G. Lenient, La Satire en France
LA SATYRE MÉNIPPÉË 203
et gens d'esprit, ne se souciant d'être ni brûlés ni pendus, eurent grand soin de se garder les uns aux autres le secret de cette petite conspiration à la fois politique et littéraire, si bien que ce fut seulement dans le milieu du dix-septième siècle qu'on connut les noms des auteurs.
Ce titre d'un air antique, la Satyre Ménippée , se rapportait à la définition de Varron, qui appelle satura^ ou plat farci, un mélange de prose et de vers, de sérieux et de plaisant, à l'imitation des discours et des écrits du goguenard philosophe Ménippos, immortalisé par Lucien. Ce titre, dans toute sa teneur, est d'une longueur à la mode du temps :
DE LA VERTU DU CATHOLICON d'eSPAGNE
Et de la Tenue des Estats de Paris.
C'est-à-dire des États convoqués par le duc de Mayenne en février 1593, à l'effet d'élire un roi entre tous les prétendants à la couronne. Le fond de la Satyre est donc la tenue de ces États « toujours promis et toujours différés par la politique de Mayenne. La salle était prête, il ne manquait plus rien, que les députés. La Noblesse, le haut Clergé, une partie même de la Bourgeoisie, refusaient d'y venir siéger. L'armée du Béarnais barrait le chemin de la capitale aux représentants des provinces... L'assemblée
n'était pas réunie, que déjà Tordre de ses séances et les discours futurs de ses orateurs étaient parodiés *. » Tandis que les États s'organisaient péniblement, préparaient leurs cahiers, sans réussir à s'entendre, les auteurs de la Ménippée avaient pris les devants.
La parade commençait à la porte. Il y avait en la cour du Louvre, — dit le texte, que nous abrégeons un peu, — deux charlatans, l'un espagnol, très bouffon et très plaisant, « ce pour quoi on l'appelait Monsieur de Plaisance » * ; l'autre Lorrain ' ; vantant chacun sa drogue et faisant tous deux leurs tours de passe-passe devant les badauds. « Le charlatan espagnol, monté sur un petit échaffaud, jouait des régales * et tenait banque, comme on en voit assez à Venise en la place Saint-Marc. A son échaffaud était attachée une grande peau de parchemin, écrite en plusieurs langues, scellée de cinq ou six sceaux, d'or, de plomb et de cire ; avec des titres en lettres d'or, portant ces mots : Lettres du pouvoir d'un Espagnol^ et des effets miraculeux de sa drogue, appelée Higuiero d'Infierno ^ ou Catholicon composé.