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CHAPITRE VII

Dans la préparation des élections, en France, au xv* et au XVI* siècle, ceux que Ton chargeait de rédiger les Ca* hiers de Doléances du Tiers État, c'étaient naturellement les légistes. Les plus distingués d'entre eux se trouvaient ainsi tout portés pour représenter aux États le Tiers, dont ils étaient déjà l'organe. La grande majorité des députés de ce troisième Ordre se composait de gens d'affaires, d'avocats, de docteurs. Parfois la Noblesse elle-même préférait, à des représentants pris dans son sein, des roturiers choisis parmi les hommes les plus habiles du barreau, gens laborieux, rompus aux affaires et ayant la parole en main : le souci de ses intérêts à bien défendre l'emportait alors sur celui de son orgueil.

C'étaient les légistes qui, depuis le règne de Louis le Gros, avaient rédigé la plupart des Chartes d'affranchissement des Communes, soit agricoles, soit urbaines, pour les libres tenanciers et pour les francs bourgeois.

Les légistes étaient en quelque sorte le cerveau de cette bourgeoisie née du travail, comme les négociants en étaient les muscles. Tandis que ceux-ci faisaient prévaloir les idées d'ordre dans les finances, les hommes de loi portaient la lumière dans le chaos des coutumes divergentes et des mille justices féodales : en opposition aux prétendus droits seigneuriaux, aux tyrannies arbitraires, ils constituaient le droit vilain et bourgeois, dont ils puisaient les éléments à une double source : les traditions nationales, et le Droit romain.

Les notions de ce Droit s'étaient répandues par l'enseignement dès le douzième siècle : plus ou moins modifié par l'usage, ce Droit, au fond, était demeuré celui des provinces méridionales ; mais à cette époque il se répandit au delà, et jusque dans le nord. La confusion des coutumes multiples * ramenée à la belle unité de ce Droit magistral séduisit les esprits français, épris de logique. D'ailleurs le caractère autoritaire dont il était empreint et qui avait achevé de se marquer à l'époque impériale, sous les Antonins, convenait à des gens qui voulaient établir un pouvoir fort contre des tyrannies disséminées. Le zèle des légistes fut donc grand à professer et propager ridée que le Roi en France, aussi bien qu'autrefois l'Em-

1. La rédaction et la codification des coutumes, par les soins des légistes, dans le dessein de fixer authentiquement le Droit, eut lieu principalement sous trois règnes : Charles VII la fit commencer en 1453, ordonnant « de rédiger les coutumes plus solennellement et plus exactement »; l'oeuvre se continua et s'exécuta pour la plus grande partie sous Louis XII; abandonnée après lui, elle ne se termina que sous Henri IV.

pereur à Rome, devait rester maître absolu de tous, tant des nobles que des vilains, tant des prêtres que des laïques. « Sy veut le Roy, sy veut la loy, » devint la maxime de la bourgeoisie nourrie de cette moelle vigoureuse.

Le roi de France n'est plus seulement suzerain par la grâce de Dieu; la renaissance des éludes juridiques lui apporte une force nouvelle : il est le priiiceps de la loi romaine; il est affranchi de toutes lois, une Ordonnance de Charles V Taffirme sans ambages. Autour de ce monarque, qui à présent domine de si haut la hiérarchie féodale, siègent les Gens du Roi, hommes de lois et de finances : au nom de la suzeraineté, au nom du droit divin, au nom du droit romain, tous ces chevaliers es lois, du Parlement, de la Chambre des Comptes ou de la Chambre du Conseil, portent de rudes coups à Tautre Chevalerie, ruinent d'abord les privilèges, ensuite jusqu'aux libertés légitimes et nécessaires, et établissent la Royauté seule debout sur les ruines de la féodalité.

A l'origine, c'était dans la Noblesse, parmi les gens d'épée, qu'étaient choisis la plupart des baiUis royaux, des sénéchaux, des membres du Parlement; à dater de Philippe le Bel, ils furent pris en grand nombre parmi les gens de loi, et avec leur aide la Royauté commença" et poursuivit énergiquement la guerre juridique, la guerre à coups d'arrêts contre les seigneurs.

D'autre part, les légistes furent aussi d'un très grand secours aux rois contre la papauté. Aux premiers Etats

généraux, ils soutinrent vigoureusement Philippe le Bel contre Boniface YIII, combattant les usurpations cléricales, déjouant les fraudes pieuses, perçant à jour les fausses Déerétales, mettant la^raison et le droit à la place de la foi aveugle, trouvant les formules nécessaires qui résolvent les situations. « La Papauté ne se releva pas de leur première et rude attaque, et dès 1303 la Royauté française fut sécularisée '. » Si la France resta, de nom, « la fille aînée de TÉglise, » de fait elle montra qu'elle était émancipée. Les légistes, peut-être sans songer si loin, avaient, en sauvant l'indépendance des rois, commencé à émanciper les peuples, armé la société laïque. On peut, après cela, leur pardonner, surtout si Ton tient compte des temps, de n'avoir pas eu souci de la liberté autant que de Tégalité. La liberté? est-ce qu'on en avait alors ridée? On ne connaissait que la force ou le privilège. Les privilèges opposés se tenaient en échec, et c'était tout. On ne peut partir que d'où l'on est. Or ce furent les légistes qui, par eux-mêmes et autour d'eux, de proche en proche, donnèrent une vive impulsion au mouvement ascensionnel de la bourgeoisie et du peuple. Vrais promoteurs des classes moyennes, ils instituèrent, du moins en plusieurs contrées, les parlements provinciaux, opposant dans chaque ancien centre féodal une haute magistrature bourgeoise à la justice seigneuriale '.

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