, on amenait à Rome et Ton vendait à la criée, sur la place publique, d'énormes troupeaux d'esclaves. Déjà, après la défaite des Gimbres et des Teutons par Marins, après les victoires de Lucullus dans le Pont, la quantité de prisonniers à vendre en avait fait baisser le prix à tel point, qu'on pouvait avoir un esclave passable pour quelques drachmes, — un peu moins que ne coûte aujourd'hui un poulet. — Après la prise de Jérusalem par Titus, d'immenses convois de captifs furent envoyés aux amphithéâtres : dans un seul jour, on en tua deux mille aux arènes de Césarée. Trajan lui-même, célèbre pour son humanité, jetait dans le cirque, en une seule fête, dix mille captifs.
Il y avait donc, dans le monde romain, deux grands i^ourants de faits et d'idées : l'un qui, continuant la guerre H Tesclavage, ravivait la barbarie; l'autre qui développait la douceur des mœurs et le sentiment de l'humanité. Les esclaves qui avaient fini par obtenir l'affranchissement devenaient citoyens à la troisième génération et faisaient souche d'hommes libres,
Viscera magnarum domuum, domiiiique futuri.
poursuit par la guerre induslrieUe ; les sociétés sont en concurrence : les mieux douées, physiquement, moralement et inteUectuellement, se propagent avec rapidité; et les autres disparaissent graduellement, faute de laisser une postérité suffisamment nombreuse. » G*est toujours, on le voit, Tidée darwinienne : la sélection, le combat pour la vie.-^
l'esclavage IC
Sous le règne de quelques Césars imbéciles, ce lurent des affranchis qui gouvernèrent : le Sénat était à leurs pieds. L'orgueilleuse Agrippine, qui menait Claude, n'était parvenue à se faire épouser de lui, étant sa nièce, qu'avec rutile concours et la protection des deux affranchis Nar- <îisse et Pallas, favoris tout-puissants du vieil empereur. Grâce à eux, elle lui fit adopter son fils, Néron, qui régna ensuite à Texclusion du propre fils de Claude, légitimt» héritier de TEmpire, le malheureux Britannicus.
En résumé, l'esclave romain, d'abord outil, machine, bête de somme, ensuite ouvrier, artisan, marchand, puis scribe, copiste, grammairien, enfin homme de lettres, d'art ou de science, avait fini par pénétrer dans TOrdre des Chevaliers et jusque dans le Sénat. Ainsi, pendant que les descendants des familles nobles s'abaissaient par un asservissement volontaire devant l'empereur et ses affranchis, ceux-ci, les anciens esclaves, s'étant élevés du fond de la servitude par l'intelligence et par le travail, gouvernaient leurs maîtres d'hier, les conquérants de l'univers.
On a revendiqué pour le christianisme la gloire d'avoir amené l'adoucissement de la condition servile et l'abolition de l'esclavage. Il n'y a pas d'opinion plus inexacte. Les doctrines et les faits démontrent le contraire depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. — Pour les doctrines, il suffit
■ de citer l'apôlre Paul, Thomas d'Aquin et Bossuet, suiviint lesquels Tesclavage est d'institution divine. Au reste, Paul, à vrai dire, au fond, n'est ni pour ni contre l'esclavage : il ne le combat pas, mais on ne peut pas dire précisément qu'il ie soutienne, attendu que personne autour de lui ne le combattait. Quant à Thomas d'Aquin et à Bossue!, c'est autre chose : ils le soutiennent résolument. Contenions-nous de citer le dernier, qui répète l'argument de.rautre. Bossuet .donc établit que l'origine de la servitude" vient des lois d'une juste guerre... Le vainqueur ayant te droit d'exterminer le vaincu, s'il lui plaisait de le conserver [servatus, servus), il était juste et naturel qu'il *en nt sa chose. De quoi pouvait se plaindre celui à qui on permettait de vivre? << L'un, qui est le maitre, fait la loi telle qu'il veut; et l'autre, qui est l'esclave, la reçoit telle qu'on. veut la lui donner... De condamner cet état, ce serait non seulement condamner le droit des gens..., mais ce serait condamner le Saint-Esprit, qui ordonne aux esclaves, par la bouche de saint Paul, de demeurer en leur état, et n'oblige point leurs maîtres à les affranchir'. ') Ce sont les mêmes idées que celles d'Aristote; mais, tandis que celu)>ci ne pouvait concevoir la domesticité que sous la forme de l'esclavage, puisque l'une aloi-s se confondait avec l'autre, dans le monde moderne an contraire oii les deux choses sont bien distinctes, l'orateur non plus que le philosophe chrétiens ne sont certes pas 1. 5' Avei-tUsenient aux Protestants.
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aussi excusables que le philosophe païen. — Que dire des Jésuites qui, à présent encore, développent dans leurs livres les mêmes idées * ?
Ce n'est donc point le christianisme, c'est la philosophie païenne qui la première eut la gloire de s'élever contre l'esclavage, au nom de l'égalité humaine. Ce fut Sénèque qui, dans ses lettres à Lucilius, fit entendre une éloquente protestation contre cette iniquité. Ce furent des empereurs païens qui les premiers apportèrent quelque adoucissement à la condition des esclaves : Domitien défendit qu'on les mutilât; Adrien, qu'on les vendît à des maisons de débauche; Septime Sévère, qu'on les contraignît à se prostituer. Mais quand est-ce que Tesclavage a été aboli par les chrétiens? quand est-ce que cette institution effroyable a été seulement blâmée par eux aussi explicitement que par Sénèque? Au contraire, ce furent des guerriers chrétiens, les descendants des croisés, les chevaliers de Rhodes, qui réduisirent en esclavage leurs prisonniers musulmans ; ce furent des peuples chrétiens, et d'abord les Portugais, qui achetèrent des nègres ^n Afrique pour exploiter l'Amérique; ce fut avec Tautorisation de Ferdinand le Catholique que les hommes de couleur furent importés par milliers aux Indes Occidentales; ce fut Louis XIV, le roi très chrétien, qui revêtit du sceau royal le Code Noir ; ce furent, enfin, les
1. Voyez le livre de Huber de Munich, Les. Jésuites, etc., traduit par Alfred Marchand*
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missionnaires catholiques, Franciscains, Dominicains^ Jésuites, qui fondèrent, au moyen du travail des noirs, les plus belles plantations de nos colonies; et, si par hasard quelque prêtre éclairé et charitable témoignait de la sympathie aux esclaves, il était bientôt obligé de quitter la contrée *. Enfin, c'est dans les pays chrétiens du Nouveau Monde que l'esclavage, avec toutes ses horreurs, se maintient encore aujourd'hui. Une femme, mistress Harriet Beecher Stowe, n'a eu qu'à le peindre, tel qu'elle l'avait vu de ses yeux, pour ébranler avec un petit livre tout un grand peuple en sa vie morale et soulever la pitié et l'indignation de tous ceux qui lisent. Cependant cette institution barbare n'est pas déracinée encore , et plusieurs peuples soi-disant civilisés et chrétiens ne dédaignent pas d'en tirer profit, avec plus ou moins d'hypocrisie *.
1. Victor Schœlcher cite l'abbé Bonnet qui, de nos jours, dut quitter la Guadeloupe pour ce motif. — L'abbé Leguay, supérieur du séminaire du Saint-Esprit, a reconnu qu'on enseignait dans cet établissement, comme corps de doctrine, que « /a servitude n'ofifense ni la loi divine^ ni la loi naturelle, ni la loi civile. » C'est également la thèse soutenue par l'abbé Rigord, curé de Fort-Royal, à la Martinique, dans ses Observatûms sur quelques opinions relatives à Vesclavage, imprimées à Fort- Royal, chez l'imprimeur même du gouvernement. « Quand on réfléchit, dit-il, à l'état de dégradation dans lequel gémissent les hordes d'Afrique, on est porté à considérer la traite comme un fait providentiel, » etc. — Vous voyez comme, d'un bout à l'autre du monde chrétien, soit dans le temps, soit dans l'espace, ces doctrines se tiennent et se rejoignent.
2. Un touriste français, M. Charles d'Ursel, dans la relation de son voyage au Brésil en 1879, raconte qu'étant à Rio il lut, dans le journal le plus important de la ville, les annonces suivantes :
A Tendre, dans une maison particulière, deux femmes de chambre nées dans le pays, l'une de dix-neuf ans, l'autre de vingt-deux, de bonne mine, sages et soumises, sachant blanchir, repasser et coudre parfaitement. Elles sont bonnes à tout faire. — S'adresser, etc.
A vendre ime excellente esclave, âgée de vingt et un ans, ayant un
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M. Ernest Havet, après avoir pressé dans son admi* rable livre tout le suc de la morale antique, et fait voir^ sans réplique possible, que la morale dite chrétienne n'a fait que s'emparer de toute cette pulpe sans y rien ajouter^ conclut sur le sujet de l'esclavage en ces termes : « Il y a une étrange illusion dans l'esprit de ceux qui, persuadés que la raison humaine ne peut rien pour le bien, et que la Foi peut tout, vont jusqu'à faire honneur à celle-ci de l'abolition de l'esclavage ; tandis qu'ils voient que l'esclavage subsiste encore, sous leurs yeux, dans deux pays catholiques, après quinze cents ans du règne du Christ, et ne manace ruine que depuis cent ans, c'est-à-dire depuis les combats et les victoires de la libre pensée *. »
ftls de ses premières couches. Elle est experte en tout et serait un charmant cadeau à faire. — Rue, etc.
A vendre une vieille négresse, sachant bien faire la cuisine et bien laver. — Rue do General Camara^ 269.
A vendre un excellent cuisinier, de bonne figure, très doux et sans vices ni défaits. Le dernier prix à offrir est 2 contos (5,000 francs).
\, Le CKristianisme et ses origines, t. II, chap. 15.